samedi 21 octobre 2017| 22 riverains
 

Quand les parents d'élèves fuient les quartiers populaires

Le collège Gérard Philipe, dans le quartier des Amiraux, a enregistré un taux de réussite de 87,1% au brevet en 2014.

Manque de mixité et mauvaise réputation : malgré de bons résultats scolaires, les collèges publics de la Goutte d’Or, d’Amiraux-Simplon et de la Chapelle, peinent à inscrire et à conserver les enfants de familles plus aisées venues s’installer dans ces quartiers populaires du 18e arrondissement de Paris.

De nombreuses familles quittent les quartiers de la Goutte d’Or, d’Amiraux Simplon ou de la Chapelle, quand leurs enfants ont l’âge d’entrer au collège. Motif invoqué : la difficulté de trouver un collège dans ces quartiers populaires du 18e arrondissement de Paris. Pourtant, en y regardant de plus près, le choix d’établissements est plutôt large : au moins quatre collèges publics sont recensés : Gérard Philipe, Marie Curie, Aimé Césaire et Georges Clemenceau.

Ces établissements représentent une capacité d’accueil d’un peu plus de 1500 collégiens et sont loin d’être saturées. « Disons qu’on est pas surchargé et qu’on ne rencontre pas trop de soucis pour accueillir de nouveaux élèves », explique Pascal Delhom, principal du collège Georges Clemenceau. « Nous avons des classes à petits effectifs et le maximum de places disponibles n’est pas atteint », remarque aussi Marie-Claire Rérole, la responsable du collège Gérard Philipe. « C’est sûr que nos classes sont moins remplies que de l’autre côté du boulevard Barbès (côté ouest), où on ne connaît pas ce problème », renchérit le principal de Georges Clémenceau.

Contourner la carte scolaire parisienne

Alors quel est justement ce problème ? Dans la bouche de ces directeurs d’établissement, les deux mots qui reviennent le plus fréquemment sont « évitement » et « fuite ». Révélateurs d’un phénomène qui sévit généralement avant l’entrée au collège et explique la faiblesse des effectifs : en cours d’année ou entre deux niveaux, les parents décident de finalement retirer leurs enfants parce qu’ils déménagent, obtiennent une dérogation, ou parce qu’ils décident de les placer dans le privé. Soit l’inventaire des principales méthodes pour contourner la carte scolaire parisienne. « Aujourd’hui, seuls 60% de nos élèves de 3ème étaient déjà là en 6ème », note Pascal Delhom.

Quand on demande aux parents d’élèves pourquoi ils souhaitent que leur enfant change d’établissement, ils sont parfois embarrassés pour répondre. « Les arguments avancés ne sont pas d’ordre pédagogique. En effet, l’idée commence à être comprise qu’on travaille bien et qu’on a de meilleurs résultats scolaires », relève encore Pascal Delhom, dont le collège a enregistré 71% de réussite au brevet en 2014 et vise 80% cette année. L’argument du niveau d’enseignement n’est donc plus valable. »

Image de violence

« Les parents nous disent : " c’est très bien mais… " La réalité c’est qu’ils sont gênés parce qu’on compte sur les doigts d’une main nos élèves blancs français, souligne le principal du collège Georges Clemenceau. Mais ce n’est pas trop dit. Sur 350 collégiens, nous avons 40 nationalités différentes. » Et il poursuit : « Aujourd’hui, les rares élèves qui ne viennent pas de milieux défavorisés sont là parce que leurs parents sont militants politiques ou associatifs. »

La principale du collège Gérard Philipe, situé à l’angle de la rue des Amiraux et de la rue Boinod, remarque le même phénomène : « Il y a toujours une fuite des parents d’élèves qui ne veulent pas inscrire leurs enfants chez nous, faute de mixité sociale. » Sans compter que, d’après Marie-Claire Rérole, l’établissement n’a jamais pu se défaire de l’image de violence, née au début des années 2000 : des émeutes avaient entraîné la venue de Ségolène Royal, alors ministre de l’Education. « Ensuite, les effectifs du collège ont chuté de 600 à 100 élèves, soupire Marie-Claire Rérole. Il a fallu remonter la pente, mais aujourd’hui on n’y arrive plus. Dans les esprits, ce n’est toujours pas possible d’inscrire son enfant ici. Nous ne parvenons pas à changer notre image. »

