mercredi 26 avril 2017| 15 riverains
 

Alexis Michalik, un gamin du 18e joue la comédie

Deux fois récompensé aux derniers Molières, primé par l’Académie française, salué tant par la critique que par le public, Alexis Michalik, comédien, auteur et metteur en scène est un enfant du 18e arrondissement de Paris. Sa dernière pièce, Le Cercle des Illusionnistes, se joue en ce moment au Théâtre des Béliers Parisiens. Deux bonnes raisons, s’il en manquait, d’aller à sa rencontre.

C’est du côté de la place Jules Joffrin qu’Alexis Michalik a donné rendez-vous. Avant de suggérer, spontanément, de rejoindre quelques dizaines de mètres plus loin, le Théâtre des Béliers Parisiens,rue Sainte Isaure, dans le 18e arrondissement de Paris. Cette salle de spectacle ouverte il y a deux ans accueille depuis septembre 2014, et jusqu’en janvier 2015, sa nouvelle pièce, Le Cercle des Illusionnistes. Nous sommes mardi, jour de reprise. Il est 18h30. Alexis Michalik, qui n’a pas les clés du théâtre, siffle en direction des fenêtres éclairées pour se faire ouvrir. Dans les loges, l’heure est au partage d’un quatre-quarts marbré.

« Je passe de temps en temps pour voir si tout va bien, mais ça roule », explique l’auteur de la pièce, en s’installant dans la banquette qui agrémente, à l’étage, la salle de repos des comédiens. Le trentenaire (32 ans en décembre 2014), look détendu avec sa chemise à carreaux et ses chaussures montantes, garde un œil sur ses deux œuvres copieusement applaudies en ce moment à Paris. Le Porteur d’histoire, la première en date, a connu une folle épopée, du festival off d’Avignon en 2011, aux salles parisiennes combles.

Du succès au triomphe

Le Cercle des illusionnistes a suivi cette voie toute tracée et transformé, en 2014, le succès en triomphe. « J’étais déjà super content que les spectacles marchent, confie sans fausse humilité Alexis Michalik. Ce sont des pièces modestes, sans têtes d’affiche, qui drainent un public par le bouche à oreille. La reconnaissance de la critique, les Molières, le prix de l’Académie française, tout cela me met désormais une énorme pression pour l’avenir ! »

C’est que tout est allé très vite pour ce gamin du 18e, « né aux Lilas », en région parisienne, mais qui n’a ensuite plus quitté l’arrondissement jusqu’à sa majorité. « Nous vivions aux Abbesses, rue Berthe - la rue de l’épicier d’Amélie Poulain, se souvient-il. Puis, quand mon frère est né, nous avons déménagé un peu plus bas, rue Véron. J’allais à l’école de la rue Houdon, la première ZEP de Paris. »

Cours de rollers

Adolescent, c’est au collège puis au lycée Jules Ferry qu’il est scolarisé alors que la famille s’installe passage Lathuille, à proximité de la bruyante et animée Place de Clichy. Ses autres points de repères dans l’arrondissement sont la Halle Saint Pierre, où il apprend puis donne des cours de rollers, la bibliothèque Clignancourt, que l’élève « sérieux » fréquente, et le conservatoire. « Ma professeur d’art dramatique s’appelait Danièle Gilbert...euh non.... Girard ! »

C’est tout jeune, au club théâtre, en 6e, que le garçon découvre les joie de la scène. « Ça a été le déclic, la représentation de fin d’année, tout ça... je me suis dit : comédien, c’est ça que je veux faire ! », raconte Alexis Michalik. Et l’écriture ? « J’écris depuis que je suis ado. De tout : des scénarios, des romans, du théâtre, des nouvelles », égrène-t-il, comme une évidence. Sa mère, traductrice (de nationalité anglaise), et son père, artiste-peintre*, originaire du Nord (aux racines polonaises), n’ont pas particulièrement poussé le jeune Alexis vers un métier créatif. « J’aurais pu faire n’importe quoi d’autre, ils auraient été partants. » Quant au talent paternel, il n’en a pas hérité. « J’ai un sens esthétique nul », sourit-il.

« Mon Paris, c’est le Paris populaire »

Après avoir poussé dans le 18e arrondissement, c’est dans le 19e voisin que l’apprenti comédien, tout juste majeur, s’épanouit. Il y fréquente le conservatoire, section art dramatique, et y prend son indépendance, jusqu’à aujourd’hui. « Mon Paris, c’est le Paris populaire. Mon idée de la bourgeoisie s’arrête au 10e arrondissement, au-delà, c’est un autre monde », s’amuse-t-il. Si les « maisonnettes » de Montmartre le séduisent toujours, il donne sa préférence à un 19e « moins cher, moins touristique » et « plus vert ».

