
- Daniel Vaillant, maire du 18e arrondissement de Paris : « Les Parisiens qui ont choisi de vivre dans le 18e arrondissement, doivent pouvoir le faire dans les meilleurs conditions. »
Urbanisme, politique locale, Parti socialiste : dans l’interview qu’il a accordée à dixhuitinfo.com, Daniel Vaillant, réélu maire du 18e arrondissement de Paris en mars 2008, détaille les projets de développement qui verront le jour dans le 18e, au cours des prochaines années. Ce fin politique annonce aussi qu’il soutiendra la motion de Bertrand Delanoë, maire de Paris et élu du 18e, au congrès du PS à Reims, en novembre 2008.

- « Nous conduisons une politique de logement sociaux qui vise à mélanger les habitants. Je souhaite un 18e arrondissement harmonieux, mais pas uniforme. »
Dixhuitinfo - Depuis quand vivez-vous dans le 18e arrondissement de Paris ?
Daniel Vaillant - Cinquante ans. Je suis né en 1949, dans la Nièvre. Mon père était mécanicien dans un garage automobile. Ma mère effectuait des remplacements dans des commerces. Je suis fils unique. Mes parents sont montés à Paris en juin 1958. Ils voulaient améliorer leurs conditions de vie. Ils ont acheté un petit deux pièces rue du Chevalier de la Barre, dans le 18e arrondissement. Je suis allé à l’école rue de Clignancourt, puis au Lycée Jacques Decour, dans le 9e arrondissement. Après un BTS d’analyses biologiques et une maîtrise de physiologie, j’ai travaillé une dizaine d’années dans un laboratoire boulevard Barbès. J’aurai bien aimé être vétérinaire.
Pourquoi avez-vous choisi d’habiter dans la Goutte d’Or ?
Pour des raisons économiques quand, en 1975, mon épouse et moi avons acheté un appartement dans ce quartier. Mes enfants sont nés à la Goutte d’Or. Ils y sont allés à l’école. Même si ma vie a changé, j’y vis encore. Je suis fidèle à mon quartier, j’y ai mes habitudes. Et, en tant que maire du 18e, j’apprécie de vivre dans le quartier réputé le plus difficile de l’arrondissement.
De nombreux habitants du 18e apprécient son côté populaire et multiculturel. Comment conserver cette originalité ?
Les Parisiens qui ont choisi de vivre ici doivent pouvoir le faire dans les meilleures conditions. Le 18e doit sauvegarder la diversité de ses cultures. Mais, il n’est pas question de laisser s’étendre les poches d’insalubrités et les commerces illégaux. Dans le même ordre d’idées, je ne peux accepter la communautarisation de quartiers entiers. La mixité urbaine est l’une des réponses à cette question. Que ce soit à la Goutte d’Or ou à Montmartre, dans des coins plus huppés, nous conduisons une politique de logement sociaux qui vise à mélanger les habitants. Je souhaite un 18e arrondissement harmonieux, mais pas uniforme.

- « Pour stimuler l’activité économique, donc l’emploi, et travailler à la continuité territoriale avec les villes de banlieue. Nous devons faire preuve d’imagination. »
Quels sont vos principaux objectifs pour cette nouvelle mandature ?
Le logement social est l’un d’entre eux. Nous avons dépassé les 20 % de logements sociaux dans le 18e. Mais notre objectif est de 25 %. Il y a encore du boulot pour qu’ils soient répartis sur l’ensemble de l’arrondissement, pour plus de mixité urbaine, mixité commerciale, mixité dans les écoles. Il convient d’aller plus loin encore. Et de créer aussi des activités économiques, d’accueillir des étudiants et leur université. C’est le cas de Paris I, par exemple, qui délocalisera une antenne porte de La Chapelle. C’est le sens des grands aménagements urbains de l’arrondissement, Paris Nord-Est et La Chapelle Internationale. Le 18e est un arrondissement périphérique. Ses portes – Clignancourt, Montmartre, Poissonnier, La Chapelle - ont été laissées de côté. Nous allons restructurer l’espace compris entre les boulevards des maréchaux et le périphérique. Les habitants qui vivent ici doivent se dire qu’ils sont Parisiens, comme les autres, qu’ils sont au cœur de la nouvelle ville.
