mercredi 26 avril 2017| 229 riverains
 

Laurent Mereu-Boulch raconte Avenue Junot, l'autre radio

Laurent Mereu-Boulch, journaliste et fondateur de la radio en ligne Avenue Junot, vit depuis une dizaine d’années dans le 18e arrondissement.

La radio en ligne Avenue Junot a été lancée à la fin de l’année dernière par Laurent Mereu-Boulch, un habitant du 18e arrondissement de Paris. Rencontre avec un homme de presse, esthète musical, fan de foot et joueur de pétanque invétéré.

Avenue Junot. Cette artère bourgeoise et paisible du 18e arrondissement de Paris vient de donner son nom à une webradio "made in Montmartre" disponible sur Internet, tablettes et smartphones. Lancée en décembre 2013, cette radio gratuite et sans publicité revendique l’étiquette « haute couture musicale », avec des sélections de titres qui se veulent, entre autres, « élégants, glamours, pointus », disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 (voir encadré). Au programme, des artistes plus ou moins connus du grand public, comme les Smiths, les Tindersticks, les Flaming Lips, Timber Timbre, le français Florent Marchet ou encore la jeune étoile du jazz belge, Mélanie Di Biasio.

Elitiste ? Oui, forcément un peu. Un de ses papas, le journaliste Laurent Mereu-Boulch, 43 ans, ancien de France Soir et collaborateur de Madame Figaro, entre autres publications, préfère présenter les choses ainsi : « On propose aux auditeurs quelque chose qui a une vraie identité, qui résulte de vrais choix, on veut donner l’envie d’écouter de la belle musique, de bons auteurs de chansons, qui savent écrire des textes, composer des mélodies. Ce qu’on appelle en anglais le "songwriting", et qui n’a pas vraiment de traduction en français. » Le nom Avenue Junot, selon Laurent, qui habite depuis dix ans rue Lamarck, s’est imposé naturellement : « c’est le Paris que j’adore, c’est le chic, le calme. Ce nom fait rêver. »

Hélène et les garçons

L’autre fondateur d’Avenue Junot est Sébastien Roch. Ce patron d’un label de musique électronique à son nom est aussi comédien, connu pour son rôle de l’inénarrable Cri-Cri d’amour dans Hélène et les garçons. Un feuilleton du début des années 90, resté célèbre pour ses dialogues au cordeau et les expérimentations capillaires des comédiens masculins. Les deux hommes, joueurs de pétanque, ont fait connaissance en 2013 au Club Abbesses Lepic Pétanque, le Clap, situé avenue Junot, forcément.

« Il m’a parlé de son envie de créer une radio, il cherchait un partenaire, raconte Laurent Mereu. Et moi, comme la presse est devenu un milieu difficile, j’avais déjà en tête le projet de faire de l’habillage sonore, du "sound design", pour des lieux, des soirées. J’avais déjà œuvré pour l’Hôtel Particulier, à Montmartre, ou l’Hôtel du Cadran, près du Champ de Mars. » Entre les deux hommes, aux univers musicaux pourtant différents, la mayonnaise prend vite : « On a travaillé sur la radio à partir de septembre dernier, et elle est née en décembre. » La soirée de lancement s’est tenue le 16 décembre 2013, dans un petit bistrot des Abbesses, en présence de la « jeune chanteuse qui monte », Lou Marco.

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« On propose aux auditeurs de la musique avec une véritable identité, qui résulte de vrais choix. » Photo © Large Vision Concept.

Avenue Junot se veut, en pratique, la vitrine d’une agence proposant de la programmation musicale sur mesure aux lieux (hôtels, restaurants) ou aux marques, pour leurs soirées ou leurs événements. « Le but est de montrer notre savoir-faire, avoir une marque reconnaissable, pour qu’on fasse appel à nous en tant que professionnels capables de créer des playlists sur mesure, d’organiser des sessions avec des DJ. Avec pour objectif d’en faire un business, c’est clair. » Les rôles sont répartis : à Laurent la programmation musicale d’Avenue Junot (avec la collaboration du programmateur Guillaume Dugenet), à Sébastien les aspects juridiques et commerciaux.

Tout est fait maison, au moyen du service en ligne Radio King ; qui permet de créer sa propre radio, (moyennant un abonnement), et un budget d’environ 4 000 euros annuels pour l’hébergement du site et le paiement des droits. « On cherche de la publicité, pour couvrir nos frais, explique Laurent, lequel y verrait bien une potentielle reconversion professionnelle. Si un jour j’arrive à vivre de cette radio, oui, ça me plairait bien. » Aujourd’hui, selon lui, il y a une « vraie corrélation entre cette radio, le métier de Sébastien et le mien ». Laurent publie ainsi de petites chroniques de disques, et des interviews de personnalités, telles Etienne Daho ou Agnès Obel, qu’il est amené à rencontrer pour son travail de journaliste. C’est aussi lui qui anime la page Facebook de la radio.

