dimanche 17 décembre 2017| 13 riverains
 

Portraits de biffins sur le Carré de la porte Montmartre

A l’heure où s’intensifie, sur Paris et ses communes limitrophes, une politique répressive à l’encontre des biffins, le dispositif expérimental d’accompagnement mis en place dans le 18e arrondissement de Paris par la municipalité et l’association Aurore a valeur d’exemple à suivre. Dixhuitinfo est allé à la rencontre des acteurs méconnus du Carré des Biffins. Reportage et portfolio.

6h00. Le soleil ne s’est pas encore levé Porte Montmartre que Georges s’affaire déjà à installer sa marchandise sur l’un des cent emplacements du « Carré des biffins ». Le froid mordant du petit matin fait mal aux mains. Consciencieusement il place sur une bâche posée à même le sol les quelques objets et le tas de fripes qu’il a récupéré dans les poubelles de la semaine. À cette heure-ci, biffins et clients, emmitouflés dans leurs pardessus, ont l’air d’ombres déambulant sous le pont du périphérique. « La vie n’est pas rose, confesse-t-il, mais au moins maintenant on est en règles. »

Georges est l’un des 230 biffins à avoir signé la charte du Carré des biffins qui lui donne accès à un emplacement numéroté de 2 mètres sur 2 mètres pour une durée d’un an. Cela lui a coûté 5 euros. Avant la création du Carré, en octobre 2009, il aurait été assimilé à un « sauvette » et aurait risqué à tout instant une confiscation de son matériel et une amende de 350 euros. Une somme aberrante lorsqu’on sait qu’une journée normale de vente rapporte en moyenne une soixantaine d’euros. « Un peu moins ces temps-ci parce que c’est la crise, précise-t-il. Du coup, on a de plus en plus d’acheteurs mais à des prix de plus en plus bas ».

Un ex-chauffeur de Bokassa
Georges sait de quoi il parle : cela fait plus de 25 ans qu’il exerce « la biffe ». Et ils sont nombreux parmi les biffins à avoir eu, comme lui, plusieurs vies avant d’atterrir ici. Certains sont venus avec leurs propres légendes dont on ne saurait dire si elles sont vraies ou pas. Au gré des emplacements on rencontre un ancien chanteur de raï, l’ex-chauffeur de Bokassa, une « petite main » de la haute couture… Tous ont connu la souffrance et la précarité.

Sur le coup des 8h00 il est temps d’aller se réchauffer un moment. Direction « le bus ». Le bus, c’est le lieu d’accueil stationné à quelques mètres du Carré des biffins. L’association Aurore a aménagé un bus double étage où les biffins peuvent trouver la chaleur d’un café ou d’un thé, mais surtout l’écoute et les conseils nécessaires à leur réinsertion sociale. Nadine, la responsable, les reçoit en entretien depuis plus d’un an et en suit prés d’une centaine de manière active.

Accès aux soins
« Beaucoup sont sans ressource et, habitués à se débrouiller tous seuls, sont dans l’ignorance des aides qui existent ou même de leurs droits, explique Nadine. Ici, nous ne faisons pas que gérer le Carré, nous travaillons sur l’après. Ces gens ont besoin d’être accompagné dans leur démarche d’accès aux soins, au logement et au travail. »

Engorgé par les demandes, l’association a vu sa convention avec la mairie du 18e arrondissement de Paris renouvelée pour un an en octobre 2010. Sur place, cinq bénévoles font tourner le bus qui espère développer les actions d’informations collectives … « Pas évident sur un marché où règne la concurrence », confie Nadine. Car, on aurait presque tendance à l’oublier, pour autant qu’il soit un marché du recyclage et de la précarité, le Carré des biffins n’en demeurent pas moins un marché. Georges est reparti tenir son emplacement. Il est bientôt 9h00. Et le soleil reste voilé.

Portfolio

Bienvenu, 60 ans. Lounawe. Georges, 66 ans. Monsieur Sidibé, 68 ans. Vincent, 62 ans. Amar, 41 ans. Mohamed, 56 ans. Ben, 59 ans. Ginette, 70 ans. Mauricette.

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:

1 commentaire
  • le carré des biffins de la Porte Monmarte 20 août 2014 21:32, par malika

    je suis biffine depuis le début de la création du carré et plus Loing encore, vente a la sauvette , notre combat pour avoir un emplacement .Dans ces photos 3 personne ne sont plus là, un est décédé , le 2e c est sa femme qui est décédée , est rentré dans son pays et la 3e personne est retournée a la sauvette.

    Répondre


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixhuitinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhuitinfo.com
 
Derniers commentaires
Les plus lus
Thèmes