lundi 21 août 2017| 16 riverains
 

Eric Lejoindre, maire du 18e, à l'heure du premier bilan

Eric Lejoindre, mercredi 25 février 2015, dans son bureau au deuxième étage de la mairie du 18e, place Jules Joffrin.

Le 30 mars 2014, Eric Lejoindre était élu maire du 18e arrondissement de Paris au second tour des élections municipales. Un an plus tard, comment exerce-t-il son mandat ? De quelle manière traite-t-il les questions de sécurité, propreté, logement ? Quelle est sa vision du 18e ? Entretien.

Trente quatre ans, marié et père de deux fillettes, Eric Lejoindre s’est assis dans le fauteuil de maire du 18e, le 13 avril 2014, lors du premier conseil d’arrondissement de la nouvelle mandature. Un fauteuil occupé depuis 19 ans par Daniel Vaillant, dont il est le premier adjoint. « Je suis prêt, affirme le candidat PS. Nous avons bien travaillé et je pense maîtriser les rouages d’une mairie. Depuis mon poste, j’ai eu l’occasion de toucher un peu à tout. Et puis il y a des moments comme ça dans la vie où il faut y aller quoi ! »
Lire ici la suite du portrait publié le 31 mars 2014.

Dixhuitinfo - Pour paraphraser une question posée en son temps à Bertrand Delanoë, est-ce que le job vous plaît ?

Éric Lejoindre - Oui. Le job me plaît. Etre maire, c’est être utile. C’est formidable. C’est parfois difficile, mais j’ai le sentiment de servir l’arrondissement. Quand on inaugure un local associatif, par exemple, on se dit que, grâce à son action, l’association en question va pouvoir développer son activité. C’est très agréable.

Il est conforme à ce que vous imaginiez ?

Je ne m’étais pas spécialement projeté. Une chose à laquelle je ne m’attendais pas, c’est l’évolution du regard des riverains. Dans la mandature précédente, en tant que premier adjoint, j’étais déjà au cœur du dispositif. Mais le regard des habitants du 18e sur moi a changé. Il faut s’y habituer. Ils n’attendent pas la même chose du maire que de la part d’un de ses adjoints, fut-il le premier.

Vous êtes reconnu dans la rue ?

Ce n’est pas systématique. Ça arrive souvent quand je suis en costard cravate, beaucoup moins quand je suis en jean avec mes enfants. Quand je vais de chez moi à la mairie à pied, il m’arrive de me faire accompagner par des personnes qui veulent simplement discuter. Elles ne s’adressent pas à Éric Lejoindre, mais au maire de leur arrondissement.

Avez-vous toujours le temps de lire des mangas japonais ?

Non. Les mangas sont découpés comme des séries. Je n’ai plus le temps de les suivre. Je lis toujours en revanche des BD franco-belges, où un épisode sort tous les six mois ou tous les ans.

Est-ce que vous faites du sport ?

Non, mais je devrais m’y mettre…

Une pratique compliquée actuellement dans le 18e : comment mettre un terme à la grève des équipements sportifs dont se plaignent les riverains ?

C’est discuté entre la Ville de Paris et les syndicats. Le conflit porte sur la rémunération du travail du dimanche. Voilà pourquoi des équipements sportifs sont fermés ce jour-là. Les 18e et 19e sont les plus touchés. Mais directement, en tant que maire d’arrondissement, je ne peux pas faire grand-chose. Ce conflit dure depuis un ans et je ne comprends pas pourquoi. Ce que je sais, c’est que, depuis le temps, la grève n’est pas la bonne méthode pour trouver une solution.

Un conflit long
Depuis un an, une intersyndicale appelle à une mouvement de grève pour demander l’augmentation de la prime du dimanche des adjoints technique de la Direction jeunesse et sport de la Ville de Paris. Chaque dimanche, la moitié des piscines et 20 % des autres équipements sportifs sont fermés. La grève est suivie par une centaine d’agents. La Ville a proposé diverses augmentations de primes. Mais, le 12 février 2015, une assemblée générale a rejeté les propositions avant d’étendre la grève aux samedis.

Dans un communiqué du 20 février 2015, la Ville de Paris indique qu’elle « déplore cette attitude, qui constitue un revirement incompréhensible dans le processus de négociations et qui impacte durement les usagers et les clubs sportifs.
 
S’il est légitime que les syndicats portent des revendications sociales, il est irresponsable qu’ils en fassent porter le poids aux Parisiens. La Ville de Paris n’acceptera pas que les habitants et les associations soient ainsi pénalisés ».

La piscine des Amiraux devait fermer pour travaux l’été dernier. Ca n’a pas été le cas. Pourquoi ?

Les travaux préparatoires ont pris beaucoup de temps. Le timing a été recalé. Les appels d’offre viennent tout juste d’être passés. Pour l’instant, nous ne savons pas quand la piscine sera fermée. Les travaux devraient durer deux ans. Une partie d’entre eux seront réalisés sans fermeture de l’équipement.

