mercredi 13 décembre 2017| 13 riverains
 

La contrefaçon inquiète les peintres montmartrois

Le règlement du carré aux artistes de la place du Tertre, à Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris, a été modifié afin de redorer son image. En attendant son application, les artistes se plaignent de la contrefaçon, un problème qui les touche de plein fouet.

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Le règlement prévoit des critères qualitatifs pour l’attribution des places du carré aux artistes.

Les peintres de la place du Tertre à Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris, sont sceptiques. Les modifications du règlement, adoptées par la mairie début juillet, ne semblent pas les rassurer. « On attend septembre et leur mise en place, dit un peintre membre du Comité des artistes montmartrois, qui préfère garder l’anonymat. Il y a au moins la volonté politique de nous protéger, c’est déjà ça. »

« Depuis quelques années, nous assistons à une baisse de la qualité des œuvres vendues sur la place », explique Afaf Gabelotaud, adjointe au maire du 18e en charge du commerce, de l’artisanat et du développement économique et présidente de la commission du carré aux artistes. Le principal objectif est donc de « redonner du superbe à cet endroit », en améliorant notamment le système d’attribution des emplacements.

Premier changement, un critère qualitatif dans la sélection des nouveaux artistes. « Jusqu’à maintenant, le critère d’ancienneté prévalait dans l’attribution des places qui se libéraient, indique Afaf Gabelotaud. Désormais, la commission étudiera les expériences professionnelles artistiques, les expériences d’autodidacte et le diplôme de l’artiste. »

Un critère pertinent ?
« Certes, c’est plus subjectif que l’ancienneté, mais le but est que plus d’artistes puissent déposer leur candidature, ajoute l’adjointe. Actuellement, les candidatures étaient peu nombreuses car beaucoup ne savaient pas comment y rentrer. »

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« Désormais, la commission étudiera les expériences professionnelles artistiques, les expériences d’autodidacte et le diplôme de l’artiste », Afaf Gabelotaud, adjointe au maire du 18e.

La commission, qui décide chaque année de l’attribution des 149 emplacements (deux artistes par emplacement), pourrait être ouverte à des experts, des professeurs d’écoles. Sa composition sera bouleversée. Jusqu’à maintenant, les associations d’artistes représentaient les intérêts des peintres. Désormais, les artistes éliront eux-mêmes leurs représentants pour une durée de trois ans.

« On s’est rendu compte que les associations n’étaient pas forcément représentatives des artistes, note Afaf Gabelotaud. Avec une meilleure représentativité, nous espérons fédérer des groupes de réflexion. Ces groupes pourront proposer, par exemple, des pistes d’action pour lutter contre la contrefaçon. »

Car la contrefaçon est le principal souci rencontré par les 298 artistes de la place du Tertre. Un phénomène débuté il y a 15 ans, mais qui s’est accru ces dernièrs années. « Des sondages de marché sont effectués, explique un peintre qui souhaite garder l’anonymat. Les peintures les plus vendues sont recopiées. Elles sont prises en photo ou achetés, puis envoyée en Chine, où le tableau est tout de suite reproduit, à la chaîne, comme à l’usine. Puis on le découvre en vente ici, ou dans les rues aux alentours. »

Concurrence déloyale
Vendus dans les boutiques des rues entourant la place du Tertre, ces tableaux sont des petits formats représentant des paysages parisiens : la tour Eiffel, la Seine, Montmartre. Ils sont signés Jacques, Jules, Julien et coûtent entre 15 et 18 euros. Une aubaine comparée aux œuvres des artistes montmartrois.

Mais pas question pour les vendeurs de ces reproductions de révéler leur provenance. « Ces peintures sont les œuvres de peintres de la rue de toutes les nationalités », indique une vendeuse. Juste en face, un autre vendeur : « Si elles ne coûtent pas chères, c’est parce ce sont des élèves d’écoles d’art, de Fontainebleau, Chantilly, Lyon, qui les ont peintes. »

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« Oui, elles viennent toutes de Chine, comme la plupart des peintures dans les magasins de cette rue », un artiste qui tient une boutique.

A quelques pas, dans une autre boutique, un artiste est pourtant très clair : « Oui, elles viennent toutes de Chine, comme la plupart des peintures dans les magasins de cette rue. Même si tous les vendeurs vous diront qu’elles viennent de France. Mais pour ce prix là, il est impossible de trouver une peinture originale. Et elles sont quand même de bonne qualité.  »

Face à cette concurrence déloyale, dénoncée par les artistes, la mairie ne peut rien faire. Mais des contrefaçons sont aussi vendues sur la place du Tertre, où des contrôles devraient normalement être menés. « À partir de 17h00, certains viennent s’installer sur la place et vendent des reproductions, note un peintre. Mais la police ne fait rien. »

Un hologramme contre les reproductions ?
« Tout d’abord, la police peut seulement donner des contraventions, répond Afaf Gabelotaud. Or ces contraventions ne sont pas dissuasives comparées à ce que ces vendeurs gagnent. Il faut que la législation évolue. Ensuite, la police a aussi des choses bien plus graves à s’occuper. Les artistes ne le comprennent pas. Enfin, la brigade qui s’occupe de la place est très bien connue des contrefacteurs. Quand elle arrive, les coups de fil sont nombreux… et les contrefacteurs disparaissent ! »

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Une solution contre les contrefaçons : créer un label. Au public de l’exiger.

L’adjointe à la mairie du 18e propose la mise en place d’un label afin de reconnaître les œuvres de la place du Tertre. Ce label pourrait prendre la forme d’un hologramme, ce qui éviterait sa copie. « A voir ce que les artistes sont prêts à accepter, dit-elle. La mise en place de ce label s’accompagnerait d’une information du public, dans les guides touristiques par exemple. » À eux, ensuite, d’exiger le label. Le seul moyen efficace pour lutter contre les reproductions ?

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2 commentaires
  • Les tableaux en vente sur la place du Tertre sont déjà mauvais. Vous voulez dire qu’il y a des contrfaçons du mauvais ? You’re joking.

    Répondre

  • Faussaires de l’art 24 août 2010 15:59, par Bardamor

    Les petites corporations ou les petits syndicats sont toujours vaincus par les grosses compagnies industrielles, c’est la loi du marché. A lécher le cul des pouvoirs publics les artisans n’ont jamais rien gagné.

    Répondre


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