vendredi 26 mai 2017| 23 riverains
 

La rue Dejean bientôt devant le tribunal administratif

La rue Dejean en avril 2016. Photo ©️La Vie Dejean.

Assidûment fréquentée par les vendeurs à la sauvette, la rue Dejean, dans le 18e arrondissement de Paris, est sous les feu des projecteurs depuis plusieurs mois. La Vie Dejean, une association locale, intente un procès aux pouvoirs publics pour qu’ils mettent un terme aux nuisances qu’ils considèrent être le fait de mafias.

C’est une petite rue pavée qui relie la rue des Poissonniers à la rue Poulet, dans le 18e arrondissement de Paris. Pourtant, si modeste soit elle, la rue Dejean a fait beaucoup parler d’elle en mars 2016. En un mois, des journalistes du Parisien, Itélé, RTL, France Bleu, LCI et de France 24, s’y sont déplacés à l’appel de l’association La Vie Dejean, qui dénonce depuis 2013, le marché illégal de vendeurs à la sauvette qui se développe dans cette ruelle du quartier de la Goutte d’Or.

En 2014, l’association, qui réunit des commerçants et des habitants de la rue, a entamé une démarche judiciaire à l’encontre de la mairie de Paris et de la préfecture de Police, dont l’issue ne cesse d’être repoussée. « Nous demandons au juge de réparer le préjudice moral subi par les habitants, explique l’avocat de l’association, Maître Guillaume Bazin. L’association réclame 20000€ auprès de la ville et 20000€ auprès de l’Etat. »

De nouvelles pièces trois jours avant l’audience

Alors que la requête a été déposée au tribunal en novembre 2014, le jugement tarde à être prononcé. « Nous espérions qu’une réponse interviendrait quelques mois après notre première demande, se souvient Maître Bazin. Mais rien ne se déroule comme prévu. » La première audience, fixée au 15 mars 2016, a été reportée quand la mairie a souhaité que son assureur intervienne dans le dossier. Une deuxième audience a alors été planifiée quinze jours plus tard. Pour être également reportée au 10 mai 2016. Cette fois, la préfecture de Police avait déposé de nouvelles pièces trois jours avant l’audience. « Alors qu’elle n’avait pas réagi depuis mai 2015 », souligne l’avocat.

« Je ne sais pas comment cette affaire va se dérouler, mais nous sommes engagés dans une procédure de longue durée, soupire Christine Soufflet, présidente de l’association La Vie Dejean. Ils pensent sans doute nous avoir à l’usure mais nous sommes tenaces ! ». De son côté, l’avocat de l’association n’est pas surpris : « Cette lenteur est volontaire. C’est fréquent dans ce type de dossiers relatifs à des contentieux. »

« Nous ne sommes pas pour la répression »

La mairie du 18e a choisi le silence et veut « laisser la justice faire son travail ». Un porte-parole reconnaît néanmoins que le quartier Château Rouge n’est pas adapté pour accueillir autant de monde sur ce marché et que faire venir plus de policiers ne servirait à rien. Une position partagée par l’association : « Nous ne sommes pas pour la répression. Mais l’Etat a intérêt à se poser des questions : comment se fait-il que rien ne soit proposé à ces vendeurs à la sauvette, manipulés par des malfaiteurs ? »

Si l’association affirme réunir 150 adhérents, elle ne fait pas l’unanimité et certains résidents restent méfiants. Quand nous demandons aux commerçants de la rue s’ils connaissent La Vie Dejean, ils évitent la question ou apportent des réponses confuses : « Je suis nouveau ici, il faut voir ça avec le patron », ou autre « je n’en ai pas entendu parler », figurent l’essentiel des réponses. Pourtant, difficile de passer à côté de l’association. Toute la rue est placardée d’anciens tracts où l’association profite des vœux du nouvel an pour appeler à l’adhésion.

Réseaux mafieux

« Il y a des adhérents que je n’ai pas envie de fréquenter, rapporte une habitante du quartier, dont l’appartement donne sur la rue Dejean. Je n’ai pas envie d’être amalgamée avec des discours parfois limites. Il faut discuter avec les vendeurs à la sauvette, ce sont des êtres humains. Les disputes entre eux sont nombreuses, mais il ne faut pas oublier que ces gens sont en survie. La Vie Dejean tient parfois des propos qui font peur. Il faut qu’ils se calment. »

La Présidente de l’association craint cette confusion : « Nous ne faisons pas d’amalgame, nous sommes clairs dans nos propos. Ce n’est pas l’insécurité que l’on questionne mais plutôt la facilité avec laquelle des réseaux mafieux semblent prendre le contrôle du quartier. » Sur ce point, les avis convergent : « Il doit y avoir de grosses mafias derrière tous ces produits : maquillage, maroquinerie, CD... ça vient d’où tout ça ? », s’interroge l’habitante du quartier interrogée plus haut.

