samedi 24 juin 2017| 39 riverains
 

Bilan mitigé, les riverains jugent la ZSP Château Rouge

« Au lieu des camions de CRS qui coûtent cher, il faudrait un policier 24h sur 24h dans la rue », estime Maria, une habitante de Château Rouge.

Mobilisation des moyens policiers, actions sur-mesure et premiers résultats tangibles : la préfecture de police est satisfaite de la ZSP (zone de sécurité prioritaire) implantée depuis sept mois à Château Rouge, dans le 18e arrondissement de Paris. De leur côté, les habitants relativisent. Reportage.

C’est un vendredi comme les autres, quartier de la Goutte d’Or, dans le 18e arrondissement de Paris. Il est 16h45 et les abords de la station de métro Château-Rouge sont en pleine effervescence. Les étals de fortune ont investi les pavés de la rue Dejean. À saisir : lunettes de soleil, ceintures, sacs imitation Vuitton et téléphones portables dernier cri.

Soudain, une sourde rumeur monte, puis c’est la débâcle : en quelques secondes, les cartons sont abandonnés, les vendeurs à la sauvette prennent la tangente en emportant à la hâte leur marchandise de contrefaçon. C’est le signal qu’une patrouille en uniforme est à l’approche.

Incivilités en tout genre

Ce spectacle, ce « folklore » comme elle l’appelle, Maria, gardienne au 21 rue de Suez, en est chaque jour le témoin désabusé. Voilà 42 ans qu’elle vit ici et à l’entendre, on ne peut pas dire que les six derniers mois frémissent d’un quelconque changement, au contraire. « Il y a toujours eu des vendeurs à la sauvette, des drogués et de la prostitution, mais là c’est vraiment trop », explique-t-elle.

Maria est intarissable sur le sujet. Elle raconte les incivilités en tous genres (bousculades, poubelles fouillées et renversées, défécation jusque dans les halls d’immeubles) les vols à la tire de portables et de bijoux en or (la gérante du café juste à côté se remet encore difficilement de son agression alors qu’elle fermait boutique un soir de ce début d’année), et la prostitution. « Partout, partout, explique la concierge. L’autre fois, deux clients consommaient là, dans le hall. Il y a un jeune médecin qui habite l’immeuble. Il a dû traverser le couloir pour monter chez lui tandis que les quatre autres continuaient leur affaire comme si de rien n’était. »

« Il faudrait un policier 24h sur 24h dans la rue »

La ZSP (Zone de sécurité prioritaire)* porte-t-elle ses fruits ? Maria secoue la tête : les policiers sont là, font ce qu’ils peuvent. Quand elle les appelle, ils viennent toujours. Mais les voleurs connaissent par cœur les heures de patrouille. « Au lieu des camions de CRS qui coûtent cher, il faudrait un policier 24h sur 24h dans la rue », estime-t-elle.

Nouveau mouvement de fin de foire, comme si une averse soudaine avait interrompu les affaires. Des vendeuses de safous, ces fruits africains semblables à des prunes violettes, courent en tous sens avec leurs sacs. L’une d’elles se réfugie dans le hall de Maria. « La police vient ici », prévient la gardienne. « Je n’ai pas de travail, je dois nourrir mes enfants », explique la mère de famille, habituée à jouer au chat et à la souris avec les policiers. L’orage passé, la voilà qui regagne le marché improvisé.

Les gens se plaignent toujours

Henriette, ses emplettes à la main, s’apprête à rentrer chez elle, rue des Islettes, à deux pas du métro Barbès. Elle habite le quartier depuis douze ans. Elle aussi reconnaît volontiers voir davantage les policiers. Cette infirmière les remarque à chaque fois qu’elle rentre de sa garde à l’hôpital, le matin. Pour autant, elle est fataliste : « Ils font ce qu’ils peuvent mais il y aura toujours des bandes. »

Cette mère de trois filles aujourd’hui majeures note aussi que « tous les jeunes impliqués ne sont pas forcément du quartier. Certains viennent d’autres arrondissements. Il ne faut pas coller d’étiquettes. C’est ici que tout se passe, alors ils viennent ici. » L’infirmière se refuse à critiquer le travail de la police : « Je connais un peu le système, c’est pareil à l’hôpital. On n’en fait jamais assez, les gens se plaignent toujours. »

Une démonstration de force symbolique

Alain, la quarantaine un peu artiste, est en quête de fruits et légumes. Il vient se fournir en voisin chez les primeurs de la Goutte d’Or, car lui habite près du marché Saint-Pierre. Le car de CRS régulièrement stationné au métro Château-Rouge le fait « rigoler ». Pour lui, « c’est une démonstration de force symbolique », rien de plus. « C’est un jeu sans fin. On a trop laissé déborder les choses, et maintenant on essaie de rattraper tout ça mais c’est trop tard. »

Des fonctionnaires de police patientent justement à l’intérieur de leur camion blanc rayé de bleu. L’un deux, entre deux communications radio, debout à côté de sa portière ouverte, entame la discussion avec un vieil homme qui porte casquette et canne : « Alors, on a fait sa petite promenade ? »

Ce qui me gêne surtout, c’est l’insalubrité des rues

Pascaline, la trentaine, descend de chez elle, rue de Suez, avec ses deux enfants en bas âge et métisses, comme le quartier que la famille a choisi d’habiter il y a quatre ans, « en connaissance de cause ». « La ZSP, non, ça n’a pas changé ma vie, explique la maman, à part qu’en effet je croise davantage de policiers. Mais je ne me suis jamais personnellement sentie en insécurité ici. Ce qui me gêne surtout, c’est l’insalubrité des rues. C’est vraiment dégoûtant. »

Les accrocs au crack qui squattaient son immeuble ont abandonné les lieux, découragés non par la police, mais par les portes fermées soigneusement par les locataires et le retrait du digicode. Finalement, Pascaline fait preuve de mansuétude : « Peut-être que la ZSP permet aux policiers de faire un travail de fond qu’à notre niveau on ne voit pas forcément. »

*Dans le 18e, cette ZSP est délimitée par les rues Marcadet et Stephenson et les boulevards de la Chapelle et Barbès.

Premiers résultats

Le premier bilan chiffré de la Préfecture de Police de Paris relatif à son action sur la ZSP du 18e arrondissement est disponible en suivant ce lien (il s’agit du PPrama 261 du mercredi 27 mars 2013).

Trafics de stupéfiants : d’octobre 2012 à février 2013, le nombre d’infractions révélées a progressé de 11% par rapport à la même période l’an passé.

Atteintes volontaires à l’intégrité physique : en recul d’un peu plus de 5% sur la zone, et tout particulièrement celle des coups et blessures volontaires, qui chutent de 20%. Les vols avec violences baissent également de près de 7%.

Prostitution, lutte contre le racolage : 110 contrôles (contre 19 pour la même période l’an passé) ont donné lieu à 106 interpellations parmi lesquelles 54 ont fait l’objet d’un déferrement devant la justice. Parallèlement, la brigade de répression du proxénétisme a démantelé 4 réseaux de proxénétisme immobilier.

Ventes à la sauvette : 1673 procédures ont été engagées à l’encontre de vendeurs à la sauvette depuis le début de la mise en place de la ZSP dont 282 en février.

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixhuitinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhuitinfo.com
 
Derniers commentaires
Les plus lus
Thèmes