dimanche 22 octobre 2017| 19 riverains
 

Un « nouveau féminisme » naît dans la Goutte d'Or

Après leur défilé topless dans les rues de la Goutte d’Or, mardi 18 septembre 2012, dans le 18e arrondissement de Paris, les femmes de Femen ont pris leur quartier au Lavoir Moderne Parisien, où elles souhaitent initier un nouveau féminisme. Le projet des militantes est toutefois suspendu à l’avenir de la petite salle de spectacle, en grande difficulté financière.

« Nudité ! Liberté ! Nudité ! Liberté ! » Un cortège de femmes s’engage dans la rue Poulet, dans le 18e arrondissement de Paris. Seins nus. Des fleurs dans les cheveux. Ce sont les FEMEN, un groupe féministe international né en Ukraine. Il est onze heures à peine passée de quelques minutes ce mardi 18 septembre 2012 et les passants observent d’un oeil amusé la marche colorée.


Les Femen défilent nues dans la Goutte d’Or... par dixhuitinfo

« Elles sont à poils ! Elles sont à poils », s’enthousiasme un jeune homme pendu à son téléphone portable. Pendant ce temps, les commerçants du quartiers et flaneurs se sont mués en photographes amateurs ravis. Là, les femmes en boubou africains ont le sourire aux lèvres.

JPEG - 40.2 ko
Safia Lebdi, co-fondatrice de Ni Putes Ni Soumises et conseillière régionale d’Île-de-France EELV. Elle a fait venir les Femen à Paris. Photo ©Adèle Ponticelli

Choquer la population du quartier Chateau Rouge ? Les Femen françaises s’en défendent. « La goutte d’or, c’est chez nous. On ne l’attaque pas, on l’investit », se justifie Safia Ledbi qui a vécu rue Marcadet. C’est elle, co-fondatrice de Ni Putes Ni Soumises, qui a fait venir les Femen en France.« On fait cette marche pour vous démontrer qu’on peut descendre nues dans ce quartier. Les femmes en boubous nous on salué, les femmes arabes pareil ! C’est une marche pacifiste ». Puis, les bras vers le ciel : « On est nues ! »

Dénudées mais pas désarmées. Car leur corps en est justement une, d’arme. C’est ce qu’explique Inna Shevchenko lors de la conférence de presse que tiennent les Femen, devenues maîtresses dans l’art de se servir des médias, au premier étage du Lavoir Moderne, leur QG et camp d’entrainement. Âgée d’à peine 22 ans, la jeune Ukrainienne s’est fait connaître du monde entier, au mois d’août en découpant à la tronçonneuse une croix orthodoxe à Kiev, en Ukraine, en soutien au Pussy Riot. Elle s’est depuis réfugiée en France.

« Ici, un nouveau féminisme va naître. Ici, va commencer la révolution féministe ! », proclame Inna Shevchenko. « Ce lieu va devenir un centre international où on transformera les femmes en soldats. Nous formons une armée nue et nous nous battons pour la liberté des femmes. » Leur lutte vise le patriarcat, la dictature, l’intégrisme, l’industrie du sexe et leur moyen est le “sextremism” : un « terrorisme pacifique ». En clair, des actions coup de poing réalisées poitrine à l’air.

JPEG - 32.2 ko
Julia, 25 ans, a rejoints les Femen mardi 18 septembre 2012. Photo ©Adèle Ponticelli

Pour Julia, 25 ans, ce type d’action est une première. Alors, être seins nus dans la rue ? « Le baptême fut délicieux », repond la jeune fille engagée dans des mouvements féministes depuis 5 ans. « En France il manquait cette dimension d’action, cette dimension je dirais “plus couillue” », juge-t-elle. « Et puis, le mouvement montre que les féministes ne sont pas toutes enragées, castatrices, poilues et lesbiennes... même si on peut être lesbienne et poilues ». L’intérêt de la nudité ? « Montrer que notre corps n’est pas sale, qu’il n’est pas source de pêcher » conclut celle qui habite près de Pigalle.

Bientôt devraient les rejoindre des Femen tunisiennes et allemandes. Car la France sert de base arrière à ce mouvement international. « On a fait le test, explique Safia Lebdi. Il n’y a qu’ici qu’on ne s’est pas fait casser la gueule. » La France a aussi besoin de ce nouveau fémnisme estime Inna Shevchenko, « auparavant les femmes se sont battues pour pouvoir porter des jeans, maintenant, elles doivent pouvoir avoir l’air féminine au Parlement et être écoutées. » Alors, pour elles un seul mot d’ordre « Go, undress and win ! »

Un bon coup de pub pour le Lavoir Moderne Parisien (LMP) ?
Les Femen ont fait du Lavoir Moderne Parisien leur camp d’entrainement et d’échanges théorique. Mais pour combien de temps y seront-elles à l’abri ? « Le Lavoir Moderne est en danger », rappelle Michèle Magema, la nouvelle présidente de l’association Procréart qui fait vivre le lieu artistique. De fait, le bail locatif de l’association est caduque. Car il s’agit d’un bail de sous-location et la société à qui l’association louait est en liquidation judiciaire. « Le nouveau propriétaire a des projets flous pour le Lavoir Moderne et la ville de Paris ignore qui il est. Il ne veut pas se montrer », fait savoir la mairie du 18e qui veut préserver la salle de spectacle de ce lieu culturel. Le 17 octobre 2012 un juge du tribunal de commerce devra se prononcer sur la validité du bail. S’il n’est pas reconnu, l’avenir du LMP tel qu’on le connaît aujourd’hui est plus qu’incertain. La notoriété des Femen permettra-t-elle de sauver le lieu ? La réponse est elle aussi en suspend.

Portfolio

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:

1 commentaire

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixhuitinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhuitinfo.com
 
Derniers commentaires
Les plus lus
Thèmes