Mick Jagger, David Bowie, Lou Reed

Des vedettes, Laurent Mereu-Boulch en aura croisé beaucoup, en vingt années de journalisme. Quelques jours avant notre entrevue, il interrogeait ainsi Boy George, l’ex-chanteur de Culture Club. À son tableau de chasse on trouve aussi des figures du rock et de la pop, comme Mick Jagger, David Bowie, Lou Reed, Robert Smith (The Cure), mais aussi le cinéaste Ken Loach, ou des étoiles de la variété, comme Mariah Carey ou Whitney Houston. « Souvent, ce ne sont pas ceux dont tu admires le plus le travail qui sont les plus sympas. J’ai préféré passer une heure avec Michel Sardou qu’avec Lou Reed », glisse Laurent.

La fréquentation des people n’a pas donné la grosse tête à notre esthète à la mèche un peu rebelle et au manteau de dandy. Entre deux cigarettes roulées, à une table du Clap, on découvre un homme simple, sympathique, qui aime écouter et parler. Mais pas forcément de lui. « Je préfèrerais qu’on discute de ma radio, c’est plus intéressant. » On lui demande de se raconter quand même. Un exercice forcément bizarre pour celui qui aura passé des heures à interviewer les autres. « Quand on interroge une star, il faut trouver le trauma. Un peu comme un psy. Il faut écouter, être attentif, avoir de l’empathie », explique-t-il.

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« Je n’ai jamais nourri le fantasme de devenir écrivain ou musicien, dit Laurent Mereu-Boulch. Je ne suis pas du tout frustré. »

Né à Paris, Laurent Mereu-Boulch a vécu à Bordeaux de 1975 à 1983, date à laquelle ses parents (un père assureur, une mère commerciale) reviennent habiter en région parisienne, à Cergy, puis Osny. « Ce fut dur, j’avais mes amis en Gironde, je jouais au foot, il y avait la plage à côté. » Bac B et licence d’administration économique et sociale en poche, le jeune homme, féru d’Histoire, se dirige vers le journalisme. « À dix ans déjà, je voulais être journaliste, grand reporter. Mon père lisait Le Monde, Le Figaro, je regardais l’émission Cartes sur table. »

Patrick Poivre d’Arvor

Il entre à l’Ecole supérieure de journalisme de Paris en 1994. Deux ans plus tard, il entre en stage à France-Soir, au service société puis à la culture. « J’ai adoré, se souvient-t-il. On m’a demandé de suite de réaliser des doubles pages, des portraits, des interviews. J’ai rencontré des gens comme François Valéry, Michelle Morgan, Patrick Poivre d’Arvor. Je n’avais pas d’appréhension. Je me suis vite fait ma petite réputation. J’ai beaucoup appris avec un journaliste comme Richard Gianorio, l’intervieweur des grandes stars. »

Il est ensuite embauché à la rédaction du quotidien. « Je me suis bien marré, dit-il. J’ai même pu écrire des papiers décalés sur des sportifs, comme Michel Platini ou Dominique Rocheteau. » Il faut dire que l’homme est fan de football, intarissable par exemple sur la dramatique demi-finale France Allemagne, lors du Mondial 1982. « C’est mon trauma à moi », s’amuse-t-il. En 2006, à la faveur d’un énième plan social du journal, il quitte France Soir, et se met à piger alors pour divers journaux, comme Madame Figaro, Gala, Télé Loisirs, Télérama.

Cet homme d’écriture et de musique n’a « jamais nourri le fantasme de devenir écrivain ou musicien ». « Je ne suis pas du tout frustré, poursuit-il. Je me suis juste contenté de chanter dans un groupe à 17 ans, en prenant modèle sur Morrissey, le chanteur des Smiths. » Formation phare du rock britannique indépendant des années 80, que sa grande sœur lui fait découvrir à l’adolescence et qui lui ouvre les portes « vers tout le reste ». Parmi ses autres influences, il cite en vrac Mercury Rev, Marvin Gaye, Burt Bacharach, Scott Walker, Love, Nick Drake, Lee Hazlewood, et même Michel Polnareff.

Clope, whisky, café

Le journaliste aime encore son métier, car « on fait toujours de belles rencontres ». Il continue d’écrire sur les people, la musique, mais aussi la mode, le tourisme, la cuisine. Il ne cache néanmoins pas ses envies d’autre chose, sur fond de crise de la presse : « Je crois qu’on s’amuse moins qu’avant. À l’école, un des journalistes qui nous enseignait disait : "Une rédaction, faut que ça sente la clope, le whisky, et le café". Aujourd’hui, tout est clean, il n’y a plus de pétage de plombs. » Cette ambiance-là, il la trouve aujourd’hui d’une certaine façon au Clap. Un endroit presque caché dans une voie privée où baguenaudent des poules, une virgule de verdure avec des terrains de pétanque et une buvette couverte. À l’intérieur, des membres du club viennent discuter, rigoler, fumer, boire un verre, ou plusieurs, jouer aux cartes. Et aux boules, évidemment.

