dimanche 22 octobre 2017| 19 riverains
 

Mal aimés, les scooters enlevés sont parfois maltraités

Sur plainte des riverains, des procédures d’enlèvement des deux-roues mal garés sont régulièrement menées dans le 18e arrondissement de Paris. Les conducteurs dénoncent le manque de stationnements autorisés et fustigent les conditions de l’opération : des dégâts sont régulièrement constatés sur les véhicules. Et, dans ce cas, c’est la préfecture de police qui paie. Enquête.

Vent de panique chez les conducteurs de deux-roues, place Michel Petrucciani mercredi 29 juin 2011, à 18h. Une dizaine de scooters garés sur le côté droit de la placette ont disparu. Mais où sont-ils ? La pharmacienne à côté renseigne les pilotes qui entrent dans son officine, inquiets, à la recherche d’informations. « C’est la fourrière, ils ont tout emmené il n’y a même pas 15 minutes, explique-t-elle. Beaucoup de gens se plaignent vous savez. »

Comme ailleurs dans Paris, la mairie du 18e arrondissement reçoit en effet de nombreuses plaintes de riverains : ils souvent obligés de contourner scooters ou motos garés sur les trottoirs, en dehors des places de stationnement autorisées. Notamment lorsqu’ils circulent avec des poussettes ou en fauteuil roulant. La situation est régulièrement dénoncée dans les conseils de quartier. En particulier celui de Clignancourt-Jules Joffrin, dont dépend la petite place à l’angle des rues Duhesme et Sainte Isaure. Mais si les deux roues investissent les trottoirs, c’est surtout par manque de places dédiées.

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Place Michel Petrucciani : les deux-roues débordent largement des emplacements autorisés.

Aujourd’hui, la Fédération française des motards en colère estime à 41 000 le nombre de places réservées aux deux-roues et à 300 000 le nombre de scooters et motos circulant dans l’agglomération parisienne chaque jour. La mairie de Paris prévoit la création de 18 000 places supplémentaires d’ici à 2014, suite aux pressions, en particulier, de la Fédération Française des Motards en Colère (FFMC). Pour Jean-Marc Belotti, son coordinateur à Paris, « il faut faire comme en Italie et créer des emplacements simplement avec des peintures au sol. Pas besoin d’infrastructures, ça coûte plus cher et c’est beaucoup plus long ».

Lorsque les plaintes des riverains s’accumulent, le maire ou le commissaire d’arrondissement, demandent par ordonnance à ce que les véhicules soient enlevés et amenés à la fourrière. Que se passe-t-il ensuite ? Les conducteurs doivent s’acquitter d’une amende de 48,70 euros. Pour les voitures, la contravention s’élève à 170 euros. Sommes auxquelles s’ajoute un PV de 35 euros pour stationnement gênant, à régler par courrier.

L’agent de la fourrière emmène ensuite les conducteurs jusqu’à leur véhicule. Sourire aux lèvres, il leur conseille vivement de faire le tour de l’engin pour vérifier les dégâts. Car, si les voitures enlevées par la fourrière sont souvent abîmées pendant le trajet, c’est aussi le cas pour les deux roues. En pire : ils sont entassés sur un camion plateau, destiné à ne transporter que des voitures. « On a un seul camion habilité à transporter quatre motos mais on ne l’a pas vu depuis six mois », déclare un employé de la fourrière.

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Places dédiées rue Duhesme : les deux-roues en veulent davantage.

Pourtant, huit scooters ont été enlevés place Michel Petrucciani, entassés les uns contre les autres sur un camion non autorisé à transporter des deux-roues. Les véhicules ont été soulevés par le guidon à l’aide de sangles. Les dégâts sont inévitables. Comme pour ce scooter dont le carénage arrière gauche est à changer, ainsi que l’enjoliveur. « Et encore, ironise l’agent de la fourrière, souvent, la colonne de direction des scooters se tord puisqu’on les soulève par le guidon, celui-ci a eu de la chance. »

Ce garagiste de l’avenue de Saint-Ouen, dans le 17e arrondissement, répare les dégâts. « Ces opérations punitives ne sont pas la solution, constate Frédéric Born. La mairie doit créer plus d’emplacements et surtout retirer les épaves qui sont stationnées depuis des mois sur des trottoirs ou sur des emplacements reservés. » Pour l’un des deux-roues, c’est 150 euros de réparation. Facture entièrement réglée par l’assurance de la préfecture de police. Une somme supérieure à l’amende : 83,70 euros au total. Rentable ?

Quelques statistiques de la préfecture de police sur l’enlèvement des deux roues dans le 18e arrondissement de Paris :

- Entre janvier et juin 2011, une moyenne mensuelle de 1635 véhicules ont été retirés sur le 18ème arrondissement (2 roues : 95 à 100 véhicules, véhicules légers : 900, véhicules utilitaires ou poids lourds : 30 à 35).

- Chaque jour, une trentaine de véhicules 4 roues et trois deux roues sont enlevés sur l’arrondissement.

- Entre janvier et juin 2011, 49 opérations d’enlèvement ont été organisées dans tous les secteurs de l’arrondissement.

- En 2010, 2744 dossiers de demandes d’indemnisation de dégâts ont été traités par le Service des Affaires Juridiques et des Contentieux (S.A.J.C).

- Entre janvier et juin 2011, 666 dossiers ont été traités.

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2 commentaires
  • Pauvres conducteurs qui se garent au milieu des trottoirs au mépris de tous les autres usagers (il n’y a pas de place !), qui roulent aussi sur les trottoirs ainsi qu’à contresens (le plan de circulation est mal fait), qui grillent les feux, déboîtent sans clignotant, roulent trop vite (c’est le code de la route qui est stupide), qui réveillent les riverains, pleins gaz à minuit (qu’ils achètent des boules quies !), etc.

    Place Petrucciani, plus personne ne peut passer, la place est devenue un parking. C’est pareil pour de nombreux autres espaces publics qui, de facto, ne le sont plus.

    Si déjà les conducteurs de scooter appliquaient les règles du vivre ensemble, ils seraient moins mal aimés, comme vous dites. Qu’on leur fasse de nouveaux emplacements, mais qu’ils paient leur stationnement, comme les automobilistes, car comme eux ils occupent l’espace public. Et qu’on cesse d’accepter des comportements qui seraient jugés insupportables s’ils étaient le fait de voitures.

    Répondre

  • Mal aimés, les scooters enlevés sont parfois maltraités 1er août 2011 12:49, par Le Parisien LIberal

    Peut etre ne faudrait-il pas généraliser, Tom ?

    Répondre


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