La mairie du 18e annonce qu’en mai 2016 se tiendront des État généraux sur la vente à la sauvette, à Paris : « Les vendeurs à la sauvette, c’est un problème parisien qui ne concerne pas uniquement notre arrondissement. »

Une poubelle à ciel ouvert
« On vit dans le quartier le plus crade de Paris », résume une riveraine de la rue Dejean, qui préfère ne pas être identifiée. Depuis une dizaine d’années, cette ruelle est le théâtre d’un double marché, l’un légal, des poissonniers, charcutiers et cafés qui la bordent et l’autre, interdit, mais qui revient chaque jour, celui des vendeurs à la sauvette au milieu de la rue. Chaque matin, ils installent leurs cartons en guise de stands pour étaler leurs marchandises : téléphone, sacs, parfums, maquillage, nourriture, etc.

Toute la journée, c’est un flux continu de clients qui piétinent au milieu d’un brouhaha de négociations et d’appels au client. « La rue est complètement bloquée, il faut faire des détours pour pouvoir passer. Sans compter qu’avec les travaux du métro de la station Château Rouge, c’est devenu très compliqué. Cela crée un goulot d’étranglement au carrefour lorsqu’on arrive de Barbès. »

Parfois, la police procède à des rondes. Les forces de l’ordre dispersent les vendeurs dans un vacarme invraisemblable. « L’ambiance est tendue, Lorsque la police passe, les vendeurs courent partout, ce qui effraie les enfants. » Si le bruit se calme le soir quand le marché ferme, les cartons restent au milieu de la rue. « La saleté appelle la saleté. Il n’y a plus de respect de l’espace public, c’est devenu une poubelle à ciel ouvert. Ce sont des monceaux de détritus qui couvrent la rue et on est obligé de slalomer pour la traverser. »

Les camions poubelles nettoient régulièrement, entre 6h et minuit. « Comment pourraient-il passer plus souvent ? Ce qui est frustrant c’est que le matin la rue est impeccable. Et puis chaque jour, elle se remplit à nouveau. »

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3 commentaires
  • La rue Dejean bientôt devant le tribunal administratif 29 avril 2016 13:10, par Yveline Piarroux

    Je suis membre de l’association, merci pour votre article.
    Je voudrais souligner néanmoins que nous ne sommes en aucun cas opposés aux vendeurs à la sauvette en tant que personnes : c’est leur activité illicite, qui occupe l’espace public, contre quoi nous nous élevons. Nous n’avons jamais tenu le moindre propos raciste, et nous sommes conscients qu’une partie de la vente relève du marché de la misère... C’est plutôt nous qui nous faisons traiter de "sales blancs"...
    Les produits vendus, comme vous le soulignez, relèvent eux aussi de l’illicite, voire de l’illégal, notamment le "Carolite", série de produits pour la peau noire interdits à la vente (cancérigènes).
    Par ailleurs vous écrivez que l’association "a fait appel" à de nombreux médias : cela est inexact, ce sont au contraire ces médias qui nous ont sollicités, par mail, téléphone ou via la page facebook de l’association, à notre grande surprise.
    Bien à vous,
    Yveline Piarroux, secrétaire de l’association La Viedejean.

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  • Consternant cette stratégie de ralentissement de la procédure à laquelle se livre l’administration pour éviter de faire face à ses responsabilités. J’habite à côté du métro La Chapelle et le problème est un peu le même (en moins grave) : je partage entièrement les propos de la personne interrogée qui déplore le manque de respect de l’espace public. Et quand on dit ça, on se fait traiter de raciste, c’est hallucinant.
    Bon courage à cette association.
    Je serais intéressée de savoir si une telle association existe autour du métro La Chapelle, même si la dégradation de la situation est assez récente.

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  • La rue Dejean bientôt devant le tribunal administratif 6 octobre 2016 22:49, par Thorsten

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