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Au Club Abbesses Lepic Pétanque, le Clap, un endroit presque caché où baguenaudent des poules.

« Je viens souvent, souligne Laurent Mereu. On croise des vieux, des jeunes, des retraités, des chefs d’entreprise. C’est comme retrouver ses copains du lycée, c’est rassurant, comme un cocon. Les gens racontent leurs histoires. C’est un truc de bonhommes à la base, mais les femmes viennent aussi. » On n’entre pas comme ça au Clap : la cooptation est de mise. « Il faut se faire accepter, montrer que tu vas faire partie du club. Surtout, ne pas arriver ici en terrain conquis. »

C’est un ami avec lequel il jouait à la pétanque place Dalida, à Montmartre, qui lui a fait découvrir cet endroit, en 2008. « J’ai adoré. » À la pétanque, son truc, c’est de tirer. « Le tireur, c’est un peu la star, comme le chanteur du groupe de rock » , dit-il amusé, tout en demandant du feu à Mimi ou Steph, plongés dans une partie aux cartes à la table à côté. « Ici, c’est un peu notre Rotary Club », plaisante Laurent.

« J’aime bien être en hauteur, un peu en altitude »

Installé rue Lamarck, il aime ce coin du 18e et ses cafés comme Le Refuge, en face du métro Lamarck, ou Le Rêve, rue Caulaincourt, où il est connu comme le loup blanc. « Je n’ai pas beaucoup habité dans Paris, en fait. Le coin où je vis, c’est comme un village, un peu populaire, un peu bourgeois que j’aime bien, tranquille. On croise de tout. Et puis géographiquement, ça monte, ça descend, il y a des ruelles, pas beaucoup de voitures. Ce n’est pas la place de la République. Je n’ai pas l’impression d’être dans Paris, ici. »

« Quand je sors de ce coin, je me dis : "Allez, je vais à Paris", poursuit-il. J’aime bien être en hauteur, un peu en altitude. Le reste du 18e, je connais moins bien. » Laurent a beaucoup voyagé, mais c’est moins le cas aujourd’hui. Il adore la capitale, mais... « J’ai le cul entre deux chaises, comme beaucoup de Parisiens. Cette ville, elle me gave, et en même temps, je l’adore. » Puis, il glisse : « J’espère que la musique diffusée par notre radio sera écoutée. Notre 18e, c’est sympa, mais la musique qu’on entend dans les cafés, c’est tellement formaté, attendu... »

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2 commentaires
  • Hello,
    Le bonhomme est peut-etre tres sympathique mais je le trouve tout de meme faussement élitiste.
    Quand il dit "Notre 18e, c’est sympa, mais la musique qu’on entend dans les cafés, c’est tellement formaté, attendu...", on voit bien qu’il ne sort pas trop du quartier Lamarck. Il y a une multitude de bar et cafés ou la sélection musicale est tres pointue (demandez et je vous sors une liste détaillée), plutôt plus qu’ailleurs, en tous cas bien plus que le Smith, Flaming Lips etc...qui n’ont rien d’avant-gardistes. Et pourtant je suis un vrai ayatollah !
    Le 18 est également l’arrondissement de nombreux label et producteurs musicaux de toutes sortes et de toutes renommées (de Headbanger à XVIII Records, j’en passe et des meilleurs).
    Bref il est actif dans le domaine musical et c’est tres bien, mais c’est un parmi tant d’autres dans le 18eme. Ces autres qui justement sortent du carcan pour le coup hyper standardisé des Inrocks et consorts...

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  • Laurent Mereu-Boulch raconte Avenue Junot, l’autre radio 14 février 2014 12:28, par G. Deleurence

    Bonjour,

    Merci de votre réaction, très intéressante. Et qui nous donne d’ailleurs des pistes d’articles à venir ! Quant au côté élitiste, on peut quand même considérer que les Flaming Lips ou Timber Timbre sont des musiciens assez pointus par rapport à ce qu’on peut entendre un peu partout (du supermarché à la télévision, en passant par la radio). Après, il est clair qu’on peut toujours trouver plus avant-gardiste, plus décalé, plus original, plus décapant. Tout est affaire de curseur placé, et de point de comparaison, ou de style de musique.

    Quant à la liste des cafés, elle est la bienvenue si vous le souhaitez ;)

    Guillaume

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