C’est ici que seront érigées des tours de grande hauteur ?
Oui, car c’est l’une des réponses à la pénurie de logements dans l’arrondissement. Plus de 12000 demandes de logement sont déposées en mairie. Il faut agir. Si ces immeubles ne dépassent pas 50 mètres de hauteur, contre 37 aujourd’hui, s’ils répondent aux normes environnementales, s’ils sont beaux et bien intégrés dans le quartier, ils seront construits.
Comment convaincre ?
Ces bâtiments ne ressembleront pas aux tours érigées dans les années 70, à l’image du 93 rue de la Chapelle ou de la tour Boucry par exemple. L’urbanisme doit évoluer. Je suis favorable aux gestes architecturaux s’ils répondent aux besoins des habitants. Et n’oubliez pas que ces quartiers seront desservis par le tramway en 2012. Depuis la porte de La Chapelle, nous souhaitons que cette ligne soit prolongée dans la foulée jusqu’à la porte d’Asnières. Pour stimuler l’activité économique, donc l’emploi, et travailler à la continuité territoriale avec les villes de banlieue. Nous devons faire preuve d’imagination.
Un marché des cinq continents sera aussi créé dans ce secteur. De quoi s’agit-il ?
Actuellement, le commerce en demi-gros de produits exotiques dans le 18e arrondissement se concentre dans la Goutte d’Or et plus particulièrement dans le secteur Château Rouge. Les clients viennent de toute la région parisienne, et bien au-delà, s’approvisionner ici. En fin de semaine, les automobiles, les camionnettes, sont garées n’importe comment dans le quartier. Ce n’est pas tenable. Depuis la porte de La Chapelle, le boulevard périphérique sera couvert sur plusieurs centaines de mètres. Outre des logements, un grand bâtiment dédié à ce marché y sera construit.
Les commerçants sont-ils d’accord pour partir ?
Oui, car aujourd’hui, ils payent leur loyer au prix fort, les moyens de stockage sont limités et les conditions sanitaires laissent parfois à désirer. Ce marché leur permettra aussi de développer leurs activités commerciales et sera facilement accessible. Cependant, je suis favorable au maintien à Château Rouge de commerces qui correspondent à différentes habitudes alimentaires. C’est une question d’équilibre. Je veux faire de Château Rouge un quartier vert. Il n’y a pas de raison qu’ici on ne vive pas aussi bien qu’ailleurs dans l’arrondissement, que l’espace public soit libre et que les habitants, quelles que soient leurs origines, vivent ensemble.

- Didier Blain, journaliste, collaborateur de dixhuitinfo.com, avec le maire du 18e arrondissement, le 2 octobre 2008.
Etes-vous satisfait du fonctionnement de la démocratie locale et notamment des conseils de quartier ?
Lorsque j’étais ministre de l’Intérieur, j’ai fait voter, en 2002, la loi « démocratie de proximité », instituant les conseils de quartier. Il y en a huit, dans le 18e. En fonction des enjeux de quartier, en particulier des questions d’urbanisme, certains d’entre eux sont dynamiques, d’autres moins. C’est le cas du conseil de quartier Montmartre, par exemple, moins concerné par les questions d’urbanisme qu’ailleurs dans l’arrondissement. Aujourd’hui les Conseils de quartier ont trouvé leur vitesse de croisière. Nous sommes d’ailleurs en train de les renouveler par la méthode du tirage au sort car ils n’ont pas vocation à devenir des sous conseils municipaux. Ils doivent rester une instance de démocratie directe, participative et d’aide à la décision pour les élus.
La polémique sur les crèches communautaires enfle, y compris lors du dernier Conseil d’arrondissement. Qu’en pensez-vous ?
