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GiedRé : « Je préfère ce qui est un peu crade à ce qui est joli »

C’est en 2010 que la carrière de chanteuse de GiedRé s’est envolée, lors d’une première partie à La Cigale. Elle s’y produira, en guest star cette fois, jeudi 16 mai 2013.

Elle chante, avec une bonne dose humour noir et une pincée de cynisme, les sujets les plus sensibles : la mort, le handicap, les enfants kidnappés ou les bébés congelés... GiedRé sera en concert à la Cigale, dans le 18e arrondissement de Paris, le 16 mai 2013. Rencontre avec une fille vraiment drôle et pas du tout méchante.

Robes improbables à fleurs ou à carreaux vichy, joli minois, mèches blondes et yeux vert clair : quand on la rencontre dans un bar du 11e arrondissement de Paris où elle vit, on s’attend à ce que GiedRé nous joue à la guitare des chansons douces, comme celle de nos mamans. Las, la jeune femme, lituanienne, est davantage passionnée par les aspects les plus noirs et crus de la société que par les contes de fées.

Ses textes, ourlés de jolies mélodies folk, parlent de la mort, de la vieillesse, de sexe « à l’envers », de filles qui veulent pisser debout, de bébés qu’on congèle ou de SDF qui vomissent. Sordide ? Pour certains, oui. Pour elle, non. « Je ne fais que décrire ce que je vois », rappelle-t-elle. Tout y passe, sans tabous, sans filtre, avec un humour qui n’est pas sans rappeler celui du magazine Hara Kiri ou de l’humoriste Pierre Desproges.

« Rien à foutre de faire de jolies chansons »

Jeudi 16 mai 2013, sa tournée - pardon, sa “tournante” - se pose à La Cigale, boulevard de Rochechouart. Là où tout a commencé pour Giedré Barauskaité, quand, en 2010, elle s’est retrouvée presque par hasard à se produire en première partie de Raphaël Mezrahi. La belle de 28 ans a, depuis, fait un joli bout de chemin : concerts à la pelle (plus de 200 en deux ans, dont Les Francofolies) en France et à l’étranger ; sortie de plusieurs disques tous autoproduits ; passages dans des émissions de télévision (Taratata) ; articles de presse ; plus 55 000 abonnés sur son compte Facebook...

Fin 2011, nous vous avions déjà parlé de GiedRé, à l’époque d’un concert silencieux donné au Sexodrome de Pigalle. Nichée dans une des vitrines du sex shop, elle avait joué pour des spectateurs dotés de casques audio. À l’approche de son concert à la Cigale, nous sommes allés à la rencontre de cette drôle de donzelle, pétulante, simple, venue seule à vélo. Elle refuse les avances des maisons de disques. Et chante n’en avoir « rien à foutre de faire de jolies chansons. Et ça pourrait être bien pire ».

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« Tous les gens dont je parle dans mes chansons, ils sont humains, comme moi », explique GiedRé. Photo © Studio Tamago

Dixhuitinfo - Un ami, en découvrant ta musique, a dit : “Ca a la fraîcheur d’une myrtille sous la dent avec l’acidité d’une bouteille d’eau de javel”. Qu’est-ce que tu en penses ?

GiedRé - Il n’avait pas à chercher si loin, les myrtilles, c’est acide et doux en même temps. L’acidité, elle est partout, il n’y a pas besoin de boire de l’eau de javel pour sentir un truc qui te pique. Comment dire ? C’est notre espèce qui est comme ça, à penser que le dehors est forcément le reflet du dedans. Pour la musique, c’est pareil, on pense que si on veut trouver de la violence, il faut écouter du métal ou du gros hip-hop bien lourd. Parfois, ça peut être plus subtil aussi, la violence est multiple.

Alors disons que ta musique a juste la fraîcheur d’une myrtille sous la dent...

Mais qui vient piquer le palais après ! (Rires)

Comment en es-tu venue à t’intéresser aux aspects les plus glauques de la vie ?

Moi, c’est la question inverse que je me pose : comment peut-on ne pas s’intéresser à tout ça ? Tous les gens dont je parle dans mes chansons, ils sont humains comme moi. J’ai beaucoup de mal à comprendre comment les gens arrivent à être au premier degré, à se prendre au sérieux. Ils savent très bien qu’il y a toujours un moment dans la semaine où tu te retrouves dans le métro face à des gens qui ont juste du papier toilette sous le bras.

Tu as donc toujours été plus intéressée par les clochards que par les princesses ?

