lundi 22 mai 2017| 141 riverains
 

Brasserie Wepler (2), soldats et Nouvelle vague

La salle de restaurant de la brasserie Le Wepler dans les années 60.

Tumultueuse, littéraire et sulfureuse, l’histoire de la brasserie Wepler, ouverte place de Clichy à la fin du XIXe siècle, se conjugue avec celle du 18e arrondissement de Paris. Nous vous racontons cette histoire en trois épisodes. Deuxième partie : soldats et Nouvelle vague.

Lire la première partie : Brasserie Wepler, débauche et clientèle interlope

Quand la Seconde guerre survint et que Paris fut occupé, la Wehrmacht vit tout de suite le profit qu’elle pourrait tirer pour sa troupe de la brasserie Wepler, au demeurant situé à deux pas du quartier chaud de la prostitution d’alors, Pigalle et Blanche. Elle en fit un foyer à soldat. Une gigantesque banderole éclipsa l’enseigne du Wepler, barrant toute la façade d’un « Soldatenheim – Kommandatur Gross Paris » encadré des symboles nazis.

Le lauréat du prix littéraire 2013, que décerne conjointement depuis 1998 le Wepler avec la Fondation La Poste, remis le 11 novembre 2013, Marcel Cohen, s’est souvenu de son enfance de petit juif habitant le quartier en ce temps-là. Dans son discours de remerciements, il a raconté : « Pendant la guerre, nous passions place Clichy plusieurs fois par jour, ma mère et moi. Mais jamais, jamais, devant le Wepler. Toujours de l’autre côté de la place. (…) Soit ma mère portait l’étoile jaune, et elle ne tenait pas à se faire remarquer, soit, à ses risques et périls, elle ne portait pas l’étoile, et elle ne voulait pas déclencher les sifflements de dizaines de militaires désoeuvrés » attablés à la terrasse. Alors, précise-t-il, ils passaient « toujours de l’autre côté de la place ». Il en gardera l’habitude longtemps, pratiquement jusqu’à l’obtention du prix.

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La grande salle de la Brasserie Wepler dans les années 60.

À la libération, les temps ont changé. Plus rien n’a à voir avec La Belle époque ou l’effervescence artistique et les tensions politiques de l’entre-deux-guerres. La géographie de Paris a changé aussi. La place de Clichy est marginalisée. Les artistes, peintres et écrivains, qui avaient progressivement migré dans les années 30 de la butte Montmartre vers Montparnasse, établissant leurs quartiers au Sélect et à la Coupole, ont jeté leur dévolu sur Saint-Germain, s’incrustent au Deux-magots et au Flore, passent des nuits blanches à danser le bee bop au Tabou. C’est l’époque des caves, du jazz, des petites scènes à chansons, de la peinture abstraite, de Juliette Gréco, de Mouloudji, de Boris Vian, de Sydney Bechett et sa Petite fleur, de l’existentialisme, des zazous.

Pendant ce temps-là, le Wepler va cahin caha. En 1954, les propriétaires d’alors décident de se recentrer, comme on dit aujourd’hui, sur le cœur de leur métier. Ils se défont de la partie grill, billard et bastringue, pour permettre la construction du cinéma Pathé-Wepler, et ne gardent que la brasserie-restaurant. Toutefois, en 1959, un jeune cinéaste du quartier, qui des fois s’y attablait, y tournera quelques scènes du film qui le lancera et qui marquera la naissance de La Nouvelle vague ; Les 400 coups. Au Wepler, François Truffaut y rencontre aussi un autre de ses acolytes qui ont révolutionné l’art de filmer, Claude Chabrol. Si l’antre de la Nouvelle vague a été les cahiers du Cinéma, le Wepler a aussi sans le savoir tenu son rôle de figurant dans cette aventure encore en blanc et noir.

À suivre...

Béton Armé, meilleur livre de voyage
Dans son numéro de décembre, le mensuel littéraire Lire a classé Béton armé, de Philippe Rahmy (La Table ronde), Mention spéciale du Prix Wepler-Fondation la Poste, meilleur livre de voyage, et parmi les 20 meilleurs livres, français ou étrangers, tous genres confondus, de l’année 2013.

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Philippe Rahmy avait obtenu la Mention spéciale du Prix Wepler Fondation La Poste. Photo © Thierry Stein

Ce classement, inauguré il y a 40 ans, est aujourd’hui une institution dans le petit monde des lettres françaises. Ce n’est que depuis seulement quelques années, que la revue, dirigée par François Busnel, présentateur de La Grande librairie sur la chaine de télé La 5, procède par genre. Dans la catégorie Voyage, Béton armé, qui raconte le séjour assez singulier de l’auteur à Shangaï, était confronté en finale à deux poids lourds : Remonter la Marne, de Jean-Paul Kauffmann (Fayard) et Immortelle randonnée, de Jean-Christophe Rufin (Guérin).

La singularité de son récit provient du fait que Rahmy souffre de ce qu’on appelle la maladie des os de verre ce qui réduit considérablement sa mobilité. Il est « un homme friable, précise Lire dans sa présentation du livre, qui ne peut passer d’un lieu à un autre qu’en souffrant d’être transporté avec précaution ». De cette infirmité, poursuit la revue, il a tiré l’énergie et la sensibilité qui lui ont permis de brosser « le portrait d’une mégapole et l’autoportrait d’un homme à la fidélité incassable ». En effet, sa fragilité physique l’a doté, en contrepartie, d’un « extraordinaire coefficient d’attention et de vigilance, communes chez l’enfant et perdues chez l’adulte », souligne Lire.

En excellente compagnie

Dans cette sélection de 20 titres, parmi les milliers publiés dans l’année, qui écarte les lauréats des grands prix d’automne, dont le Nobel, car ce serait voler, dit François Busnel, « au secours de la victoire », Rhamy se retrouve en excellente compagnie puisque on y relève, entre autres, les noms de Svetlana Alexievitch, meilleur essai, pour son La Fin de l’homme rouge, ou le temps du désenchantement (Acte sud), Joyce Carol Oates, meilleur roman étranger, pour son Mudwoman (Philippe Rey), Stephen King, meilleur récit fantastique/anticipation, pour son Docteur Sleep (Albin Michel), ou encore Michel Winock, meilleure biographie, pour Flaubert (Gallimard).

En revanche, le lauréat du prix Wepler-Fondation la Poste, Marcel Cohen, n’a pas eu cette aubaine avec sonSur la scène intérieure – faits (Gallimard) dans lequel il fait le portrait de huit membres de sa famille disparus dans les camps nazis. Bien que le Journal du dimanche du 8 décembre 2013 lui ait consacré une pleine page, l’ouvrage est passé inaperçu auprès de la presse, à la différence de Béton armé. À telle enseigne que l’on peut se demander si le jury de ce prix ne s’est pas trompé de lauréat.

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