mardi 17 octobre 2017| 32 riverains
 

Dans les années 80, la lutte contre les expulsions dans la Goutte d'Or

Limiter les démolitions, revendiquer le droit au logement, défendre le pluriculturalisme du quartier : Bernard Massera et Bernard Taglang, habitants de la Goutte d’Or, dans le 18e arrondissement de Paris, racontent leur lutte face aux projets de la Ville de Paris, dans les années 1980.

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Bernard Massera et Bernard Taglang ont lutté contre certains projets de démolition dans la Goutte d’Or.

Bernard Massera et Bernard Taglang sont deux mémoires de la Goutte d’Or, dans le 18e arrondissement de Paris. Ces deux habitants du quartier, actifs dans le monde associatif, ont participé à de nombreuses batailles pendant la période de la rénovation de la Goutte d’Or, à partir des années 1980. Ils militèrent entre autres pour la limitation des démolitions, le droit au relogement et le maintien du multiculturalisme du quartier.

« Le projet de la Ville, dont Jacques Chirac était le maire, et Alain Juppé, son adjoint aux Finances, puis député de la 18e circonscription, était de tout passer au buldozer », explique Bernard Massera. « Ils voulaient détruire les immeubles, ajoute Bernard Taglang, aujourd’hui vice-président de l’Accueil Laghouat. Et changer la composition sociologique du quartier. »

C’est que la Goutte d’Or attirait, selon les deux militants, les convoitises de la Ville de Paris. Situé à quelques minutes des principales gares parisiennes, le quartier pouvait accueillir un parfait centre d’affaire. « On était persuadé que l’abandon de la Goutte d’Or, où le ramassage des poubelles n’était pas effectué, et où on laissait se développer des bordels, visait délibérément à détruire son image », note Bernard Taglang. Une image désastreuse qui justifierait ensuite les bouleversements prévus par la Ville de Paris.

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Ecoutez le son consacré au contexte de l’époque.

Mais c’était sans compter sur la mobilisation d’une partie de la population, qui refusa ces projets. « On voulait sauvegarder la diversité du quartier, que la population reste », se souvient Bernard Taglang. Les militants se rassemblent alors dans une association, Paris Goutte d’Or. Des réunions sont organisées. « On essayait de voir ce qui pouvait être sauvé », se rappelle Bernard Massera. Les points de vue et arguments de la population sont relayés lors des réunions avec Alain Juppé, d’abord tous les mois, ensuite tous les deux mois. Un journal est lancé : Le Paris Goutte d’Or. Tiré à 1000 exemplaires, il relaie les mobilisations, expose les thèses de la ville et émet des contre-propositions.

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Le rôle du journal Paris Goutte d’Or.

Progressivement, la lutte s’organise. « On s’appuyait sur des îlots de mobilisation », constate Bernard Taglang. Comme celui de l’hôtel meublé du 8 rue de la Charbonnière, où les habitants, menacés d’expulsion, acceptent de partir à condition de ne pas perdre la vie collective de leur immeuble. « Alors ils tenaient un cahier où ils notaient toutes leurs revendications, se souvient Bernard Taglang. C’était une lutte par l’occupation des lieux : on ne partira pas sans être certain de ne pas perdre ce qu’on a. »

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La Goutte d’Or dans les années 80 : en rouge, les immeubles voués à la démolition.

Et la mobilisation finit par payer. « On a obtenu le relogement des habitants des hôtels meublés dans des HLM, sur place, pour la plupart, remarque Bernard Massera. C’était un grand acquis. » Autre réussite : en l’absence de certificat d’hébergement, la bonne foi des habitants est reconnue par la mairie. « Beaucoup louaient des logements à des gens qui n’étaient pas propriétaires, mais qui avaient seulement la clé de l’appartement, raconte Bernard Massera. Or, pour être relogé, il fallait des titres de propriétés. Des titres que ne possédaient pas, bien sûr, les habitants de ces logements. On encourageait ainsi les locataires à noter tout ce qu’ils payaient, pour garder des preuves. »

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les habitants de bonne foi.

Autre action : le recensement des œuvres architecturales de la Goutte d’Or. « La Villa Poissonnière, par exemple, date de l’époque de Louis-Philippe, précise Bernard Massera. Ce recensement nous permettait d’avoir des arguments dans les négociations. »

Cette mobilisation d’une partie de la population a permis de préserver de nombreux logements. « Globalement, les gens sont contents, car ils ont pu revenir vivre dans le quartier, note Bernard Taglang. Des équipements collectifs ont été installés, comme la bibliothèque. Des commerces ont été rénovés. Les trottoirs ont été refaits ; les rues, élargies : ça donne de l’air. »

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Globalement, les habitants étaient satisfaits...

Avec la rénovation du quartier, l’image de la Goutte d’Or s’est ainsi améliorée ; attirant une nouvelle population au pouvoir d’achat plus élevé. Mais pour de nombreux habitants, la pauvreté et la discrimination perdurent. « Ces populations, exclues d’une insertion normale dans la société, vivent parfois un mal-être face à l’arrivée de personnes au niveau de vie plus élevé, constate Bernard Taglang. Ils ont l’impression qu’ils vont être mis à la porte. »

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La hausse des loyers attire une nouvelle population.
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La Goutte d’Or exclue du monde du travail ?

Pour en savoir plus sur ces luttes sociales, Bernard Massera et Bernard Taglang animeront une visite guidée du quartier, le 22 mai 2010, dans le cadre du festival Barbès l’Africaine.

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