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La rue des Abbesses veut travailler le dimanche

Pour obtenir le droit de faire travailler des employés le dimanche, l’association de commerçants des Abbesses, dans le 18e arrondissement de Paris, souhaite que son quartier soit classé en zone touriste. Objectif : profiter pleinement de la manne touristique. Mais la mairie s’y oppose.

Un dimanche après-midi du mois d’août 2011, c’est surtout des échos d’espagnol, d’anglais, d’italien ou de mandarin qui se font entendre dans le quartier des Abbesses. Depuis de nombreuses années, le quartier est très populaires auprès des touristes. En mai 2011, l’association des commerçants du quartier Lepic-Abbesses, qui représente 140 enseignes, a lancé une pétition pour que cet endroit soit officiellement classé comme zone touristique. À l’image de la place du Tertre, ses cafés et ses boutiques de souvenirs.

Ce changement de statut offrirait aux commerçants le droit de faire travailler leurs employés le dimanche. « Notre quartier est à la fois un lieu de passage pour accéder au vieux village de Montmartre mais aussi un lieu de visite en lui-même, déclare l’association dans un éditorial sur son site Internet pour justifier sa requête. Nous sommes une zone touristique majeure de Paris. » Cette pétition a été lancée suite à une visite de l’inspection du travail, demandant que les commerçants respectent le principe du repos dominical.

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Si les magasins ouvrent le dimanche, rue des Abbesses, est-ce la fin du commerce de détail ?

Pour les commerçants, les opportunités qui découleraient de ce changement de statut seraient nombreuses. « Parfois, je m’installe dans un coin de rue le dimanche, et je me rends compte que le flux des visiteurs est énorme », explique M. Ben Romdhane, gérant d’une cordonnerie-serrurerie rue des Abbesses. Pourtant, la mairie du 18e arrondissement de Paris refuse de donner l’étiquette de zone touristique aux Abbesses. Pour le cordonnier, la mairie « fait du tort aux commerçants ».

Selon Afaf Gabelotaud, adjointe au maire chargée du commerce, de l’artisanat et du développement économique, la question a déjà été tranchée : « La demande d’élargissement de la zone touristique a été faite il y a un an par la préfecture. Une commission parisienne s’est réunie pour étudier le dossier et a conclu que le bénéfice lié au travail dominical n’était pas si net que cela. » Selon elle, c’est à ce moment là que l’association aurait du prendre position. La mairie est aussi confronté au problème d’un traitement localisé. « Si on accepte de donner le statut de zone touristique aux Abbesses, il n’y a aucune raison de la refuser ailleurs », rajoute l’adjointe au maire en pensant notamment à la rue des martyrs.

La position de la mairie du 18e arrondissement est aussi basée sur des principes idéologiques. « Le repos dominical et les relations sociales qui en découlent sont un socle fondamental de la république, explique Afaf Gabelotaud, et cela préserve le quartier. » Paradoxalement, le même argument est utilisé par l’association des commerçants pour justifier sa position : « Les us et coutumes de la vie commerçante des rues Lepic et Abbesses font que nos boutiques ont toujours été ouvertes le dimanche. Ces commerces contribuent à la vitalité de notre quartier Lepic Abbesses – Montmartre ».

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Pour de nombreux riverains, la fermeture programmée de Chicken Family symbolise la fin du commerce de proximité aux Abbesses.

C’est la sauvegarde de ce quartier historique qui est véritablement en jeu. Les grandes enseignes se multiplient, tandis que les petites échoppes familiales, soumises à des loyers de plus en plus élevés, ferment les unes après les autres. En ouvrant le dimanche, les commerçants espèrent donc augmenter leur chiffre d’affaires, afin de faire face à cette pression locative. Une situation admise par Afaf Gabelotaud, mais qui, selon l’adjointe, ne sera pas résolue par l’ouverture dominicale.

Tous les commerçants du quartier ne sont pas sur la même ligne. Patrick Ribot, gérant de la boutique d’accessoires de mode et de bijoux Lady Bird, rue des Abbesses, n’a pas signé la pétition de l’association des commerçants. « En classant les Abbesses zone touristique, les grandes enseignes vont déferler et dénaturer le quartier », explique-t-il. Sa boutique étant petite, il reste ouvert le dimanche car il peut s’en occuper sans employés.

De son côté, José De Oliveira, qui gère trois magasins d’optique dans le quartier et emploie 14 salariés au total, soutient la pétition. Mais il estime ne pas avoir besoin d’ouvrir le dimanche et préfère se reposer. Il est pourtant prêt à expérimenter l’ouverture dominicale dans l’une de ses boutiques. Histoire de vérifier l’intérêt financier de l’opération. Et sans salariés, conformément à la loi.

La dossier est donc complexe. Comme la législation sur le travail dominical, qui contient de très nombreuses exceptions. Illustration : Alexandra Reveillon, étudiante de 23 ans et riveraine des Abbesses, souhaite que les salariés des commerces puissent travailler le dimanche. Mais elle ne voit pas ce que cela change, car « c’est toujours ouvert, jusqu’à présent ». En effet, les commerces de détails alimentaires peuvent ouvrir le dimanche jusqu’à 13h. D’autres commerces, les fleuristes ou les pharmacies, peuvent bénéficier de dérogations spéciales.

Lire aussi sur le site : La rue des Abbesses veut sauver Chicken Family

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2 commentaires
  • La rue des Abbesses veut travailler le dimanche 16 août 2011 22:29, par Anne-Marie

    Le libraire a disparu, l’épicier marocain avec son chat aussi. D’autres magasins et mêmes des bistrots ont fait place à des banques. Des nouveaux propriétaires ont dénaturé les cafés où l’on jouait du jazz ou d’autres musiques… Ce n’est plus Montmartre, c’est la rue des Rosiers…

    La place du Tertre est vendue aux restaurateurs qui la bâchent entièrement, le passage de la Sorcière à été cédé à un hôtelier.

    Plus rien ne m’attire sur la Butte qui a perdu son charme. Allez, ouvrez le dimanche et la nuit. Le vieux Paris est bradé aux affairistes.

    Répondre

  • La rue des Abbesses veut travailler le dimanche 31 août 2011 15:18, par Parigi

    Où est-il, le gros chat roux de l’épicier ? Il (le chat) me manque éperdument.

    Répondre


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