mercredi 18 octobre 2017| 15 riverains
 

Le collège Daniel Mayer confronté aux bandes de rues

Le collège Daniel Mayer, place Hébert, dans le 18e arrondissement de Paris.

Depuis la rentrée des classes 2014, de graves incidents perturbent les abords du collège Daniel Mayer, dans le 18e arrondissement de Paris. Alors qu’une grande majorité des professeurs sont en grève, craignant pour leur propre sécurité et celle des élèves, les autorités évoquent le problème d’affrontements entre bandes de quartiers.

Ils sont une trentaine tout au plus devant le collège Daniel Mayer, ce jeudi soir. Seuls quelques parents inquiets, deux ou trois élèves et une poignée de professeurs ont pris la peine d’assister à une réunion d’information organisée au pied levé par l’association des parents d’élèves. Pourtant, depuis la rentrée, les abords de cet établissement qui accueille près de 400 collégiens, situé au cœur du quartier de La Chapelle, dans le 18e arrondissement de Paris, connaissent des troubles importants.

Mi-octobre, un élève de Daniel Mayer est pris à partie par une bande de jeunes hommes dans le square en face du collège. Il est frappé de six coups de couteau. Règlement de comptes ou geste fou sous l’influence de psychotropes, c’est selon des sources concordantes un « mauvais regard » qui semble être à l’origine de l’agression. Les blessures sont superficielles, l’adolescent sort le soir-même de l’hôpital, mais la violente altercation marque les esprits. Quelques jours plus tard, un autre collégien se fait agresser à l’arrêt de bus tout proche, alors qu’il est en compagnie de son éducateur. Cette fois-là, des coups de feu sont tirés en l’air. Le rapport de police stipule qu’il s’agit d’un pistolet à grenailles, classifié parmi les armes de défense.

Bâtons et paires de ciseaux

Et ça ne s’arrête pas là. Lors du cross du collège organisé aux Buttes Chaumont, dans le 19e arrondissement, début novembre, un élève est subitement attaqué par quinze jeunes armés de bâtons et de paires de ciseaux. Les professeurs s’interposent et ont à peine le temps de pousser le jeune homme visé dans un taxi. « On a frôlé le drame », témoigne un professeur d’histoire présent ce jour-là.

Enfin, une semaine plus tard, une bagarre éclate entre des collégiens de l’établissement et des jeunes du 19e, devant le collège Daniel Mayer. La Conseillère Principale d’Education (CPE), qui tentait de s’interposer, est violemment bousculée et choquée. Elle doit être évacuée par les pompiers, . Deux jeunes sont interpellés. Emmenés menottés au commissariat, ils sont relâchés au bout de quelques heures. Pour les parents d’élèves, ça commence à faire beaucoup : « Mon fils s’est caché dans les toilettes, au moment des bagarres. Il est malin, le mien », dit une maman présente à la réunion d’information, dans un sourire qui cache mal sa crainte et sa colère.

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C’est placardé sur une fenêtre du collège : « Personnel en grève, Meyer en colère. »

La police et l’administration sont informées de ces problèmes. Le brigadier Mathieu, chargé de la mission de prévention et de communication à la vie scolaire au collège, affirme que le commissariat est bien au courant des accidents : « Nous faisons de la prévention comme dans tous les collèges, mais de façon plus appuyée à Daniel Mayer. C’est vrai que cet établissement connaît des difficultés plus importantes qu’ailleurs, on est sur le coup avec la principale », affirme-t-il sans vouloir trop en dire.

« Il faut que le collège reste un sanctuaire »

Une collaboration confirmée par le principal adjoint du collège, Marc Levasseur, qui tient à distinguer les évènements qui se déroulent en marge des cours et la vie scolaire en elle-même : « Il arrive que les enfants apportent leurs problèmes à l’intérieur du collège et cela donne lieu à de petites incivilités. Pour les bagarres qui ont lieu à l’extérieur, nous travaillons à sécuriser la situation. Dans tous les cas, il faut que le collège reste un sanctuaire. »

À la mairie du 18e aussi, on parle sécurité. Philippe Darriulat, adjoint au maire aux affaires scolaires, pense avoir cerné le cœur du problème : « Nous faisons face à un phénomène de rivalités entre collégiens des 18e et 19e arrondissements. Ce problème de bandes n’est pas inhérent au collège lui-même, mais il déteint largement sur l’ambiance générale. » Une explication qui trouve un écho certain parmi les professeurs, les parents qui habitent le quartier et surtout, parmi les élèves eux-mêmes.