Lire l’article : Bijou architectural, la piscine des Amiraux va être rénovée

Où en est le projet de quatrième piscine dans le 18e ?

Son ouverture est prévue à la fin de cette mandature. On sait déjà qu’elle sera bâtie à la limite des 17e et 18e arrondissements, côté 18e. Pour l’instant, les terrains n’ont pas été acquis.

Un drone a survolé la porte de Clignancourt mercredi matin, avez-vous des informations ?

Son objectif n’était pas situé dans le 18e, il allait plus loin. Mais j’ignore où. Je n’en sais pas davantage. Le commissariat d’arrondissement n’est pas concerné. Ce type d’événement est directement traité par la préfecture de police.

De quelle manière le plan Vigipirate attentat est-il appliqué dans le 18e ?

Deux types de protections sont appliquées : visibles et très discrètes. Les principaux lieux de cultes sont protégés. Des écoles aussi. Tous ne font pas l’objet d’une présence statique, mais d’une vigilance très renforcée. Il y a des militaires sur la Butte Montmartre en raison de la présence du Sacré Cœur et de nombreux touristes. Militaires, CRS et des effectifs du commissariat sont mobilisés.

Comment la mairie du 18e a-t-elle été associée à la mise en œuvre de ce plan ?

Les maires d’arrondissement travaillent avec le préfet de police. Les informations remontent par notre canal. Nous vérifions que les lieux que nous considérons sensibles sont protégés. Nous avons aussi été saisis pour trouver des solutions d’hébergement aux militaires. Ils sont parfois logés dans les endroits qu’ils surveillent. Nous leur avons ouvert des gymnases pour qu’ils puissent prendre des douches, par exemple.

La sécurité préoccupe nombre de citoyens dans le 18e. Prenons un exemple emblématique : le quartier dit du Roi d’Alger, quatre petites rues côté Amiraux, qui concentrent prostitution, deal de drogue, incivilités diverses depuis des années. Pourquoi ?

Sarah Proust, mon adjointe chargée de la prévention et de la tranquillité rencontre régulièrement les habitants de ce quartier. Afin de résoudre les problèmes que vous soulevez, il faut sans doute prendre en compte la gestion globale de l’espace public. Les services concernés (police, éducation, mairie…) travaillent bien. Mais parfois peut-être de manière trop désordonnée. Nous réfléchissons à de nouvelles méthodes pour être plus efficaces.

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Daniel Vaillant, Sandrine Bonnaire, Jacques Higelin, Eric Lejoindre, Anne Hidalgo et Ian Brossat, lors de la Fête des vendanges en octobre 2014.

Autre dossier souvent évoqué par les riverains, la propreté. Que peut faire le maire du 18e pour l’améliorer ?

La propreté n’est pas un sujet spécifique au 18e : tous les arrondissements parisiens sont concernés. A l’image de la sécurité, il n’y a pas une seule réponse, mais un ensemble de réponses. La mairie de Paris met en place les moyens matériels et humains pour nettoyer. Il convient aussi de sanctionner davantage ceux qui salissent. C’est l’objet de la réforme de la Brigade verte, actuellement en cours à l’Hôtel de Ville. Quant aux maires, il leur revient de travailler le volet prévention. L’éducation, le travail effectué dans les écoles en matière de sensibilisation à la propreté du cadre de vie sont fondamentaux.

Lire l’article : La propreté, un des dossiers majeurs de la mairie en 2015

Quel peut être le rôle des habitants ?

Un exemple. Il y avait rue Jean Cottin, dans le quartier de la Chapelle, une décharge sauvage permanente. A l’initiative d’un collectif de riverains, et avec les moyens de la Ville, ce lieu a été aménagé avec des bancs, des jardinières. La décharge a disparu. Dans le même ordre d’idée, la végétalisation des rues pilotée par les habitants crée un impact positif en matière de propreté. L’implication des citoyens peut aussi aller jusqu’au nettoyage participatif comme on l’a fait à La Chapelle.

Lire l’article : Des habitants du 18e invités à balayer leur quartier

Paris veut 30 % de logements sociaux d’ici la fin de la mandature. Que fait le 18e ?

Nous suivons les objectifs parisiens. Le 18e était en retard. D’importantes opérations, difficiles à chiffrer pour l’instant, sont prévues. Nous essayons de mieux répartir ces logements entre les quartiers de l’arrondissement, en travaillant en particulier sur la Butte Montmartre via des opérations de préemption.

L’opposition dit que les classes moyennes sont exclues des logements sociaux. C’est vrai ?

Non. C’est un débat politique, lié à un discours développé par la droite depuis des années, qui s’imagine porte parole des classes moyennes sans jamais les définir. Dans le 18e, les classes moyennes ont accès au logement social de type intermédiaire, comme partout dans la capitale.

