mercredi 26 avril 2017| 23 riverains
 

Mondanités littéraires place de Clichy

Marcel Cohen et Philippe Rahmy les deux lauréats du prix littéraire Wepler-La Poste à l’annonce des résultats proclamés à la brasserie Wepler, lundi 11 novembre 2013. Photo © Thierry Stein

Le XVIe prix littéraire Wepler-Fondation La Poste a récompensé les écrivains Philippe Rahmy et Marcel Cohen. Le premier prix et la mention spéciale du jury ont été remis lundi 11 novembre 2013, à la Brasserie Wepler, place de Clichy, lors d’une soirée suivie avec intérêt par Dixhuitinfo. Ambiance et reportage.

Comme toutes les années à la même date, le deuxième lundi de novembre, quand les premier frimas de l’automne se manifestent, et ce maintenant depuis seize ans, la place de Clichy, est le théâtre d’un étrange phénomène migratoire. Ses deux bouches de métro déversent quand la nuit tombe une faune qui s’ébroue habituellement rive gauche, à l’intérieur du Triangle d’or des lettres françaises, circonscrit entre La Closerie des Lilas, le Deux-Magots et le Flore, et le Select à Montparnasse.

Cette meute, à l’élégance très branchée, lunettes imitation écaille sur le nez des deux sexes, également même tenue pour les hommes comme pour les femmes (toutefois quelques-unes osant commettre la transgression de se vêtir d’une jupe), pantalon moulant, veste étriquée, foulard autour du cou, le noir dominant, se masse à l’entrée de la brasserie Wepler, attirée par l’événement culturo-mondain de l’année du 18e arrondissement qui va s’y tenir : la remise du prix littéraire qui porte son nom et généreusement parrainé par la Fondation La Poste qui s’est assignée la mission de faire vivre l’art épistolaire. Grâce à elle, c’est l’un des prix parmi les mieux dotés au monde. Le lauréat reçoit un chèque de 10 000 euros, et la Mention spéciale 3000.

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L’écrivain Marcel Cohen, lauréat du prix Wepler-La Poste, exulte à l’annonce de sa victoire. Photo © Thierry Stein

Dans la queue, on peut écouter à la volée ce type de dialogue :
- Et toi où tu en es ?
- M’en parle pas, c’est une traduc compliquée…. Et ton projet ?
- J’adapte une tragédie grecque en polar qui a pour décor la butte Montmartre…
- Ca doit être excitant… Un peu plus loin, après que deux quadragénaires à la mise qui ne laisse aucun doute sur leur appartenance à la tribu de l’édition ont échangé deux bises, l’une s’enquiert :
- Sophie ne t’accompagne pas ?
- Non elle est à New York à négocier les droits d’un jeune auteur mexico-américain, d’un talent fou, peu connu aux Etats-Unis,
- Ton patron toujours sur des coups…
- Oui, un vrai chasseur de talents…

L’entrée se fait au compte-goutte. Il y a toujours les incontournables resquilleurs qui exhibent une fallacieuse carte de presse et ne veulent pas entendre raison, bloquant le flot des invités. Malgré le long fin de semaine férié, plus de 500 ont été dénombrés, un chiffre supérieur à celui de l’an dernier. Enfin une fois à l’intérieur, les habitués des "coquetèles" se placent stratégiquement près du buffet pour être les premiers à se ruer sur la coupe de champ et les petits fours.

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Le début de la cérémonie des prix est annoncé par la mélopée d’un saxophone et par un numéro de claquettes d’un danseur. Photo © Thierry Stein

Puis, il y a ceux qui se croient célèbres et vont dans tous les sens distribuant à tous ceux qu’ils croisent un large sourire de connivence. Pour filer l’anaphore, figure de style à la mode depuis le fameux « moi, président », il y ceux qui sont un peu connus mais qui se comportent comme s’ils ne l’étaient pas afin de se faire mieux reconnaître. Bref, un petit monde qui aurait enchanté sûrement Molière.

