lundi 18 décembre 2017| 37 riverains
 

L'histoire de Khatchik, lycéen du 18e expulsé en Arménie

L’assemblée générale qui s’est tenue au lycée Camille Jenatzy, le 6 octobre 2013, et qui décida du premier blocage du lycée dès le lendemain.

Que devient Khatchik Khachatryan, lycéen de 19 ans scolarisé dans le 18e arrondissement de Paris depuis la rentrée 2013, expulsé vers l’Arménie, son pays d’origine, le 12 octobre dernier ? Il vit chez ses grands-parents et garde l’espoir de regagner sa terre d’asile. Mais il devrait être enrôlé par l’armée arménienne pour effectuer un service militaire à risques.

On a crié son nom dans les cortèges de lycéens. En quelques semaines, Khatchik Khachatryan, 19 ans, est devenu avec la jeune Leonarda Dibrani, collégienne de 15 ans expulsée le 9 octobre vers le Kosovo, le symbole d’une impitoyable politique migratoire. Scolarisé depuis la rentrée 2013 au lycée Camille Jenatzy dans le 18e arrondisssement de Paris, Khatchik a été renvoyé en Arménie, son pays d’origine, le 12 octobre 2013. Des milliers de lycéens, soutenus par des hommes et femmes politiques de gauche, réclament aujourd’hui son retour et celui de Leonarda. Daniel Vaillant, député-maire (PS) du 18e arrondissement de Paris, a notamment écrit le 16 octobre au ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, pour lui demander de réétudier le dossier de Khatchik Khachatryan.

Aujourd’hui, Khatchik loge chez ses grands-parents, dans le village d’Aygavan. A son arrivée à Erevan, il a été arrêté et emprisonné trois jours. Parce qu’il n’a pas effectué son service militaire obligatoire de deux ans, il est considéré comme déserteur et risque trois à cinq ans de prison. Le jeune homme a finalement été relâché après s’être déclaré volontaire pour incorporer l’armée. Il devrait être appelé début décembre. Mais la peur ne le quitte pas. Car des jeunes soldats meurent tous les jours en Arménie, ou reviennent blessés du Haut-Karabagh, objet du conflit contre l’Azerbaïdjan.

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Depuis son expulsion, Khatchik Khachatryan, vit chez ses grands parents dans un petit village arménien.

Les cours, les filles, le foot, le rap

« Un lycéen normal. » C’est ainsi que Steven, camarade de classe de Khatchik au lycée Camille Jenatzy, décrit le jeune Arménien. Tous deux inscrits en CAP Entreposage, ils fraternisent entre deux cours. A la récré, les deux copains parlent « des filles, des cours, des profs ». De foot aussi, Khatchik en est mordu, et de rap. « Comme tous les jeunes de notre âge », résume Steven. Timide à son arrivée, le jeune sans-papier s’est rapidement intégré. Plutôt populaire, il était apprécié de tous au sein du lycée. En classe, Khatchik reste concentré. « Il était calme, travailleur, décrit Steven. Il essayait toujours de comprendre, il posait des questions. Il faisait tout pour garder le niveau. » Le soir, Khatchik rentre à Saint-Denis, où sa famille est logée dans un hôtel par le 115.

La famille Khachatryan a fui l’Arménie en 2011. « Les activités politiques de mon père avaient éveillé l’attention des autorités arméniennes, raconte Khatchik dans un entretien accordé à L’Humanité. Nous devions partir. Mes parents, ma sœur et moi, nous avons gagné la Russie en camion, puis nous sommes venus à Paris. » Depuis leur arrivée en février 2011, les Khachatryan ont entrepris les démarches nécessaires à leur régularisation. En attendant le précieux sésame, Khatchik apprend le français, se lie d’amitié avec ses pairs, construit un projet de vie. En attendant que la France l’adopte, il adopte la France. « Il avait des amis en Arménie, raconte Steven, mais il avait tiré un trait dessus. Il ne pensait pas y retourner. Il aimait la France. »

Jour d’anniversaire

De ses presque deux années de scolarisation au lycée Dorian dans le 11e arrondissement, Khatchik a gardé une bonne connaissance de la langue française et de très proches amis. Le 19 septembre 2013, il se promène avec deux d’entre eux à Châtelet-les-Halles. Ce jour-là, il lui manque encore un titre de séjour pour être réellement chez lui. Khatchik revient sur son arrestation pour L’Humanité : « C’était le jour de mon anniversaire, je ne sais pas ce qui m’est passé par la tête  : j’ai pris un petit appareil de musculation dans un magasin. Et je me suis fait attraper par la sécurité de ce magasin. La police est arrivée et m’a demandé mes papiers. Sauf que je n’avais pas de papiers, seulement mon pass Navigo et ma carte du lycée. Après vérification, ils ont vu que j’étais en situation irrégulière. »

Khatchik a passé seize heures en retenue (procédure qui remplace la garde à vue pour les étrangers en situation irrégulière), puis vingt-deux jours au centre de rétention de Vincennes (94). D’après Dante Bassino, qui a suivi son dossier pour RESF (Réseau Education Sans Frontière) et a pu s’entretenir avec lui pendant cette période, Khatchik restait « très discret sur ses conditions de rétention ». L’expérience reste pourtant difficile, d’autant plus pour un jeune. « L’hygiène et l’alimentation ne sont pas au top, détaille Dante Bassino. On est enfermé, on se pose plein de questions sur ce qui va se passer. On est entouré de gens désespérés, parfois violents, ou qui vont très mal. »

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La mobilisation des lycéens pourrait reprendre après les vacances.

Français de cœur

Khatchik reste malgré tout déterminé à ne pas quitter le sol français. « Il ne comprenait pas totalement ce qui lui arrivait. Dans sa tête, il était Français. Il voyait sa vie ici. » Sa famille, très perturbée, ne comprend pas non plus pourquoi l’Etat français s’en prend à Khatchik. Le 10 octobre 2013, toute la famille se rend à l’aéroport avec des manifestants pour empêcher son expulsion. Ils parviennent à retarder le départ du jeune Arménien. Deux jours plus tard, au petit matin, Khatchik Khachatryan embarque dans un avion en direction de l’Arménie.

Il raconte son embarquement à BFMTV : « Ils m’ont attaché, il y avait quinze policiers. J’ai crié, je ne voulais pas entrer dans l’avion. Mais les policiers m’ont pris et m’ont mis dans l’avion de force. Je ne pouvais rien faire avec les policiers. Ils m’ont attaché les pieds, les mains. Et dans l’avion, ils m’ont fermé la bouche pour que je ne parle pas. » Le jeune homme ne perd pas espoir de retrouver bientôt la France. «  Je suis très mal ici, confie-t-il à L’Humanité. Je veux rentrer pour achever mon CAP et commencer à travailler. Je dois être auprès de ma mère aussi. Elle a un grave problème de dos et elle sera bientôt opérée. Aujourd’hui, je n’ai pas ma place en Arménie, mes proches, mes amis et mon avenir sont en France. »

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