Ce problème date de la mandature de Jacques Chirac à la tête de Paris qui a laissé construire la Cité de l’éducation Sinaï et la Zac Évangile. Ces écoles et ces crèches sont sous contrat avec la Ville et l’Etat et reçoivent déjà des subventions. Lorsque je suis devenu maire [en 1995], je n’avais pas vocation à les bloquer et je n’en avais pas le pouvoir. Mais des choses me choquaient. J’ai demandé une inspection afin de savoir si ces crèches étaient conformes à la laïcité. L’inspection a répondu : pas de problème. J’ai pourtant la conviction que ces établissements ne respectent pas les principes de laïcité. Une autre enquête est en cours. Des problèmes de gestion sont aussi apparus. Mon approche est pragmatique : qu’est-ce qui est le mieux pour les enfants de ces crèches ? Comment faire évoluer ces structures pour qu’elles respectent la diversité et la laïcité ? C’est confortable pour certains d’avoir des convictions laïques et de voter contre ces subventions.

- Dans le bureau de Daniel Vaillant, les photographies retracent la carrière de l’homme politique, qui fut ministre de l’Intérieur, entre 2000 et 2002.
En mars 2008, vous avez réalisé votre meilleur score aux élections municipales depuis 1995 avec 72,5 %. A quoi l’attribuez-vous ?
Nous avons frôlé l’élection dès le premier tour. Ce n’est pas uniquement une victoire du poing et de la rose. C’est sans doute grâce au rassemblement de la gauche, avec des hommes et des femmes de très grande qualité. Des gens qui ne sont pas de gauche m’ont aussi dit « On va voter pour vous pour ce que vous avez fait en matière d’espaces verts, d’écoles, d’actions culturelles, etc. ». Notre projet s’inscrit dans la continuité de ce bilan. Mais, il reste des difficultés, en matière de propreté, notamment. Il manque encore des places en crèche et en maternelle, en dépit de nos efforts pour en créer chaque année. Mais nous travaillons : six écoles et un collège ont été ouverts au cours de la mandature précédente. Un nouveau collège sera livré en 2009.
Mais vous, dans cette victoire, quelle part vous revient ?
Etre immodeste me dérangerait. Ca n’est pas conforme à l’idée que je me fais de l’action publique. Donc, j’ai envie de dire : pas beaucoup. Le projet, l’action collective, le maire de Paris, les adjoints, tout cela forme un bilan partagé. Ma modestie devant en souffrir, je pense qu’il y a quand même une part d’incarnation, un style, une manière de se comporter, d’aimer les autres. La politique, c’est ça. Si on n’aime pas les autres, il faut faire autre chose, d’ailleurs, certains feraient bien de faire autre chose... Je vois bien le degré de proximité, de chaleur qui existe avec mes concitoyens. Je suis aussi un enfant du 18e, personne ne peut penser que je ne m’y intéresse pas. Je m’y épanouis.

- « Les questions de drogue ou de prostitution ne sont pas résolues dans l’arrondissement. Cette situation ne me satisfait pas et me met parfois en difficulté. Mais je ne dispose d’aucun pouvoir de police. »
Vous avez une petite opposition au sein du Conseil (6 élus sur 42). Elle vient de se choisir un nouveau patron, Pierre-Yves Bournazel. Le croyez-vous en mesure de reprendre la mairie lors du prochain scrutin ?
Nous sommes en démocratie et un maire a besoin d’une opposition. Depuis le départ d’Alain Juppé pour Bordeaux, la droite a envoyé Jean-Louis Debré, je l’ai battu. Elle a parachuté Patrick Stéfanini, il n’a pas encore atterri. Ensuite, cela a été le tour de Philippe Seguin et ça n’a pas marché. Mme Decorte n’a pas trouvé d’électeurs et maintenant ils font venir un jeune Corrézien qui a eu du mal à trouver une adresse dans le 18e. Dans les primaires UMP pour les régionales, Mme Decorte soutient Mme Pécresse [ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche] et M. Bournazel, M. Karoutchi [secrétaire d’Etat chargé des relations avec le parlement]. Je regarde cela avec flegme et sourire. Je ne vais pas utiliser leurs divisions. Ils sont assez grands pour se diviser eux-mêmes.