Une jeune fille de douze ans, élève en classe de cinquième au collège Daniel Mayer, témoigne : « Je sais que je n’ai pas le droit d’aller me promener dans le 19e arrondissement si je suis avec des copains. C’est comme ça, c’est les grands qui le disent. Si je suis avec ma famille ou avec mes copines, je ne crains rien. Mais les garçons se reconnaissent entre eux. » Entre eux ? Entre anciens et nouveaux élèves des collèges des 18e et 19e arrondissements, expulsés à tour de rôle, ballottés entre des établissements à court de solutions.

« Il est possible que ces exclusions à répétition soient à l’origine de rancoeurs et de rivalités entre collèges et donc entre quartiers », avance encore Philippe Darriulat. « La collectivité a pour obligation de rescolariser ces pré-ados, ce qui est une bonne chose. Mais encore faut-il que les exclusions soient prononcées avec parcimonie. »

Un quartier socialement fragilisé

D’autant plus que ces bandes agissent dans un quartier socialement fragilisé et aux abords d’un collège qui souffre « d’une mauvaise réputation », d’après les professeurs eux-mêmes. Michel Kokoreff, sociologue à l’université Paris 8 et spécialiste des quartiers populaires et de la marginalité urbaine, explique à dixhuitinfo ce phénomène : « Les bandes sont des groupes de pairs dont les conduites sont problématiques. Elles ont une forte assise territoriale et elles se créent à partir de situations sociales frustrantes. Il est intéressant de voir que dans ce cas, les frustrations se cristallisent autour de l’école, qui devient un lieu d’échec et où l’injonction à la réussite n’est pas gagnée d’avance. »

Alors quelle solution apporter à ce phénomène qui semble prendre de plus en plus d’ampleur dans les quartiers Nord de Paris ? « À un mille feuilles de problèmes, un mille feuilles de solutions », se plaît à dire Philippe Darriulat, pour qui il faut d’abord réunir autour d’une même table les acteurs judiciaires, ceux du monde scolaire et de la politique urbaine.

« Les autorités ont pris la mesure du problème »

C’est ce qu’il s’est passé, vendredi 21 novembre 2014 en soirée, où se sont retrouvés ensemble Eric Lejoindre, maire du 18e arrondissement, les commissaires des 18e et 19e, le Rectorat, des éducateurs de rue et les proviseurs de plusieurs collèges. « On remarque que les autorités ont pris la mesure du problème », confient les parents d’élèves, soulagés.

Reste que parmi les solutions concrètes envisagées ce soir-là (prévention intensifiée dans les collèges et nouvelles formes d’intégration pour les collégiens exclus), aucune ne pourra avoir d’effets immédiats. « Nous verrons d’ici deux mois, si les processus ont au moins été enclenchés », espère un porte parole des parents d’élèves. Lesquels, pour le moment, ont décidé de temporiser la situation.

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2 commentaires
  • Le collège Daniel Mayer confronté aux bandes de rues 4 décembre 2014 18:22, par Nour

    Le groupe des élu-e-s EELV du 18e arrondissement se réjouit d’avoir fait adopter avec le PC/FdG, à l’unanimité du conseil d’arrondissement du 18e ce lundi 1er décembre, le vœu adressé au Recteur d’Académie relatif au maintien en Réseau d’Éducation Prioritaire d’écoles du 18e et notamment, de l’école André Del Sarte.

    Ce dispositif solidaire permet en effet d’éviter l’exclusion d’établissements de projets pédagogiques innovants et de diverses sorties, comme elle facilite le temps dédié à la cantine, conditions de transmissions éducatives toutes chères aux écologistes.

    Le vœu demande également un nouvel examen de la situation du collège Daniel Mayer en proie à de lourdes difficultés, et notamment comme l’a précisé en Conseil le groupe EELV, qu’il puisse bénéficier du Réseau d’Éducation Prioritaire + afin de favoriser le travail des équipes de professionnels de l’Éducation nationale, du secteur social et des parents d’élève déjà mobilisés. Et ceci, d’autant que l’établissement ne pourra plus, non plus que le quartier, bénéficier du service inestimable rendu par le Point d’Accueil Écoute Jeunes de la Chapelle – sur les obstacles duquel les élu-e-s EE-LV n’ont cessé d’alerter le Maire, et qui vient de tomber en liquidation judiciaire.

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  • Le collège Daniel Mayer confronté aux bandes de rues 18 décembre 2014 21:13, par eloise

    bandes ethniques qui viennent casser du blanc , pourquoi ne pas le dire ouvertement !

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