La politique de logement social vise-t-elle à maintenir des classes populaires dans le 18e pour en freiner la gentrification ?

Le logement social est un facteur d’équilibre. Ce que je n’aime pas dans le terme gentrification, c’est l’idée selon laquelle l’amélioration de l’urbanisme d’un quartier chasserait automatiquement les classes populaires. Ce n’est pas ce qui s’est passé à la Goutte d’or, où l’habitat privé était très dégradé. Le fait que la ville investisse beaucoup d’argent pour la résorption de l’habitat insalubre, fasse du logement social, a justement permis aux classes populaires de rester. Il est évident que l’amélioration du cadre de vie attire les populations aisées. Ce n’est pas un mal. Pour peu que des riverains plus pauvres puissent aussi habiter dans des quartiers riches. Paris a besoin de ces mélanges.

Gentrification Aménagement et réhabilitation de certains quartiers en habitat et commerces de luxe, les transformant en lieux réservés aux classes aisées (Le Robert).

Pourquoi le budget participatif est-il important ?

Les habitants du 18e arrondissement doivent occuper la place qui est la leur dans la vie de la cité. A eux de prendre en main une partie de leur destin de citoyen pour qu’ils soient plus heureux. En particulier dans les quartiers un peu plus compliqués. Etre acteur de sa propre vie, c’est vivre mieux. C’est pour cela que j’ai voulu affecter au budget participatif le montant maximum de ce qui nous était possible, soit près de quatre millions d’euros par an pour le 18e. C’est le premier budget participatif des arrondissements parisiens : les habitants du 18e doivent avoir la possibilité de mettre en œuvre les projets qui leur tiennent à cœur.

Lire aussi : Le budget participatif, qu’est-ce que c’est ?

Question politique locale, quelles sont vos relations avec les groupes de la majorité municipale ?

Elles sont bonnes. Nous ne sommes pas d’accord sur tout, mais, en général, on trouve des solutions. Nous discutons beaucoup entre nous. Je crois beaucoup au travail collaboratif. Pour le moment, c’est constructif. Notre majorité est riche car diverse. J’ai commencé à m’intéresser à la politique en 1997. J’avais 17 ans. C’était l’époque de la gauche plurielle. Je suis un enfant de cette gauche là. Les idées de nos partenaires ont infusé. J’ai aujourd’hui, par exemple, de nombreux réflexes écologiques.

L’opposition municipale est-elle constructive, comme elle promettait de l’être ?

Je constate qu’elle vote beaucoup de nos délibérations…

Quel rôle joue l’ancien maire, Daniel Vaillant ? Etes-vous sous son influence ?

Nous avons tous les deux une relation très saine. Il respecte les personnes et les fonctions. Sa connaissance du 18e arrondissement est précieuse. Je le dis toujours : « Le seul qui connaisse l’historique de l’ensemble des sens de circulation du 18e, c’est Daniel Vaillant ! » Il est disponible, je le consulte parfois pour lui demander son avis, comme avec d’autres élus. Mais je suis le maire et lui l’ancien maire. C’est très clair.

Ça vous rassure de le savoir dans les parages ?

Je ne suis pas inquiet ! Je possède une vision nette de mon action dans le 18e. Mais je suis content de discuter avec lui. Et quand il faut faire passer un mot à un ministre, il est bien placé pour le faire. C’est un avantage d’avoir un ancien ministre de l’Intérieur dans son équipe, surtout dans le 18e. Comme d’avoir une ministre d’ailleurs (NDLR : Myriam El Khomri, secrétaire d’État chargée de la ville).

Quelles sont vos ambitions électorales ?

Rien n’est planifié. La seule chose qui compte pour moi c’est de réussir ce mandat de maire du 18e arrondissement. Je le remettrai en jeu en 2020. J’aurai alors quarante ans. Je ne suis pas phagocyté par le temps. Je peux voir venir. Mon mandat est passionnant, j’essaie de conserver cette discipline qui consiste à ne pas me projeter sur quoi que ce soit d’autre.

Comment imaginez-vous le 18e quand vous quitterez votre fonction de maire ?

J’aimerais voir un arrondissement qui a poursuivi sa métamorphose urbaine : Chapelle International, l’achèvement du quartier Binet, la prolongation du tramway T3… Un arrondissement plus vert aussi, où l’on aura travaillé en priorité sur les quartiers populaires. Le 18e est aussi en pointe dans le domaine de l’économie sociale et solidaire. De grands sièges sociaux y figurent. Des producteurs de musique travaillent dans l’arrondissement, des start-up se développent. Dognin, créateur de mode et d’accessoires rue des Gardes, dans la Goutte d’Or, représentera la France à l’Exposition universelle de Milan, en mai 2015. Ce foisonnement économique et citoyen hallucinant qui caractérise le 18e devra avoir prospéré dans cinq ans.

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