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Brahim Yousfi et ses farandoles de pâtisseries

Brahim Yousfi est le patron d’Icosium délices, une pâtisserie orientale de la rue Damrémont, dans le 18e arrondissement de Paris. Débarqué à Paris en 1992 pour fuir la guerre civile en Algérie, il a travaillé dur pour monter son affaire et conquérir sa clientèle. Portrait.

Elle est belle la petite boutique de Brahim Yousfi. Le bonhomme, 47 ans, tout en douceur et gentillesse, soigne le décor. Depuis trottoir de la rue Damrémont, dans le 18e arrondissement de Paris, on ne voit que ça : une farandole couleurs. Du rose, du vert pistache, du blanc neige . Des gâteaux, une ribambelle de gâteaux. Et Brahim a ses préférés : le Dzieriet, dont la dentelle de sucre rappelle celle du voile blanc traditionnel des algéroises. Et puis, Le Makrout Elouz, un losange nappé de sucre glace à base d’amande et de zeste de citron.

En vitrine, Brahim a disposé des poteries et aussi une nostalgie d’enfance, un pot de céramique ancien. Il était réservé au lait fermenté et il vient tout droit de la maison familiale. De Bab El Oued. C’est dans ce quartier populaire d’Alger que Brahim est né en 1964. Il a douze ans quand son père décède. Aïcha, sa mère, va dès lors assumer seule la charge des enfants, sept garçons, quatre filles. Et Le petit garçon en fait le serment : « Je me suis juré que j’aiderai ma mère et que j’allais subvenir à mes besoins. Je me suis mis à vendre des bonbons, de tout, pour la soutenir et me payer ce qu’elle ne pouvait pas offrir. »

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« J’ai réduit de 50 % le sucre, idem pour les amandes, et il n’y a pas de gras ajouté. Ma pâtisserie est raffinée », explique Brahim.

À l’école, Brahim est brillant. Surtout dans les matières scientifiques : « J’avais toujours 20/20 mais, par contre, j’étais nul en matières littéraires. » Pas de chance, c’est là qu’on l’oriente. Et l’étudiant se retrouve en Fac de sociologie, « un choix par défaut ». Au bout du cursus quand même, une maîtrise obtenue à la fac d’Alger. Un mémoire sur l’échec scolaire, inspiré par le travail du sociologue Pierre Bourdieu. Nous sommes en 1992, c’est le début de ce que Brahim appelle pudiquement « les événements ». En clair, la guerre civile.

Brahim Yousfi débarque alors à Paris, « à Barbès comme tous les Arabes ». Il lui manque deux modules pour obtenir l’équivalence de sa maîtrise. « Je me suis inscrit à la Fac de Saint Denis, explique-t-il. Mais il fallait travailler pour survivre. » Il est seul, sans famille. Il fait les marchés, vend des fruits, des légumes, des fripes, puis il fait les chantiers. Adieu les études ! « En 1998, je me suis fait embaucher dans un restaurant, raconte Brahim. Et c’est là, sur le tas, que j’ai appris la pâtisserie. »

De cette période, Brahim garde un souvenir mitigé : « Plusieurs fois, j’ai fait ma valise. A l’époque il y avait les regards, les femmes qui serrent leur sac quand tu entres dans le métro. Ca fait mal. » Brahim est célibataire, « mais je me débrouillais et je cuisinais très bien. » Et il poursuit : « C’est la tradition familiale, Aïcha, ma maman, faisait tout, le couscous, la chorba. Pour les détails culinaires, je lui téléphonais ; à ma sœur Fatima, aussi. »

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Brahim est dépositaire de la tradition familiale : « Aïcha, ma maman, faisait tout, le couscous, la chorba. Pour les détails culinaires, je lui téléphonais. »

Icosium délices, sa pâtisserie de la rue Damrémont, ouvre en 2004. Icosium, c’est le nom latin d’Alger. Traduction : l’île aux mouettes. Et Alger, on l’aura compris, c’est la ville natale de Brahim. Alors, bien sûr, ce sera le nom de sa boutique. Bon, rue Damrémont, on se dit que ce n’était pas gagné. On se trompe.

« Au début, raconte Brahim, ma clientèle était surtout constituée de juifs algériens et de pieds noirs. Aujourd’hui, on vient de loin, de tout Paris et même de Suresnes, en région parisienne. Je me suis adapté. J’ai réduit de 50 % le sucre, idem pour les amandes, et il n’y a pas de gras ajouté. Ma pâtisserie est raffinée. » Banco, une gourmande vient de rentrer dans la boutique : « Tout est beau chez vous ! » et Brahim, qui a la manière : « Choisissez ce que vous trouvez de plus beau, fiez-vous au visuel. »

Dans le labo, au sous sol de la boutique, Abel, le frère confectionne désormais les gâteaux. Car Brahim, lui, à la demande de ses clients, s’est mis au couscous. Et il précise : « L’oignon d’abord, un peu d’ail. La veille, je fais tremper les pois chiche et j’épluche aussi les légumes. Mais rien n’est cuit à l’avance. Je travaille à l’ancienne. C’est un couscous maison. » Comme celui d’Aïcha !

Icosium délices
86 rue Damrémont - 75018
Ouvert du mardi au dimanche de 10h30 à 21 h3O.
Tél : 01 42 54 14 68
Les gâteaux : 1,40 € l’unité - Les couscous : 9 € la part (copieuse)

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3 commentaires
  • Brahim Yousfi et ses farandoles de pâtisseries 24 février 2011 22:01, par nissa

    les pâtisseries et le couscous de Mr YOUSFI sont vraiment exellentes et quand on rentre dans son magasin on est toujours bien accueilli avec un grand sourire il est très accueillant avec la clientèle c est pas dans tout les magasins comme sa !!!!!!!!!! et quand l odeur du coucous apparaît c est un vrai délice un parfum de mille saveures ; on n est émerveiller par les couleurs des pâtisseries limite on aurai même pas envi de les mangé mais juste de les regarder tellement c est raffiné mais une fois goûté on peu plus s aretté ....... pour tous et toutes qui ne connaissaient pas je vous conseille vivement d allait découvrir ce palais rempli de délice !!!!!!!!

    Répondre

  • Brahim Yousfi et ses farandoles de pâtisseries 7 septembre 2014 11:14, par aicha

    Bonjour,
    Son couscous est vraiment délicieux ! je suis une fidèle depuis des années.
    Pas envie de cuisiner le dimanche, je file chez lui !

    Répondre

  • Brahim Yousfi et ses farandoles de pâtisseries 25 août 2015 17:45, par Camille Byron-Marciset

    Un couscous excellent année après années (3 ans que je pratique miam !). La semoule est fine et légère, les légumes savoureux et la viande pleine de saveurs subtiles. Compter 12 à 15 euros par personne, ça peut paraitre un peu plus cher que certains, mais la qualité fait la différence. Et les portions sont énormes ^^

    Si vous passez dans le coin ou si vous avez vraiment envie d’un BON couscous (quitte à se déplacer), n’hésitez pas !

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