mercredi 20 septembre 2017| 824 riverains
 

Montmartre vu depuis la ville d'Adelaïde en Australie

Mensuel culturel australien, The Adelaide Review dresse un parallèle entre la capitale de l’Etat d’Australie-Méridionnale et Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris, rapporte Ricardo Uztarroz, journaliste-écrivain et habitant du 18e. Hédonisme et cosmopolitisme en sont les deux principaux points communs.

Le journal format tabloïd traînait là sur une table du bar de cet hôtel quelconque du centre d’Adélaïde, qui se voulait être une vague imitation d’un pub anglais malgré une large baie vitrée laissant entrer la lumière crue d’une journée qui s’annonçait chaude. Celle-ci donnait sur un luxuriant jardin au milieu duquel trônaient deux imposants cactus.

Désoeuvré comme toute personne qui attend quelqu’un en retard, je le pris machinalement et commençais à le feuilleter d’un œil distrait quand un titre capta mon attention : « Montmartre, toujours aussi envoûtant ». Le regard d’un étranger sur votre cadre de vie quotidien a la vertu de vous faire redécouvrir ce que vous ne voyez plus à force de trop le voir.

Sommet du Sacré cœur : 214 m

L’auteur, un dénommé Alex Parry, un Australien originaire d’Adélaïde, habitant, précise-t-il, les Batignolles « un très paisible quartier familial », explique qu’il ne peut résister lors de son temps libre à l’attraction qu’exerce sur lui « le resplendissant et magique dôme du Sacré Cœur, le second point culminant le plus élevé de Paris après le Tour Eiffel ».

Cette précision est parfaitement exacte, si on excepte la Tour First de la Défense, située de l’autre côté du périph dans le département des Hauts-de-Seine, qui atteint les 231 m de haut : la Tour Eiffel s’élève à 327 m, la Tour Montparnasse à 210 m et le sommet du Sacré cœur à 214 m.

Une cité hédoniste

The Adelaide Review qui publie cet article est un mensuel culturel indépendant gratuit, une des rares publications locales qui échappe à l’emprise de l’empire du magnat de la presse mondiale Murdoch, entre autres ex-patron du News of the World de Londres qui a cessé de paraître suite à un scandale d’espionnage téléphonique et de corruption d’informateurs.

Les rubriques Art de vivre et Voyage y occupent une place de choix. Normal, en plein cœur du vignoble australiens, jouissant d’un climat méditerranéen, cinquième ville du pays avec ses près de 1,2 millions d’habitants, comptant cinq campus universitaires renommés, fief de l’électronique, de l’industrie automobile, de l’agroalimentaire et porte d’entrée du mythique Bush, Adélaîde, qui doit son nom à la reine épouse de Guillaume IV d’Angleterre, a la réputation d’être la cité hédoniste de l’île-continent. Tirant à 30 000 exemplaires, The Adelaïde Review est lu par plus de 100 000 personnes.

Alcool interdit sur la plage

Capitale de l’Etat de l’Australie du sud, la ville offre l’aspect d’une vaste banlieue cossue non dépourvue de charme. La vie y paraît paisible. Le centre se résume à un carrefour de deux amples avenues longues de 1,5 km chacune, se croisant en angle droit dans les sens nord-sud et est-ouest. Les quartiers résidentiels aux maisons de style victorien s’étirent sur près de 90 km en bord de mer.

À l’entrée des plages, des panneaux rappellent que la consommation de boissons alcooliques est interdite. L’avertissement ne paraît pas vain quand on connaît l’addiction de l’Australien pour la bière. Un habitant sans une cannette à la main ne peut qu’être un étranger.

Glamour et liberté sexuelle

Adélaïde compte aussi une importante communauté italienne. L’un des meilleurs restaurants s’appelle La Trattoria. On s’y croirait dans un décor du film Le Parrain. Les murs sont couverts de photos de célébrités outre-alpines. Fondée en 1836, elle est aussi l’unique ville qui n’a pas été créée par des forçats expulsés de Grande Bretagne dans le but de purger le royaume de sa pègre et de ses putes.

