samedi 21 octobre 2017| 22 riverains
 

A la Babillo, les enfants apprennent à devenir grands

Les équipes de La Babillo travaillent essentiellement sur la relation parents-enfants.

Ouvert depuis 2006 dans le 18e arrondissement de Paris, La Babillo est un lieu d’accueil et d’écoute destiné aux enfants de moins de quatre ans, accompagnés par leurs parents ou leur nounou. Reportage.

La Babillo a été créée en 2006 sur le modèle de La maison verte, fondée par une équipe de psychanalystes avec Françoise Dolto en 1979. Comme à La maison verte, les enfants de moins de quatre ans y sont accueillis avec leurs parents, ou leur nounou. Tous les après midi, samedi compris. On y vient par le bouche à oreille et les accueillants sont pour la plupart des psychanalystes. Dix sept en tout, qui se relaient chaque après midi par équipe de trois : deux femmes, un homme.

Les équipes travaillent essentiellement sur la relation parents-enfants, et plus particulièrement sur les moments de séparation au quotidien. Il y a tout ici pour faire le bonheur d’un tout petit : tapis moelleux, jouets à foison, coin pour jouer avec l’eau, grand tableau pour dessiner, voitures à pédales etc. Et à La Babillo, c’est l’enfant qui est l’hôte. Son prénom, et lui seul, est demandé puis inscrit sur un petit tableau. Pas de formulaire à remplir. Pas de question. Bienvenue à La Babillo !

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« Nous ne sommes pas dans le conseil. Ce qui compte, c’est ce dont les parents ont envie de parler. »

La salle qui donne de plain pied sur la rue Boinod est vaste et lumineuse. Autour d’un grand tapis central, des fauteuils et des divans profonds. Là où généralement se retrouvent des cohortes de nounous, rieuses, volubiles et généralement maghrébines, l’œil vigilant sur les enfants du quartier dont elles ont la garde. À l’heure du goûter, les gâteaux-maison font le tour du tapis.

Cet après midi là, une maman tient en quelque sorte, la vedette. Elle est entrée en coup de vent en s’exclamant : « Il fait trop chaud ici, c’est un truc à tomber malade ! » Elle accompagne son fils Jonathan. Et Jonathan est un téméraire. Sa mère ne le lâche pas d’une semelle, le poursuit, bras tendus, au cas où. Le petit garçon qui fait ses premiers pas, ne va jamais bien loin. Sa mère l’attrape, le ramène au point de départ, l’assied même, et assez vivement, sur un fauteuil. La scène se répète à l’envie. Rien à faire, Jonathan veut voir le monde.

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Une sorte de rampe en bois, pourtant sans danger, concentre les inquiétudes.

Christine Arnaud-Tanner qui est l’une des fondatrices de la Babillo, s’est approchée du duo, a entamé un brin de conversation et juste proposé d’ouvrir un peu une fenêtre. Quel est exactement le travail des psychanalystes ? Christine Arnaud : « Nous ne sommes pas dans le conseil. Nous menons un travail d’écoute. Nous nous appuyons sur la dimension du temps. Ce qui compte c’est ce qui vient, ce dont les parents ont envie de parler. »

Une question quand même : « Est ce qu’on va laisser l’enfant avoir un corps qui lui appartienne, un corps séparé, un corps à soi ? » interroge Damien Taburet, un accueillant du vendredi qui est aussi psychanalyste. En question donc, La séparation de corps si l’on peut dire, mais pas l’intrusion puis l’arrachement. Un papa a surgi en fin d’après midi. Il vient récupérer les clés de l’appartement. A peine quelques mots échangés avec sa femme, et les clés en main, il repart aussi sec.

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A La Babillo, c’est l’enfant qui est l’hôte. Seul son prénom est demandé. Pas de formulaire à remplir, pas de questions.

Mais c’est sans compter sur son petit garçon, qui a assisté à la scène. Pas une parole n’a été échangée avec lui. Et lui ne compte pas en rester là, ni même rester tout court. Il veut repartir avec son père. Les parents négocient. En vain. Finalement, toute la famille plie bagage. Scènes ordinaires, scènes du quotidien de jeunes parents. Inquiétude des premières échappées et ce b-a ba, qu’on oublie tous, toujours mettre en mots les départs.

Dans ce lieu, au demeurant parfaitement sans danger, un espace concentre les inquiétudes : une sorte de rampe en pente séparée du centre de la salle par un haut panneau de bois. Si un enfant s’y engage, il n’est plus sous les yeux de ses parents, il "disparaît". Il y a donc celles qui, vent debout, se précipitent à sa poursuite et les habituées qui attendent patiemment la fin de l’escapade.

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La salle qui donne de plain pied sur la rue Boinod est vaste et lumineuse.

Alors ? « Et bien il faut que les parents acceptent que leur enfant fasse un tour sans eux », lance Damien Taburet. Et il précise : « Avec le temps, c’est une sécurité pour eux de voir leur enfant agir, malgré et au delà de leurs craintes. Ils peuvent devenir fiers de ce qui se passe pour leur enfant ici. »

Prévenir l’angoisse de la séparation à venir, tel est l’enjeu. Et le grand saut : l’entrée à l’école maternelle. « Mais cela va bien au-delà », affirme Christiane Gregorius : « Avant d’apprendre à être seul, l’enfant fait l’apprentissage, d’être seul avec ses parents. Cela présage d’une meilleure vie d’adulte : apprendre à être seul avec soi même sans être angoissé d’être seul. »

Sur le tapis, sur les fauteuils, près du tableau, on joue beaucoup et Damien Taburet est un psychanalyste très joueur. Il a même une manière de fan club, s’entoure de bambins, lit des histoires, joue avec les bébés : « Le jeu, dit il, c’est nouer une relation. Là où ça peut intéresser les mères car ce n’est pas toujours quelque chose qu’elles s’autorisent. Et c’est à partir de cette place que je me relie aux parents. »

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L’entrée de La Babillo, au 48 bis, rue Boinod, dans le quartier Amiraux.

Dans le jeu, il y a des règles. Et trois espaces où il n’est pas permis de les enfreindre. Le tableau par exemple, où l’on peut dessiner mais pas aller sur le mur, le lavabo où on peut jouer avec l’eau mais en revêtant un tablier de caoutchouc, et le nec plus ultra, les voitures ou camion à pédales qui n’ont pas le droit de dépasser une ligne rouge marquée au sol, histoire de ne pas renverser un tout petit qui passe par là. Un haut lieu de rappel à l’ordre et, bien sûr, de contestation.

Ce qui fait rire Damien Taburet : « J’énonce l’interdit : "Le camion ne doit pas passer la ligne rouge". Mais j’ai vu des enfants qui prennent le camion ou la voiture sous le bras et franchissent la ligne en le portant. Dans ces cas là, tu révises ta copie. L’enfant s’adapte, et il va interroger les mots de celui qui parle. »

Ce jour là, justement, un garçonnet chevauchant une voiture, et ponctuant toutes ses phrases de « ouais » retentissants, claironne : « J’ai quatre ans, ouais ! » Sa mère fait non de la tête et, lance : « Il ne les a pas encore ! » N’empêche, le petit bonhomme a tout compris. À quatre ans, et il le sait, on ne vient plus à la Babillo. Une séparation réussie !

La Babillo
48 bis rue Boinod - 75018
Tél : 01 42 57 14 01
Ouvert du lundi au vendredi de 14 à 18h30 ; le samedi de 14h30 à 18h.
La Babillo sera fermée du samedi 26 juillet 2014 au soir au dimanche 17 août 2014.

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