Miser sur les résultats pédagogiques

Or, parmi les collèges autour du boulevard Barbès, Gérard Philippe est celui qui a enregistré le plus fort taux de réussite au brevet en 2014 : 87,1%. « Nous pourrions avoir 100% de réussite, cela ne changerait pas grand-chose », déplore la principale. Qui souligne pourtant le bon parcours de ses élèves après le collège : « Quand ils s’orientent vers la seconde générale, il y a de forts taux de réussite : certains intègrent des lycées réputés, Chaptal, Louis le Grand, Condorcet… » Côté discipline, Marie-Claire Rérole défend aussi des résultats : « Nous recensons moins d’incidents que dans d’autres établissements. Nous organisons peu de conseils de discipline et ce n’est pas par laxisme. »

Pour encourager la mixité, les collèges de la Goutte d’Or et d’Amiraux Simplon misent donc sur les résultats pédagogiques. Pour aller plus loin, des actions spécifiques sont développées. « Nous avons par exemple mis en place le dispositif Action collégiens qui permet de faire venir quelqu’un après les cours pour aider les élèves », explique Jean-Louis Terrana, principal du collège Aimé Césaire. « Les choses commencent à changer, dit Pascal Delhom, de Georges Clémenceau. Cette année nos effectifs de sixième étaient remplis à la rentrée. On pourra donc retrouver bientôt quatre divisions de troisième, contre seulement trois jusqu’à présent. »

Un enjeu national

Jean-Louis Terrana pointe aussi une raison essentielle à l’amélioration de la situation : « Les demandes de dérogations des parents sont de moins en moins accordées. La sectorisation est mieux respectée. » Pour aller encore plus loin, il estime que « la carte scolaire devrait dépasser les limites des quartiers concernées ». Des questions qui ne peuvent se régler qu’à une échelle parisienne voire nationale : « L’enjeu n’est pas que local. Tant que les règles ne changeront pas au niveau national, l’évolution sera difficile ici. »

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5 commentaires
  • Tableau non exhaustif : il manque au minimum les collèges Daniel Mayer et Marx Dormoy, de La Chapelle.

    Et les résultats ne sont pas si exceptionnels qu’évoqués par cet article :

    http://www.cpe75.org/spip/IMG/pdf/P...

    "on passe de 55% de réussite à 63, 29% [au brevet]",

    "aucun voyage scolaire n’est prévu cette année au collège"

    Le compte-rendu est un peu ancien, mais pas obsolète.

    Bon courage aux parents d’élèves...

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  • Depuis 25 ans on nous parle de mixité sociale, mais on ne construit que des logements sociaux, ou on rachète du privé pour faire du social, on supprime le peu d’espaces verts, et on y installe distributeurs de seringues, sleep-in pour drogués, et camp sauvage de migrants.... Aucun élu ne vit par ici et n’y scolarise sa progéniture... Ça vous etonne ??

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  • Bonjour,

    Je suis d’accord avec le commentaire de Bri. Nous pourrions demander à nos élus de donner le bon exemple et de scolariser de manière systèmatique leur enfants dans ce collège. Je propose que Mr Lejoindre lance le bal et le reste suivra c’est certain.

    Bonne soirée,
    John

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  • totalement d’accord. au lieu de favoriser l’accession sociale à la propriété, on donne tout et on culpabilise le peu de propriétaires privés qui investissent encore. La France, premier pays communiste sans industrie ? Au fait le PCF a t-il publiquement condamné le pacte germano soviétique qui ne lui a pas vraiment fait honneur durant la seconde guerre mondiale. Hommes politiques : faites confiance aux citoyens plutôt que de les matraquer fiscalement.

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  • Quand les parents d’élèves fuient les quartiers populaires 31 juillet 2015 11:15, par ERBIUMAULABO

    Il existe dans des villes le busing , autrement dit vous envoyez par bus des élèves de quartiers défavorisés dans des collèges situés dans des quartiers favorisés et vice versa

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