Ce contexte explique sans doute la prédisposition de l’auteur de l’article à être fasciné par Montmartre, qui se différencie, souligne-t-il, par son cosmopolitisme de « tous les autres et divers remarquables quartiers de Paris dont les arrondissements forment une queue de serpent », enroulée sur elle-même. « Montmartre, écrit-il, a conservé son statut de vieux foyer du glamour, de la liberté sexuelle, de la création artistique et de l’inspiration littéraire. »

« Brassage enivrant d’histoires sanglantes »

Cependant, « sous l’influence de l’arrivée d’immigrés venus du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord et d’Asie, le paysage des rues du Montmartre contemporain a changé, souligne-t-il. A l’alignement des restaurants traditionnels ont succédé les couscous, les kebabs et les sushis qui attirent les touristes qui visitent la célèbre butte. Entre les boutiques de mode qui se multiplient, des vendeurs à la sauvette déambulent dans les rues proposant des reproductions en plastique des principaux monuments parisiens. Toutefois cette tendance à un multiculturalisme n’a pas eu raison de la quintessence du style français », qui y prévaut toujours.

Voisin du 9e arrondissement et de ses bars branchés, Montmartre constitue « un brassage enivrant d’histoire sanglante, de conversations imbibées de vin, de vulgaires boîtes à sexe, d’appartements sophistiqués, et de vignes – oui de vignes. Montmartre a été un village où se côtoyaient habitations, moulins à vent et vignes. » L’auteur rappelle que la Butte célèbre toujours en octobre la Fête des Vendanges.

Foule courageuse devant le Moulin rouge

Il souligne aussi que ce quartier a un passé artistique de plus de 200 ans. « Van Gogh, Modigliani, Picasso, Toulouse-Lautrec, parmi entre autres plus grands artistes y ont habité et créé. Encore aujourd’hui, une importante communauté d’artistes y vit. Le public est invité en novembre, à l’occasion d’un festival appelé Portes ouvertes à visiter leurs ateliers. »

« Bien que le Parisien de souche se pince le nez quand on évoque le Moulin rouge, cela n’empêche pas qu’une foule courageuse n’hésite pas à former une queue devant l’entrée de ce cabaret que ce soit par une froide journée pluvieuse ou une torride journée estivale. La très fréquentée et animée rue Lepic prend son élan au pied du Moulin pour s’élancer vers le haut de la colline. Elle est bordée de commerces de bouche, de fromageries, de jolis fleuristes, et par le Café des Deux Moulins où a été tourné le fameux film Amélie Poulain. »

« Errer sans but dans le quartier »

Par un imposant et élégant escalier, avec aux alentours des galeries d’art, des bistrots, des squares pour enfants, on accède au Sacré Cœur d’où on découvre la capitale à ses pieds, explique à ses lecteurs Alex Parry. Il poursuit sa balade en prenant la précaution d’avertir ses lecteurs que si « on a grandi à Adélaïde, dans une ambiance italienne, il est possible qu’on n’apprécie pas les express à la française ».

« Alors, avoue-t-il, je traverse la Place Clichy pour me rendre au Bal, une ancienne salle de danse (1), aujourd’hui un café-galerie tenu par une équipe anglophone, qui peut me préparer un vraie grande tasse de café » (Ce qu’on appelle un café américain). Pour visiter Montmartre, conclut-il, on peut suivre les conseils des guides : « Mais comme moi et mon ami parisien, il est préférable d’errer sans but dans le mille-feuille que forme ce quartier. Même mon ami bien qu’il soit parisien de naissance en convient : vous croyez connaître Paris, mais jamais vous ne découvrirez tous ses secrets. »

Lire aussi : Montmartre, vu de Lima, au Pérou

Ricardo Uztarroz est journaliste-écrivain, auteur chez Arthaud de La véritable histoire de Robinson Crusoé, Amazonie mangeuse d’hommes et de Tour du monde épicurien des vins insolites.

(1) – En vérité le BAL a été un ancien course-par-course du PMU qui a servi de décor au film Les Ripoux. Il est situé 6, impasse de la Défense, 3e rue à droite sur l’avenue de Clichy en partant de la Place de Clichy.

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