Le début de la cérémonie des prix est annoncé par la mélopée d’un saxophone et par un numéro de claquettes d’un danseur juché sur une estrade sur laquelle prendront place les douze sélectionnés, dont dix contre mauvaise fortune feront bon cœur… Le patron du Wepler, Michel Bessières, ouvre la séance des remerciements aux auteurs, à son personnel qui s’est mobilisé pour la soirée, à La Poste, aux champagnes de la maison X qui arrosent la soirée.

Il est suivi par Marie-Rose Garniéri, la fondatrice du prix, patronne de La librairie des Abbesses. Elle se fend d’un hommage appuyé aux maires du 18e, Daniel Vaillant, et de Paris, Bertrand Delanoë, qui ne le seront plus l’an prochain. « Ils m’ont inconditionnellement soutenue dès le début, affirme-t-elle. C’est d’autant plus méritoire de la part de Daniel Vaillant que la première fois où je me suis longuement entretenue avec lui au ministère de l’Intérieur, je ne cessait de l’appeler Michel Vaillant. » L’anecdote, relative à un personnage de BD coureur automobile, déclenche une salve d’applaudissements et un éclat de rire général.

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Marie-Rose Garniéri, la fondatrice du prix, patronne de La librairie des Abbesses, félicite Philippe Rahmy pour avoir enlevé la mention spéciale du jury. Photo © Thierry Stein

Dans la foulée, Rose-Marie Garniéri donne la parole aux deux lauréats, Philippe Rahmy, 49 ans, égyptologue, Mention spéciale pour son Béton armé, à La Table ronde, et Marcel Cohen, 77 ans, vieux briscard des Lettres, 21 titres à son actif, pour son Sur la scène intérieure, Faits, chez Gallimard. Le premier laisse exploser sa joie dans un propos aussi improvisé qu’enthousiaste. Ce prix, s’exclame-t-il, est « dans la solitude de l’écrivain un moment de lumière ».

Le second va lire un long remerciement et expliquer encore plus longuement la genèse de son ouvrage (pas opus comme le voudrait une fâcheuse mode langagière actuelle aussi pompeuse que pédante) dans laquelle il cite Maurice Blanchot, Georges Perros, J-B Pontalis, Karl Popper, Jésus Christ, les libraires-copistes d’Athènes. En écrivant ce livre, a-t-il dit, il n’a pas voulu « que les noms et les visages des fantômes qui hantaient la place de Clichy pendant la guerre tombent dans le plus total oubli ».

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Marcel Cohen, Marie-Rose Garniéri, Bertrand Delanoë et Daniel Vaillant. Photo © Thierry Stein

Mais, auparavant, il a fait un terrible aveu : c’est, à l’occasion de la remise du prix, la deuxième fois où il mettait les pieds au Wepler. La première fois remonte à quatre ou cinq ans. Un écrivain américain lui y avait donné rendez-vous, sans doute connaissant le Wepler à la suite de la lecture de Jours tranquilles à Clichy, de son confrère et compatriote Henry Miller, qui comparait ce quartier à l’animation de Manhattan.

Ce qui l’a empêché de franchir la porte du Wepler depuis cette première, c’est que celui-ci avait été un foyer de soldats allemands pendant la Seconde guerre mondiale devant lequel il passait étant enfant avec sa mère portant l’étoile jaune L’histoire recèle toujours quelques malices dans la vie. Un prix littéraire est une excellente médecine contre une phobie enfouie dans l’inconscient. À peine le propos de Marcel Cohen clos, ce fut la ruée vers les divers buffets. Le maître d’hôtel Bertrand Warin, veillant à ce que tout se passât bien, allait de l’un à l’autre… La soirée s’est prolongée jusqu’à près de minuit. Comme quoi la littérature n’est pas réfractaires aux « nourritures terrestres ».

Lire aussi : Le prix Wepler-La Poste a l’âge de l’adolescence

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