mardi 12 décembre 2017| 12 riverains
 

« Il faut être invisible sinon on ne peut plus travailler »

L’œil d’Abbas. Photo : © Adeline Dufresne

Le photographe Abbas vit et travaille dans le 18e arrondissement de Paris. Cet homme discret est une figure emblématique de l’agence internationale Magnum photos, dont le siège français est aussi implanté dans le 18e, rue Hegesippe Moreau. Portrait.

Il porte un chapeau de feutre noir et une écharpe en laine beige à têtes de mort. Personne n’a jamais vu son visage. En photo, du moins. Car c’est lui qui prend les clichés, saisit le « moment suspendu », avant que « chacun poursuive son activité ». Abbas est photographe à l’agence Magnum depuis trente ans et cultive l’anonymat : « Il faut être invisible, sinon on ne peut plus travailler. »

En 1980, Abbas quitte l’Iran, son pays natal. Il a couvert la révolution pendant deux ans, avant de rejoindre l’agence Magnum, où il est devenu expert ès religions. Il préfère l’expression « photographe amateur », et se dit par ailleurs spécialiste de Dieu. Personne n’en saura plus. Sinon que sa relation à Dieu est « purement professionnelle ». En fait, ce ne sont pas « les religions » qui l’intéressent, mais « Dieu ». Voilà trente années qu’il travaille sur ce sujet. Il l’a même cherché dans le quartier.

Au fond d’un petit bureau sombre
Abbas habite le 18e arrondissement de Paris depuis onze ans. Il connaît d’autant mieux le coin qu’il l’a photographié en 1999, avec une dizaine de confrères de l’agence. L’homme se focalise sur toutes les confessions religieuses représentées localement. Il se rend partout : « À l’église, à la mosquée, à la synagogue, au temple indien... » Il est surpris par « ce quartier, le plus hétéroclite de toute la France ». C’est là, en 1999, qu’il photographie cette scène de Montmartre (portfolio), pendant une procession de Vendredi saint. Son reportage – une commande de la mairie de Paris – est exposé la même année à l’hôtel de ville.

Aujourd’hui, Abbas travaille au dernier étage de l’agence, au fond d’un petit bureau sombre qui détonne avec l’image prestigieuse de la maison. Il rentre d’un voyage de six semaines en Inde et sélectionne les images qui illustreront son prochain livre sur le bouddhisme. Un travail de deux ou trois ans, qu’il achève maintenant et fait suite à la parution, en 2009, d’un ouvrage collectif sur l’islam, « Au nom de qui ? », inspiré par les événements du 11 septembre 2001.

Abbas se décrit volontiers comme celui qui écrit, quand d’autres dessinent avec la lumière : un « photo-graphe ». C’est pourquoi il conçoit chacune de ses photos comme le maillon d’une chaîne. L’élément d’une « séquence », qui s’articule avec la précédente et justifie la suivante. Une chronique. Quelle est sa photo favorite ? Il ne sait ou ne veut pas répondre : « C’est comme si on demandait à un père quel enfant il préfère. »

Quoi qu’il en soit, les archives photographiques de l’agence Magnum racontent l’Histoire, comme le cliché du jeune Kadhafi, qu’Abbas a pris en 1971. Les médias s’arrachent aujourd’hui cette image, alors que l’allocution télévisée du colonel (21 février 2011) fait le tour du monde. De son côté, Abbas n’a pas fini son exploration des religions. Prochaine étape, une étude sur l’hindouisme.

Magnum Paris
19, Rue Hegesippe Moreau - 75018

Portfolio

Lustiger au Sacré Cœur, 1999. © Abbas/Magnum Photos. Agence Magnum 18e. © Alix de La Roncière.

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