C’est tout aussi simplement qu’il évoque ses débuts d’acteur. « J’ai tout de suite gagné ma vie. J’ai trouvé un agent. Mon premier cachet, c’était à 18 ans, pour un obscur téléfilm qui n’est jamais sorti. » Il foule ses premières planches sous la direction d’Irina Brook, au Théâtre de Chaillot, dans Juliette et Roméo, une adaptation décalée de l’œuvre de Shakespeare. « Elle cherchait un Roméo... ça a été une belle expérience », rapporte le comédien aux yeux bleus, à la belle carrure et aux cheveux souples, que l’on n’a guère de peine à imaginer en amoureux éperdu.

« Le succès tient parfois à peu de choses »

Puis c’est dans des téléfilms et au cinéma que le jeune homme enchaîne les rôles (Diane, femme flic, Petits meurtres en famille, Sagan, de Diane Kurys pour ne citer que ceux-là). « La scène m’a très vite manqué, alors j’ai monté des spectacles », raconte-il. L’auteur et metteur en scène propose à son tour, avec sa compagnie Los Figaros, des versions déjantées de Shakespeare, La Mégère à peu près apprivoisée et R&J, qui connaissent un joli succès.

Elles passent par les théâtres du 18e arrondissement, notamment le Ciné XIII Théâtre, dont le co-directeur, Benjamin Bellecour fait partie de la même bande de « jeunes trentenaires qui veulent faire du théâtre de qualité ». C’est d’ailleurs dans cette salle que naît, un peu par hasard, Le Porteur d’histoire, créé pour un festival, en remplacement d’une autre pièce. « Le succès tient parfois à peu de choses », note, comme pour relativiser, Alexis Michalik.

Un premier long métrage en préparation

Aujourd’hui, le jeune homme au talent précoce veut prendre son temps, même s’il a déjà bien en tête le sujet du troisième opus de sa trilogie théâtrale. Côté petit écran, il fait partie de l’aventure Versailles, la série de Canal+, en tournage depuis cet été, et dans laquelle il joue le chevalier de Rohan, intime de Louis XIV. Il poursuit également son rôle de photographe chasseur de scoops dans une autre série phare de la chaîne cryptée, Kaboul Kitchen.

Mais c’est à la réalisation que pense désormais Alexis Michalik. Il prépare son « premier long ». « Une comédie de trentenaires », précise-t-il. Le film est écrit et l’heure est à la recherche des financements. « C’est très difficile de faire rire. Un bon film, c’est essentiellement un bon scénario », confie l’apprenti cinéaste, dont le modèle, en la matière, est Billy Wilder. En attendant de se lancer, il « observe les réalisateurs chevronnés » sur ses tournages télé. « Il y a beaucoup de premiers films, moins de deuxièmes. Il faut prendre le temps. »

Un agenda très rempli

Du temps, l’artiste multi-casquettes à l’agenda très rempli s’en ménage pour aller voir les pièces des autres - Ariane Mnouchkine, Philippe Caubère - et des comédies musicales, dont il raffole. Sportif invétéré, il s’est mis à l’escalade et pratique la course à pieds. Quand on lui demande ses occupations, en dehors de son métier, il répond : « J’adore manger ! Je ne bois, je ne fume pas, alors c’est ce qu’il me reste. Et puis j’aime jouer : aux cartes, aux jeux de société. » Un bon petit programme pour celui qui a décidé de « lever un peu le pied », après une si folle année.

Un conteur d’histoires hors pair
« J’aime les sagas, les séries. J’aime aussi surprendre, harponner le spectateur, le tenir en haleine jusqu’au bout. J’essaie de créer des spectacles où je ne m’ennuie pas. » C’est ainsi qu’Alexis Michalik justifie son appétence pour les récits à tiroirs traversant les époques et une mise en scène rythmée, où les comédiens endossent sur scène plusieurs costumes et autant de rôles, dans une folle énergie. Ses deux dernières pièces, Le Porteur d’histoire et Le Cercle des illusionnistes transpirent de cet art de conter, entre fiction, littérature, Histoire et faits divers.

Dans la première, le fil rouge, qui fait voyager le spectateur dans l’espace et le temps, est Alexandre Dumas. « Ma mère en est fan », explique le jeune auteur. Dans la deuxième, ce sont les personnages de Jean-Eugène Houdin et Georges Méliès - père de la magie pour le premier, des premiers trucages cinématographiques pour le second - qui sont au cœur de la pelote de laine qui se détricote sur scène. « J’ai une culture Wikipedia. J’aime fouiller des personnages, saisir les liens possibles entre eux. » La troisième pièce, qui viendra fermer ce triptyque, devrait traiter « de l’apport du théâtre dans nos vies ». On a hâte !

Aller voir :
- Le Porteur d’histoire, du mardi au samedi à 20h30 et le dimanche à 16h, au Studio des Champs Elysées, 15 avenue Montaigne, 75018.
- Le Cercle des illusionnistes, du mardi au dimanche, à 15h, 18h, 20h45 ou 21h selon les jours, au Théâtre des Béliers Parisiens, 14 bis rue Sainte Isaure, 75018.

* Jean-Yves Michalik expose en ce moment au Zaganin, 81, rue de Rochechouart, 75009.

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