vendredi 24 novembre 2017| 27 riverains
 

Lalie Walker : « Dans mon livre, le Marché Saint-Pierre est fantasmé »

Lalie Walker, auteur du thriller "Au malheur des dames", dont l’intrigue se noue au Marché Saint-Pierre, dans le 18e arrondissement de Paris, revient sur la plainte en diffamation déposée à son encontre par les gérants du célèbre magasin de tissus et raconte son 18e, où elle a longtemps vécu. Portrait.

L’œil pétillant et le cheveu en bataille, Lalie Walker s’installe devant un café noir. Noir comme les romans qu’elle écrit, depuis maintenant dix ans. Car ce n’est que sur le tard, à l’âge de 35 ans, que cette psychothérapeute de formation se lance dans la littérature. « Un jour, je me suis dit "il est grand temps que je m’occupe de mon grand rêve : être écrivain".  » Lalie Walker a toujours écrit : elle a été traductrice, puis chercheuse. Mais ce grand rêve dont elle parle, c’est la fiction pure : « Je ne voulais pas que le roman soit mon espace de cure thérapeutique. J’avais envie de raconter des histoires que je ne connaissais pas. »

Son polar, « Au Malheur des Dames », naît d’une commande passée par son éditeur pour une collection autour des lieux et monuments emblématiques de Paris. Lalie Walker, qui a longtemps vécu dans le 18e arrondissement de Paris, arrête son choix sur le Marché Saint Pierre. « J’adore ce quartier. C’est comme aller au souk d’Istanbul. Ça grouille de gens, de vie, de couleurs, d’odeurs, de matières qui vont servir aux uns et aux autres à transformer quelque chose : faire une robe, un rideau… Cela draine une population mixte : des couturières, des petites mamies, des étudiantes, des DragQueens… Tout cela a de la vitalité, quelque chose de profondément humain. »

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Publié en novembre 2009, le roman a rendez-vous devant le tribunal correctionnel le 9 avril 2010.

Cette mixité chère à son cœur, l’écrivain la tient de ses racines familiales. Un père aux origines hongroises et polonaises. Un grand-père letton. Une famille auvergnate/bretonne/limousine… Et, surtout, une maison d’enfance en banlieue – celle de sa grand-mère – toujours ouverte aux étrangers. Pas étonnant, alors, que Lalie Walker aime ce 18e aux milliers de saveurs. « Quand vous marchez dans ses rues, il y a un mélange de langues qui crée une mélodie dans laquelle on baigne quotidiennement. Le 18e , c’est un voyage à l’autre bout du monde sans se déplacer », dit-elle.

Pour poser le décor de son roman, imaginer ses personnages, l’écrivain se balade dans le quartier, sillonne les étages du grand magasin de tissus, palpe les étoffes. Elle recueille des témoignages, à Paris et ailleurs, de personnes qui ont visité et aimé le Marché Saint-Pierre. « Je me suis vite aperçue qu’il fallait que je m’éloigne du réel, pour écrire mon histoire. D’ailleurs, j’ai pris des libertés avec la réalité : j’ai légèrement déplacé la Halle Saint-Pierre, ainsi que le café Ronsard, pour qu’il se retrouve en face du marché. »

Malgré cela, et la mise en garde publiée en première page du livre qui insiste sur le caractère fictionnel du roman, Lalie Walker doit aujourd’hui répondre aux accusations de diffamation lancées par les dirigeants du Marché Saint Pierre. Accusations qui ont laissé l’écrivain choqué, mais surtout perplexe. « Je ne comprends pas, dit-elle. J’ai l’impression que cela me tombe dessus de façon totalement inattendue. Il y a plein de gens qui sont sidérés, parce que pour eux, l’idée que l’on se fait de ce lieu ne correspond pas à l’attitude de ses dirigeants. Et puis, dans le livre « Au malheur des dames », il ne s’agit pas de leur boutique, mais du Marché Saint Pierre emblématique. C’est un endroit fantasmé, pas la réalité. »

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Les dirigeants du Marché Saint-Pierre ont porté plainte pour diffamation contre Lalie Walker et son éditeur.

Sur l’issue du procès, la romancière préfère ne pas faire de pronostic. Mais elle se dit préoccupée par le message véhiculé par cette affaire. « D’abord, je trouve cela vraiment dommage qu’ils n’aient pas apprécié, car le livre est plutôt un élan de sympathie à l’égard du marché », se désole-t-elle. « Mais ce que je trouve inquiétant, c’est que quelqu’un puisse, par voie d’avocat, déposer une plainte contre un auteur de fiction. Je pense que la figure de l’écrivain reste celle d’un porte-parole. Il est le garant des libertés d’expression, de créativité, de rébellion. Cette assignation, pour moi, c’est le signe d’une dérive de notre société. »

En attendant le verdict du tribunal – l’audience est fixée au 9 avril 2010 – Lalie Walker se remet à l’écriture de son prochain roman, elle qui a pris l’habitude d’en publier au moins un chaque année. Mais la pilule est amère : « Cette assignation en justice impacte mon travail, c’est évident. Comment continuer à écrire comme je le faisais sans me laisser encombrer par ces contraintes de marques déposées… » Le plus triste, sans doute, pour la romancière, c’est que l’image qu’elle se faisait du Marché Saint Pierre est irrémédiablement écornée. « Je ne pourrais plus jamais pousser ses portes, ni me balader dans le quartier avec la même nonchalance qu’avant. »

Lire aussi sur le même sujet : Le Marché Saint-Pierre envoie Au malheur des dames au tribunal

Au Malheur des dames
Editions Parigramme

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