samedi 25 mars 2017| 23 riverains
 

Les habitants du bidonville dispersés en région parisienne

La préfecture de région avait prévu cinq bus pour conduire les habitants du bidonville vers les hôtels. Un seul était plein.

Le bidonville du 18e arrondissement de Paris a été évacué par la police, mercredi 3 février 2016, en début de matinée. Quatre vingt personnes ont été conduites vers des hôtels en région parisienne. Près de deux-cents habitants avaient toutefois préféré partir la veille.

C’était le seul bidonville de Paris intra muros. Il n’existe plus. Mais il renaîtra ailleurs. Une aube grise s’annonce à peine quand les gendarmes mobiles descendent le talus boueux côté porte de Clignancourt, dans le 18e arrondissement de Paris. La vingtaine d’uniformes avance prudemment sur les voies ferrées de la petite ceinture, avant d’atteindre les premières baraques. Une pluie fine et glaciale trempe les maigres effets des quelques familles qui attendent une prise en charge.

Il règne un calme étrange. Des journalistes filment l’intérieur des bicoques abandonnées. Des associations aident à boucler les paquetages et traduisent les dernières consignes. Près de 280 personnes ont été recensées fin janvier 2016 dans ce campement de fortune évacué sur décision de justice, suite à une procédure lancée par Sncf réseau. Ce matin, ils sont 80, hommes, femmes et enfants à attendre. Le jour se lève quand ils montent dans des bus. Direction une dizaine d’hôtels en région parisienne : Les Ulis, Conflans Ste Honorine, Noisy-le-Grand, Maurepas…

JPEG - 91.4 ko
Encadrés par des policiers, des représentants de la Sncf vérifient que tous les habitants ont bien quitté le bidonville.

« Aucun hébergement à Paris, déplore André Feigeles, du Collectif Rom Paris. Les enfants scolarisés dans la capitale iront à Stains ou à Gennevilliers. Nous n’avons semble-t-il pas la même notion de banlieue proche. » Une dizaine d’hôtels ont été réquisitionnés. Pour quinze jours, en principe renouvelables. « Mais pas forcément dans le même établissement, souligne André Feigeles, dans un geste de dépit. Autant dire que la plupart d’entre eux vont bientôt se retrouver dans la rue. »

C’est la raison pour laquelle cent cinquante habitants du bidonville ont préféré partir la veille : « Ils ont dormi par une nuit humide sous une vingtaine de tentes légères et sur une trentaine de matelas à la belle étoile, sur un terrain en région parisienne, reprend André Feigeles. Ils préfèrent rester entrer eux, ne pas se disperser. » Parmi eux, les membres de l’association les Bâtisseurs de cabanes. Si leur projet de construction de maisonnettes sur des terrains viabilisés de la Ville de Paris ne laisse personne indifférent, il n’a pas suffisamment ému les pouvoirs publics pour retarder l’évacuation de quelques mois. Le temps pour Roms, Roumains et associations de bouclier le dossier.

JPEG - 73.1 ko
Désormais évacué, le bidonville va être rapidement détruit.

« Les baraques sont insalubres. Quatre cas de tuberculoses ont été détectés dans le campement, il fallait évacuer », répètent à l’envie les représentants de la préfecture d’Ile-de-France sous l’œil des caméras. Livia, de Médecin du Monde, colle des autocollants sur la porte des maisons abandonnées. Un seul message : « 25 ans d’expulsion et rien ne change. » « Les villes se refilent la patate chaude, soupire la jeune femme. Un bidonville va apparaître ailleurs. Sera-t-il moins dangereux que celui-ci ? »

Des représentants de la Sncf, épaulés par des policiers, arpentent le camp silencieux. Le bidonville sera rapidement détruit. La circulation est rétablie boulevard Ney. Les policiers partent. Gérald Briant, élu municipal communiste du 18e, chargé de l’action sociale, se veut positif : « Dans le 18e, nous sommes prêts à expérimenter le projet des Bâtisseurs de cabanes sur un petit terrain. Il pourrait concerner une trentaine de personnes dans un premier temps. » Mais, figurants résignés d’expulsions successives, les habitants des bidonvilles d’Ile-de-France ont-ils encore confiance ?

Lire aussi :
- Sur Libération.fr : Le contre projet d’un architecte pour éviter l’expulsion d’un bidonville
- Le bidonville du 18e veut s’opposer à son expulsion
- Un bidonville se développe dans le 18e arrondissement

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixhuitinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhuitinfo.com
 
Derniers commentaires
Les plus lus
Thèmes