mercredi 24 mai 2017| 35 riverains
 

Quand le cœur de Bams fait boum !

Musicienne et chanteuse fière de son indépendance artistique, Bams vit dans le 18e arrondissement de Paris depuis six ans. Elle mélange rock, rap, electro ou jazz, pour créer un univers musical qui lui ressemble. Portrait.

Bams, c’est un destin singulier. Enfant, elle rêvait de piloter des avions de ligne. Licenciée en mathématique à l’âge de 17 ans, elle flirte ensuite avec le métier de sportive de haut niveau – championne de France espoir de triple saut, elle court plus tard sous les couleurs du Cameroun. Finalement, Bams endosse la carrière de chanteuse. « Les jeux Olympiques d’Atlanta, en 1996, ont marqué la fin de ma carrière sportive, explique la jeune femme. Soit j’y participais et je plongeais dans le sport de haut niveau, soit j’y renonçais pour me lancer vraiment dans la musique. »

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Rock, rap, pop, jazz : Bams n’hésite pas à mélanger les genres.
Photo : ©Belka

Depuis sa naissance, en 1975, dans le 12e arrondissement de Paris, la vie de Bams épouse toutes sortes de trajectoires musicales. Ado, elle crée Shuka Gang, à la Celles St Cloud, en banlieue parisienne, où elle a grandi. « Du rock-jazz, mes premières émotions musicales, souligne-t-elle. Mon père, ingénieur puis chauffeur de taxi, était passionné de jazz. Il m’a emmené à l’un de mes premiers grands concerts : c’était le chanteur nigérian Fela, au Zénith de Paris. » Bams mélange ses influences musicales. Dans sa discothèque, Jimmy Hendrix et Miles Davis côtoient le rock des Ramones ou des Clash. « Je suis une rockeuse, faut que ça gratte, que ça batte. Adolescente, le rap ne me touchait pas. »

Un bon riff de guitare vaut mieux que les rythmiques froides distillés par les rappeurs, pense-t-elle alors. Pourtant, au début des années 90, Bams est séduite par le premier disque du Wu-Tang Clan, un collectif de rappeurs new-yorkais. « Ils programmaient des sons à la croisée de différents univers musicaux, se souvient la chanteuse. C’était une belle période pour le rap. » À l’heure des premières soirées hip-hop, Bams découvre le free style, cette manière unique de déclamer des textes à grande vitesse. « Je suis bavarde et pas timide, ce genre était fait pour moi. »

Dans le milieu du rap, Bams ne passe pas inaperçu : Au baggy basket, elle préfère jupe et talons hauts. « Les gens du rap m’ont toujours trouvé étrange, » sourit-elle. Pas le business, lequel ne s’embarrasse pas de telles considérations quand il flaire la bonne affaire. Le label Trema (Enrico Macias, Michel Sardou, Frédéric François...) publie son premier disque, "Vivre ou mourir", en 1999. « C’est un album de rap classique, explique Bams. Politique, social, sexualité, j’y aborde déjà les thèmes qui me sont chers. » Dix mille copies de l’album sont écoulées. La même année, Bams est révélation du Printemps de Bourges. Les concerts s’enchaînent : 230 en France, 80 dates en Allemagne.

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Bams, qui a passé son adolescence en banlieue parisienne, vit dans le 18e arrondissement depuis six ans.
Photo : @Belka

Mais Bams ne goûte guère le carcan artistique infligé par sa maison de disque : très vite, elle rompt le contrat qui la lie à Trema. « Les maisons de disques vendent de la musique comme des boîtes de tomates, regrette-t-elle. Je voulais faire un nouveau disque comme il me plaisait. Pas un produit copié sur le premier. » Avec l’aide de son DJ, elle produit elle-même "De ce monde", en 2005. "On partira", un EP cinq titres est sorti à la fin de l’année dernière. Une pointe de free jazz, un brin de hip hop et un zeste d’electro sur fond de guitares énervées : « C’est mon disque le plus abouti, l’album de la maturité. » En attendant l’album complet, qui devrait sortir en avril 2010.

Dans ses chansons, Bams parle de la vie, de la mort, des femmes et de leur place dans la société. « On vit dans un monde d’hommes, souligne-t-elle. J’ai la naïveté de croire qu’une chanson peu changer le monde - à ce propos, le rap n’est pas plus sexiste que la variété française. La musique, c’est le prisme par lequel j’appréhende le monde. » Un monde qu’elle considère à l’opposé de sa musique : « Nous vivons dans une société ségrégationniste. On oppose les gens, alors que l’on devrait les rassembler, raconte celle qui est aussi cofondatrice du magazine Respect. Les infos sont tristes. On parle d’identité nationale, de sécurité. »

Bams vit dans le 18e arrondissement par hasard. « C’était pour suivre mon amoureux, » glisse la jeune femme dans un sourire. À l’image de la planète, elle observe son quartier d’un œil sévère : « Il n’y a pas plus de sourires dans le coin qu’ailleurs. Les habitants marchent en regardant leurs chaussures et t’ignorent. Pourtant, c’est plein d’artistes par ici. Ils sont colorés dans leur tête. Ils ont des choses à dire, à partager. Et bien non… » Un jour, c’est sûr, Bams retournera vivre en banlieue. « Pas loin des bois, des cabanes de jardin et des vergers. J’y pense surtout depuis que je suis maman. C’est quand même mieux pour un enfant de trois ans. Heureusement, ici, à l’école, ils se mélangent. La différence, les mômes s’en foutent. »

Bams en écoute sur Myspace

Bams aux Trois Baudets
26 février 2010 - 20h30
Entrée : 12 et 15 €
64, bd de Clichy - 75018

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