Vous semblez très sûr de vous. Quel est votre point faible ? Sur quoi pourrait-on vous attaquer dans le 18e ?
De nombreuses personnes pensent que je suis toujours ministre de l’Intérieur. Elles me demandent de régler les problèmes de vente à la sauvette, de drogue, des SDF. Mais, contrairement aux maires de province, je n’ai pas de pouvoirs de police. J’aide les forces de l’ordre et la justice à travailler, notamment via le Groupe local de traitement de la délinquance qui associe le Parquet de Paris, la préfecture de police et la municipalité. Reste que les questions de drogue ou de prostitution ne sont pas résolues dans l’arrondissement. Cette situation ne me satisfait pas et me met parfois en difficulté.
Après Lionel Jospin, et peut-être Bertrand Delanoë après le futur Congrès de Reims, peut-on dire que le 18e arrondissement a vocation à diriger le parti socialiste ?
(sourire) Non, le 18e n’a pas vocation à diriger le Parti socialiste. Mais force est de constater qu’il a donné des personnalités, à gauche comme à droite, qui ont une certaine envergure au niveau national. Juppé, Premier ministre auquel a succédé Jospin. Je pense à Clémenceau, maire de Montmartre et ministre de l’Intérieur, à Jean-Louis Debré, également ministre de l’Intérieur et élu au Conseil d’arrondissement du 18e et moi-même, ministre de l’Intérieur et maire du 18e. Roger Chinaud et Claude Estier ont été des personnalités politiques connues, Joël Le Tac, un éminent résistant, Olivier Besancenot habite le 18e et Bertrand Delanoë est le maire de Paris. C’est la richesse de l’arrondissement.
Entre les motions de Delanoë et de Christophe Caresche (député PS du 18e), deux leaders de l’arrondissement, laquelle soutenez-vous ?
Dans ce Congrès de Reims, je recherche une solution. Il y a l’amitié, ça compte. L’influence d’un Jospin, d’un Delanoë, ça compte. La fidélité, l’affection, ça compte. Mais au-delà, il y a l’intérêt du pays et de la gauche. On ne peut pas gagner les municipales, les cantonales, les régionales et être en échec aux présidentielles et aux législatives. On ne peut pas rester dans cette situation où le parti socialiste est bordélisé par la présidentialisation et la personnalisation de la vie politique. L’enjeu du prochain congrès, c’est pour les militants, mais aussi pour tous les Français. C’est d’avoir une orientation politique de réformisme assumé, de gauche, qui réponde aux crises françaises, européennes et économiques. La stratégie : c’est le rassemblement de la gauche qui n’exclut pas ceux qui ne sont pas de gauche et qui partageraient sa philosophie. Ce n’est pas le cas du Modem aujourd’hui. C’est aussi un parti respectueux de la démocratie, des militants, des sections et des fédérations. C’est une direction nationale légitimée par le vote des militants, et pas par les sondages, et à partir de là, c’est un chef. Delanoë a accepté, tout en étant maire de Paris à plein temps, d’en prendre la tête. François Hollande a fait un choix responsable en choisissant ce leadership-là comme « la meilleure solution pour le parti ». Cette motion va davantage dans le sens d’une politique environnementale de développement durable que celle du « pôle écologie » présentée par Christophe Caresche. Aussi, dans ce Congrès, je ferai tout pour que la motion Delanoë soit majoritaire.
Lire aussi, à propos des tours dans le 18e arrondissement :
« Les immeubles de 50 mètres répondent à la pénurie de logements. »
Feu vert pour les tours dans le 18e arrondissement.
Le conseil d’arrondissement prend de la hauteur.
Une biographie de Daniel Vaillant, en cliquant ici.


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