Oui, bien sûr, bien sûr, toujours ! J’ai toujours préféré ce qui était un peu crade à ce qui était joli.

Tu n’imaginais pas du tout devenir chanteuse quand tu tournais il y a quelques années dans des spots de pubs ou des téléfilms, après être passée par le Cours Florent ?

Je pensais que je n’arriverai à rien de mieux dans ma vie que ça, c’était vraiment l’apothéose. Le top du top ! Mais c’est intéressant de faire ça, parce que tu réalises que ta dignité a un prix. Et en l’occurrence, quand tu as 17 ans, c’est celui de ta chambre de bonne. Je faisais du théâtre, il fallait que je paie mon loyer. De toute façon, je ne pensais pas devenir chanteuse, c’est sûr. Quand j’étais petite, je faisais du piano. Puis j’ai eu 15 ans et je voulais être trop cool et chanter Bob Dylan. Parce que quand même, faut pas déconner, Chopin, c’est joli, mais ça ne te fait pas “pécho”. Du coup, j’ai eu envie de faire de la guitare, et j’ai écrit en même temps des chansons, très vite.

Tes chansons sont considérées par certains comme subversives, à ne pas mettre entre toutes les oreilles. Qu’en penses-tu ? 

C’est bizarre. Je ne vois pas en quoi ce que je fais est subversif. Tu sais, le fait de parler plus fort que les autres parce que tu as un micro, face à des gens qui sont dans le noir pendant que toi, tu es dans la lumière, ce n’est pas anodin. Tu rentres dans les oreilles des gens, tu prends de la place dans leur cerveau. Il y a des gens qui viendront à mon concert, qui, peut-être, en sortant, vont se manger un bus dans la gueule, et je serai la dernière personne qu’ils aient vue. Pour moi, c’est plus subversif de prendre une heure du temps des gens pour leur raconter des histoires d’amour déchues, dont on se fout - parce qu’en réalité, on s’en fout - que de parler de ce qu’ils voient en vrai. On vit tous dans le même monde. Ceux qui l’oublient sont forts.

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« Je ne vois pas en quoi ce que je fais est subversif », souligne GiedRé. Photo © Studio Tamago

Tu as créé ce personnage de la “Princesse caca”. C’est un moyen aussi de renforcer le contraste entre ton apparence et le contenu de tes chansons ? 

Bien sûr. Après, on fait avec ce qu’on est aussi. Je suis blanche, je suis une fille, je suis blonde, j’ai les yeux verts, donc, dans l’esprit des gens, je ne peux être que gentille ! C’est l’inconscient collectif qui veut que parce qu’une femme porte des enfants, elle est forcément bonne. Mais il y avait aussi des femmes SS qui allumaient des fours. Michel Fourniret avait une femme qui allait lui chercher des enfants en camionnette ! Quand Renaud écrit “pas une femme n’a sur les mains le sang des indiens d’Amérique”, c’est faux. Cette chanson, pour moi, c’est le summum de la misogynie, sous couvert de grand amour des femmes.

Cela pourrait être quoi quelque chose de méchant selon GiedRé ?

La moquerie, pour moi, c’est quelque chose de méchant. (silence). Mais c’est vrai que c’est compliqué : qu’est-ce qui est méchant et qu’est-ce qui ne l’est pas ? (silence) Je crois que j’ai toujours de l’empathie pour les gens dont je parle. J’aurai honte d’une chanson le jour où je considérerai que c’est méchant. (Tout bas) Pour l’instant, ça ne m’est jamais arrivé.

Justement, tu dis : “Je ne suis pas méchante, c’est le monde qui est pourri. Si la vie était moins violente, je le serais aussi”. Tout GiedRé est résumé dans cette phrase, en fait ?

Oui, je crois. C’est exactement ça. Je ne fais qu’observer. C’est de la création bien sûr, mais qui découle de l’observation. Je parle de ce que je vois, de ce que j’entends, de ce que je ressens, et si c’était différent, j’écrirais autre chose.

Tu sembles toujours de bonne humeur, inoxydable. Est-ce que parfois, tu es quand même atteinte par certaines critiques ou réactions à tes chansons ?

Oh, non, je ne suis pas atteinte par les critiques. Les gens ont le droit de ne pas aimer.

C’est parfois violent !

