jeudi 14 décembre 2017| 29 riverains
 

Tunisie, une commerçante du 18e témoigne

La révolte du peuple tunisien est vécue de près par les français d’origine tunisienne vivant en France. Une commerçante du 18e arrondissement de Paris raconte ce qu’elle apprend quotidiennement de ses proches qui vivent là-bas.

Des nouvelles du pays, elle en reçoit régulièrement. Là-bas, en Tunisie, cette commerçante du 18e arrondissement de Paris a de la famille et des amis qui vivent de près la révolte qui agite actuellement ce pays du Maghreb. « Certains osent en parler, dit-elle. Ceux qui ont toujours participé à l’opposition. Ils savent qu’ils sont sur écoute, mais ils ne s’en soucient pas. Par contre, j’ai des cousines qui ne veulent pas en parler au téléphone. Elles ont peur d’être entendues par un passant. En Tunisie, tout le monde se méfie de tout le monde. Il y a énormément de délation. Des bruits courent autour de l’établissement par le gouvernement d’une liste des personnes qui communiquent par Facebook, contre le régime. »

Les opposants au gouvernement que cette femme connaît, se disent heureux de ce soulèvement. Mais ils ne se font pas d’idées pour la suite du mouvement : « Tout cela va s’essouffler, m’expliquent-ils. Et surtout, il n’y a personne en face, pas de véritables partis d’oppositions, comme en France. Alors si Ben Ali part, on sait ce qu’on quitte, pas ce qu’on retrouve. Et ce sera peut être pire qu’avant. »

Corruption généralisée
Pourtant, la situation économique du pays est actuellement désastreuse. Elle est d’ailleurs la principale cause de ces émeutes. « Les gens se plaignent de ne pas avoir de pouvoir d’achat, explique la commerçante. La vie devient chère et les salaires ne suivent pas. Donc les foyers vivent grâce aux crédits, mais il est très difficile de joindre les deux bouts. Malgré les diplômes, la jeunesse n’a pas de travail. Pour trouver un emploi, il faut être pistonné par des personnes de pouvoir. A l’inverse, certains arrivent au gouvernement du jour au lendemain, sans aucunes compétences. Et ça, les gens s’en rendent compte. »

Sous la présidence de Ben Ali, la corruption s’est généralisée. « Pour toute transaction immobilière, il y a 5% qui partent dans les poches du gouvernement. » Et les libertés individuelles sont étroitement encadrées : « En Tunisie, il y a trois policiers pour une personne. Dans la rue, on ne peut pas parler politique. Quelqu’un qui ouvre un commerce est obligé d’afficher le portrait du président à l’intérieur. »

« C’est connu de tout le monde que la Tunisie est une dictature, ajoute la jeune femme. Pourtant, l’image de la Tunisie est celle d’un pays de rêve, avec une bonne classe moyenne et sans problèmes religieux. Alors pourquoi voudrait-on se mettre en conflit avec un pays comme celui-ci ? Les relations avec la France sont très bonnes ! Ce qui explique le silence des autorités françaises, qui disent ne pas vouloir s’ingérer dans les affaires tunisiennes… C’est drôle, on ne s’est pas posé la question pour le Niger. Avec la Tunisie, la France et l’ONU ont le devoir de dénoncer un Etat dont l’armée tire sur une foule. »

Cette commerçante a souhaité garder l’anonymat.

Suite au départ de Tunisie du Président Ben Ali, nous avons joint cette commerçante par téléphone : « C’est un vrai plaisir, mais nous sommes très surpris. C’était très improbable et tout le monde est choqué. Nous apprenons qu’il serait à Paris, sa femme à Monaco... Mais le problème, c’est la suite. Qu’est-ce qui va se passer ? Est-ce un coup d’Etat, comme lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 1987 ? Est-ce l’armée ? On ne sait toujours pas. J’imagine qu’il va y avoir des pourparlers dans les heures qui vont venir. Mais on en saura plus dans la nuit et demain. »

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:

1 commentaire

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixhuitinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhuitinfo.com
 
Derniers commentaires
Les plus lus
Thèmes