mercredi 26 avril 2017| 182 riverains
 

Front National, Martel en tête de liste

Philippe Martel, FN, revient place Jules Joffrin, là où il a mené ses premiers combats politiques auprès du RPR Alain Juppé.

Directeur de cabinet de Marine Le Pen, Philippe Martel est le candidat Front National à la mairie du 18e pour les élections municipales. Ancien responsable RPR, méconnu du grand public, il fut l’un des sept emplois fictifs de la Ville de Paris, pour lesquels Alain Juppé fut condamné. Portrait.

Il entre dans le Café Nord-Sud, place Jules Joffrin, dans le 18e arrondissement de Paris, et s’étonne d’être reconnu. Ancien directeur de cabinet d’Alain Juppé, quand celui-ci était ministre des Affaires étrangères, de juin 1993 à novembre 1994, il était de ceux qui travaillaient dans l’ombre. Passé du RPR au Front National début novembre 2013, Philippe Martel est désormais sous les feux de la rampe. « Je n’ai pas l’habitude d’être médiatisé. Ça a été un choc », confie le nouveau chef de cabinet de Marine Le Pen.

Wallerand de Saint-Just, candidat FN à la mairie de Paris, lui a confié dans la foulée la tête de liste du Front national dans le 18e arrondissement à la place du jeune Perceval Nohet, 24 ans, favori depuis plusieurs mois. « Pour le 18e, il nous fallait quelqu’un de mûr, capable de gérer une campagne », explique Guy Capitanio, numéro trois de la liste et militant frontiste depuis plus de trente ans.

Une image rock’nroll ?

Grand lecteur de romans et de livres d’histoire, Philippe Martel est aussi passionné de rock. Ses idoles : les Rolling Stones et Bob Dylan. Mais ce n’est pas pour se construire une image rock’n’roll que le parti l’a choisi. C’est au contraire pour légitimer la parole frontiste, et s’éviter tout dérapage verbal.

Habitué des antichambres du pouvoir, Philippe Martel bénéficie d’un gros carnet d’adresses, « un peu comme Jean-Pierre Pierre-Bloch (figure politique locale ndlr) dans le temps », poursuit Guy Capitanio. À 58 ans, Philippe Martel s’apprête à briguer le premier mandat de sa carrière. « Un homme de cabinet, ça ne se présente pas aux élections, explique-t-il. Au Front National, c’est différent. On peut être cadre et candidat. »

Un arrondissement symbolique

Le choix du 18e n’est pas le fruit du hasard. « J’ai trouvé normal d’aller au combat électoral dans un endroit pas facile. » Aux dernières municipales, en 2008, le candidat frontiste Cyril Bozonnet avait réalisé un score de seulement 3,5%, derrière les Verts, le Mouvement Démocrate et l’Extrême-Gauche. Cet arrondissement est un challenge, avec des enjeux qui intéressent le parti. « L’insécurité, les problèmes liés aux drogues dures – notamment au crack- ou les implantations de camps de Roms au nord. Ces questions-là sont plus présentes dans le 18e que dans la moyenne des arrondissements parisiens. J’ai trouvé intéressant de venir ici pour en parler », raconte l’énarque en costume-cravate.

Le lieu est aussi symbolique. « Ma première expérience politique a été une élection municipale ici même, en 1983 », relate Philippe Martel. À l’époque, le jeune homme participe à la campagne d’Alain Juppé et de Roger Chinaud, contre le socialiste Lionel Jospin. C’est le grand Chelem pour les Chiraquiens. Alain Juppé (RPR) prend le poste d’adjoint au maire de Paris auprès de Jacques Chirac, confiant la mairie d’arrondissement à Roger Chinaud (UDF), numéro deux de sa liste. Philippe Martel sera le collaborateur de Juppé, patron du RPR, avant de devenir son directeur de cabinet en 1993. Quatre ans plus tard, il s’efface de la vie politique et devient attaché culturel à Jakarta, directeur général du Grimaldi Forum à Monaco puis directeur du château de Chambord.

Impôts, sécurité, logement

À l’épopée politique se mêlent les souvenirs plus personnels. « C’est ici que j’ai été père pour la première fois. Ça marque », ajoute le candidat FN. Lequel a vécu au nord-ouest du 18e durant quatre ans, au début de sa carrière. Aujourd’hui domicilié dans le 20e arrondissement et père de trois enfants, Philippe Martel découvre le métier d’homme politique, dans un bastion désormais très ancré à gauche : « J’étais beaucoup plus dans le management politique que les mains dans le cambouis. Ça fait beaucoup de bien. »

Impôts, sécurité et logement font partie de ses priorités. Le candidat dénonce « une fiscalité excessive, encore plus sensible ici puisque les habitants du 18e sont moins aisés ». Il soutient le programme de Wallerand de Saint-Just, qui fait campagne sur une baisse de 20% des impôts locaux sur six ans. Sur le plan du logement, d’après lui, « les classes moyennes ont de moins en moins accès au marché libre et aux logements sociaux. Elles se sentent délaissées ». Proposition du Front National : redéfinir les critères d’attribution des logements sociaux pour donner la priorité aux demandeurs titulaires d’un emploi dans Paris.

L’apartheid est partout

En ce qui concerne la sécurité, « la police nationale n’est pas assez présente, pas assez active. On ne lui donne sans doute pas les bonnes instructions », affirme Philippe Martel, qui s’insurge contre les vendeurs à la sauvette. « Les étals à l’extérieur font de la concurrence déloyale aux commerçants, qui eux payent des impôts. Je trouve terrible que la police ne fasse rien face à quelque chose d’aussi évidemment illégal. » Le candidat souhaite aussi la fin des camps de rom dans l’arrondissement.

Pour lui, le 18e est cloisonné en communautés : « Je constate le décalage complet entre la réalité et le discours de la gauche, qui parle de vivre-ensemble. Or je vois tout dans cet arrondissement sauf du vivre ensemble. C’est un arrondissement où l’apartheid est partout. Les gens vivent complètement séparés. Ces communautés, c’est d’ailleurs un mot qui me fait mal, vivent les unes à côté des autres mais pas du tout ensemble. »

Ex-emploi fictif

Philippe Martel est l’un des sept emplois fictifs de la ville de Paris, pour lesquels son mentor Alain Juppé a été condamné à en 2004 à quatorze mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité. De quoi donner du grain à moudre à ses rivaux. « Ça ne m’a pas du tout fait hésiter à me présenter, parce que je n’ai strictement rien à me reprocher », s’agace le candidat. Pour lui, « Juppé a été la victime expiatoire d’un système ». Derrière ses lunettes rondes, il énumère : « Je n’ai jamais été mis en examen. J’ai été entendu une fois, même pas comme témoin assisté. Je n’ai jamais été condamné et jamais il n’a été question d’enrichissement personnel. »

L’affaire ne semble pas avoir découragé les aspirants co-listiers. Selon Philippe Martel, le Front National aurait déjà une dizaine de noms en trop pour sa liste. « Il y a quelques années, être candidat sur une liste Front National, c’était peut-être prendre un risque vis-à-vis de ses voisins, de ses amis », dit-il. L’arrivée de Marine Le Pen aurait changé la donne. « Maintenant, le Front National s’inscrit dans la géographie politique française classique. Tout le monde a compris, sauf les gens qui font semblant de croire le contraire, que le Front National est un parti démocratique, qui n’entend arriver au pouvoir que par les urnes. »

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