Je pourrais être atteinte par une critique qui ne me semblerait pas juste... enfin, et puis non, même... Par exemple, j’ai fait un clip de ma chanson “Et toc !”. Comme c’est sur Internet, il y a plein de gens qui tombent dessus par hasard, qui ne connaissent pas mon travail. Je lisais les commentaires l’autre jour, du genre “Elle est raciste, c’est une honte !”. Au début, ça m’a fait quand même quelque chose. Après, je me suis dit, je ne peux pas être atteinte par ça, car la personne qui a écrit ça n’a tellement pas compris ! Il y a des gens qui disent aussi que ce que je fais est le niveau zéro de la musique, que c’est vraiment nul. Ce n’est pas grave ! Je ne veux pas plaire à tout le monde. J’ai fait une chanson qui s’appelle “Les petits enfants”. J’ai reçu à l’époque deux ou trois mails vraiment violents. Le seul truc que j’aurais eu envie de faire, c’est de remonter le temps et d’avoir été là le jour où le type a mis la chanson sur play. Et lui dire : “Toi, il ne faut pas que tu écoutes ça, parce que t’as vécu des trucs, et t’es pas prêt à entendre ça”.

Tu répètes souvent que tu fonctionnes à l’instinct, que tu ne calcules rien...

Oui, parce que je n’ai jamais rien attendu. Je n’ai rien prévu. Du coup, tout ce qui arrive est hyper étonnant, c’est trop cool. Même si un jour ça s’arrête, mes chansons, je continuerai à les écrire, qu’il y ait des gens qui m’écoutent ou non. Je me dirai juste que tout ça a été fou, tout ça. En plus, avec ce que j’écris, c’est étonnant de voir tant de gens bienveillants. Alors que je passe mon temps à dire qu’on est trop pourris, qu’on est tous vraiment trop nuls, qu’on a tous un gros caca sur la tête et qu’on fait comme si de rien... (Rires). C’est marrant.

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« J’espère que dans cinq ans, je ferai exactement ce que j’ai envie de faire. » Photo © Studio Tamago

Tu as une relation spéciale avec tes fans, un peu comme si tu étais leur copine. Un d’entre eux disait l’autre jour sur ta page Facebook : “GiedRé, tu deviens trop populaire !” Avec un soupçon d’inquiétude... Justifié ?

Il n’y a aucun risque que je prenne la grosse tête par exemple, parce que je fonctionne aujourd’hui comme quand j’étais dans le bar où j’ai commencé, La Locandiera, dans le 11e arrondissement. Je prends exactement le même plaisir aujourd’hui que dans mon bistrot, avec mon ampli pourri, coincée entre deux poubelles.

Les gens qui t’écoutent font un vrai choix, car on te voit quand même assez peu dans les médias...

Je crois que c’est ce qui fait la qualité de notre relation avec les gens qui me suivent. Il y a chez eux tout ce qui manque dans notre vie, d’avoir le choix ! Tu sors dans la rue, on te montre des meufs à poil qui te vendent du dentifrice, tu n’as pas le choix, tu dois les regarder. “Ah, il faut que j’achète ça et après j’aurai des seins comme elle”. Et après, tu es dans un supermarché, tu achètes tes trucs, tu entends du Daniel Balavoine, t’as pas le choix. Moi je tiens beaucoup à être un choix.

Tu pourrais vraiment passer à autre chose du jour au lendemain ?

Oh ben si j’ai envie...

Parce qu’on peut dire que tu as commencé une carrière...

Aujourd’hui, je te réponds non, c’est tellement ce que j’aime le plus dans ma vie. Quand on me pose des questions bizarres, du genre “Ouais mais dans cinq ans tu feras quoi ?”, j’espère que dans cinq ans, je ferai exactement ce que j’ai envie de faire.

Tu avais dit à un moment donné, à la radio, que tu avais le sentiment que tout pouvait s’arrêter du jour au lendemain. Tu ressens encore cette fragilité des choses ?

Bien sûr que tout ça peut s’arrêter. Bon, le “ça” est très abstrait, parce que, on parle de quoi en fait ? Les concerts ? Si les salles ne sont plus remplies, alors du coup mon producteur ne me fera plus confiance et il n’organisera plus de tournées. Alors, oui, ça peut s’arrêter, mais, moi ce qui me plaît en vrai, c’est juste de chanter des chansons devant des gens. Je peux me mettre au coin de la rue et chanter, et peut-être qu’il y aura deux personnes qui vont s’arrêter. Et ce sera bien. Mes chansons seront toujours les mêmes. Mais bien entendu, tout peut s’arrêter : imagine que je me fasse amputer d’une main ?

GiedRé à La Cigale, le 16 mai 2013. Réservations ici.

GiedRé sur Internet en suivant ce lien

Nouveau disque : "Mon premier album dans les vrais magasins", sorti en mars 2013.

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