dimanche 20 avril 2014| 44 riverains
 

Un café social pour briser l'isolement

Au café social de la rue Dejean, dans le 18e arrondissement de Paris, les personnes âgées du quartier se retrouvent pour bénéficier d’aide administrative, s’occuper et se rencontrer. Reportage.

Assis sur le canapé rouge, casquette sur la tête, Arezki Hamitouche s’est assoupi. Ce français d’origine kabile vient tous les jours au Café Social Dejean, à deux pas du métro Chateau-Rouge, dans le 18e arrondissement de Paris. « Je prends un café, je rencontre des amis, dit cet homme arrivé en France en 1954. C’est un lieu agréable où je passe plusieurs fois par jour. » Au printemps et en été, Arezki participe aussi à l’exploitation d’un jardin, à Montreuil. « Là-bas, il y a du travail, précise-t-il. Le jardin fait environ 50 mètres sur 160. »

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Les personnes âgées de la Goutte d’Or rencontrent souvent des difficultés dans leurs démarches administratives. Le café social Dejan leur donne un coup de pouce.

Mais en ce début d’après-midi, le café est presque vide. Et Monsieur Hamitouche en profite pour se reposer. Derrière les vitres, dans la rue Dejean, les petits vendeurs clament les prix des épis de maïs et des safous, ces fruits africains de couleur violette. Le café social contraste par son calme. Autour d’un thé, deux amis bavardent. Deux autres jouent au domino. « Je reviens de 12 jours de vacances en Bretagne, dans le Morbihan, explique l’un d’eux. Il y avait des petits cabanons au bord de la plage, un code pour y accéder... c’était très bien. » Son ami, lui, a visité la Corse, il y a un an. Grâce au Café social et au soutien d’une complémentaire retraite. Un des nombreux partenariats qui permettent de financer le fonctionnement du lieu qui compte environ 250 adhérents.

Rompre l’isolement
« Le café est un lieu pour connecter les gens entre eux, pour rompre l’isolement, explique Alexandre Blandin, animateur. C’est l’objectif “sociabilité” du projet. » Le but est aussi d’amener l’administration dans un endroit qui leur est familier. « C’est le côté social du projet, précise-t-il. Ces gens sont souvent confrontés au côté rigide des administrations. L’intérêt est de réussir à les accueillir chaleureusement pour favoriser la résolution effective de leur problème. »

Ainsi, tous les jours, les habitants du quartier viennent solliciter Mylène Bangué, une assistance sociale, et des bénévoles. « J’aide à la constitution des dossiers de retraites, de santé, de logement, explique Mylène Bangué. Les gens sont souvent analphabètes en français et ils ne savent pas comment s’y prendre pour remplir tous ces formulaires. Ils sont aussi en manque d’informations, ne savent pas où frapper. » Seules conditions, pour devenir adhérent du café, et bénéficier de tous les services : avoir 55 ans et plus, et payer une cotisation de 10 euros.

Le concept du café social a été élaboré par un sociologue, Moncef Labidi. « Il a beaucoup travaillé dans le quartier de la Goutte d’Or, note Alexandre Blandin. Il s’est rendu compte que les vieux travailleurs migrants allaient arriver à la retraite, et que ce passage poserait des problèmes : pour obtenir leurs droits, à cause de leurs conditions de vie, de leur isolement. »

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« Toutes les activités portent la même idée, explique Alexandre Blondin. celle de l’ouverture. Dans un quartier comme celui-ci, tellement cosmopolite, il est important de travailler dans ce sens. Le café est à l’image des gens qui vivent dans ce quartier. »

Il y a 10 ans, Moncef Labidi crée l’association Ayyem Zamen (le bon vieux temps en arabe), puis le premier café social, à Belleville, dans le 20e arrondissement. En avril 2008, c’est au tour du café de la rue Dejean d’ouvrir ses portes. « C’est un lieu de passage, constate Alexandre Blondin. Ici, les gens passent parfois plusieurs fois par jour. Ils font leur marché, s’arrêtent avec leur caddie devant la porte et viennent prendre un café. » A 60 centimes d’euros, le prix du café est très compétitif !

Une ouverture vers le monde
On leur propose aussi des ateliers discussion autour de l’actualité, ou musique du monde. Des interventions de spécialistes, sur l’opération de la cataracte, le vaccin de la grippe, les droits à la retraite. Des sorties dans Paris, comme au Sénat, au musée, ou en dehors de la capitale, en forêt. Un repas, une fois par mois, qui se déroulera prochainement à l’Institut des Cultures d’Islam : « Chacun est invité à cuisiner un plat de son pays d’origine, explique Alexandre Blondin. Toutes les activités portent la même idée, celle de l’ouverture. Dans un quartier comme celui-ci, tellement cosmopolite, il est important de travailler dans ce sens. Le café est à l’image des gens qui vivent dans ce quartier. » D’ailleurs, sur ses murs, quand il n’y a pas d’exposition, les portraits des adhérents sont suspendus.

Des portraits essentiellement masculins. Car les femmes, elles, sont peu nombreuses à franchir la porte. « C’est un public qui fréquente peu ce genre de lieux publics, ajoute l’animateur. De temps en temps, on leur propose des ateliers, par exemple de crochets, de miroir mosaïque, d’art floral. On leur a réservé le mercredi, c’est leur journée. Il faut qu’elles sachent que si elles viennent ce jour-là, elles retrouveront d’autres femmes. »

Arezki Hamitouche s’est réveillé, a replacé sa casquette sur sa tête, est parti. Il reviendra demain, comme tous les jours. Quant à la partie de Domino, elle se poursuit. « On attend Alexandre, l’animateur, pour qu’il vienne jouer avec nous », disent les deux joueurs, le sourire aux lèvres. Un sourire habituel, au café social de la rue Dejean.

Café social Dejean
Association Ayyem Zamen
1 rue Dejean- 75018 Paris
Tél. : 01 42 23 05 93

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