jeudi 30 mars 2017| 44 riverains
 

A Barbès, le Louxor va renaître au cinéma

Tout le 18e arrondissement de Paris connaît le Louxor, ce mythique cinéma des années 20 aux allures de temple égyptien, situé face au métro Barbès-Rochechouart. Après des années d’incertitudes quant à son sort, la salle devrait rouvrir ses portes au public en 2013. Enquête et histoire d’un bâtiment pas comme les autres.

Ce bâtiment, vous l’avez sans doute toujours vu en descendant du métro Barbès, au point peut-être de ne plus le remarquer. Et de fait, il dépérissait depuis tant d’années à la frontière des 10e, 9e et 18e arrondissements de Paris, qu’on pouvait désespérer de le voir revivre un jour sous sa forme initiale : un cinéma. C’est pourtant ce qui devrait arriver prochainement, puisque la Mairie de Paris a racheté le bâtiment à la société Tati qui le possédait depuis 1983, que les travaux sont annoncés et que la Commission départementale d’aménagement commercial a accordé l’autorisation d’exploitation cinématographique du Louxor le 30 avril 2009.

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21 millions d’euros seront investis dans la réhabilitation du Louxor.

Il est vrai qu’il faudra un sacré lifting au Louxor, trop longtemps laissé à l’abandon et bien dégradé, avant qu’il ne puisse accueillir à nouveau le public. Les travaux sont d’ailleurs prévus pour durer deux ans et demi, après que l’appel d’offres et le choix des entreprises participantes seront faits. Parce que ce bâtiment est chargé d’histoire, mais aussi parce qu’aujourd’hui aucune salle de spectacle ne peut échapper aux normes phoniques, de sécurité et d’accessibilité à tous, sa réhabilitation n’est pas une mince affaire et 21 millions d’euros seront investis.

Toutefois, la Mairie s’est engagée avec l’architecte Philippe Pumain qu’elle a désignée à entreprendre une réhabilitation à la fois respectueuse du passé et de la vocation initiale du Louxor. Elle entend aussi développer un projet culturel pour l’avenir « en ranimant l’activité cinématographique du quartier ». La municipalité souhaite que le Louxor devienne « un lieu de convivialité, un cinéma art et essai généraliste, sensible aux cinématographies du sud... de l’Amérique Latine jusqu’aux Indes en passant par l’Afrique et le bassin méditerranéen ».

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La façade du bâtiment sera entièrement réhabilitée.

A l’extérieur, la façade sera entièrement restaurée et certains éléments seront réinstallés, comme les mâts égyptiens. Quant à la marquise, elle sera entièrement reprise. A l’intérieur du cinéma, le hall au rez-de-chaussée avec ses grilles et son escalier principal sera restauré et maintenu. La cabine de projection retrouvera sa place, là où elle fonctionnait. L’intérieur est plus difficile à revoir. Cependant, la grande salle conservera ses proportions, même si une boîte acoustique, protégeant les voisins mitoyens des sons, sera intégrée à la salle. Cela ne devrait en effet la réduire de 10 % au maximum et elle pourra accueillir 350 personnes.

La protection phonique est indispensable : il n’est pas question en effet de risquer une demande de fermeture du lieu pour nuisance aussitôt celui-ci rouvert… Or, pour éviter la diffusion des sons, il ne faut aucun point de contact avec les murs entourant le lieu. C’est une des raisons pour lesquelles les balcons ne peuvent rester en l’état et devront être reconstruits. En revanche, le cadre de l’écran redeviendra celui d’origine. Selon la Mairie de Paris, complétant la grande salle, 2 autres espaces, d’environ 75 et 150 places, seront aménagés à partir des caves en sous-sol du bâtiment. Enfin, une petite salle d’exposition, un café et une librairie devraient compléter l’équipement.

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Rénové, le cinéma pourra accueillir 350 spectateurs.

Mais, une polémique est née entre amoureux du Louxor. Elle se cristallise autour du réaménagement de la salle principale (et du choix de deux salles supplémentaires). Les uns regroupés au sein d’Action Barbès (1), évoquent un projet qui privilégierait une opération de « façadisme », une rénovation artificielle et la création d’un multiplexe. Ils prônent une remise en l’état stricto sensu et rigoureuse du lieu. De leur côté, Les Amis du Louxor (2), estiment que le projet de la Ville de Paris est une réhabilitation respectueuse de la vocation première du Louxor qui représente la dernière chance pour que ce patrimoine soit sauvé et offre à tous un cinéma de qualité.

En tout état de cause, faire revivre le Louxor est un enjeu de taille. Car, si ce projet était gelé, le pire serait de voir le bâtiment mourir, cette fois pour de bon ! Nombre d’habitants souhaitent pouvoir s’exclamer comme le jour de la première inauguration du Louxor le 6 octobre 1921 : « Vu le luxe, le confort, les beaux programmes et la bonne musique, nous ne doutons pas qu’avant peu la salle Louxor ne soit une des salles préférées de tous les amateurs de beaux programmes cinématographiques. » (3)

(1) Association d’origine de défense du Louxor, mais que certains membres ont quitté en 2007.
(2) Association créée en 2007 par des dissidents d’Action Barbès.
(3) Extrait du journal Cinéac du 15 octobre 1921, cité sur le site Internet des Amis du Louxor : lesamisdulouxor.fr

La longue histoire du Louxor

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Au début du siècle dernier, Au Sacré-Cœur, un grand magasin, occupe la place du Louxor.

Au début des années 1900, au métro Barbès-Rochechouart, un immeuble haussmannien abrite un grand magasin baptisé « Au Sacré-Cœur » : ce type de magasins fleurissait dans tout Paris et aussi dans le quartier. Non loin en effet, la concurrence était rude : La Maison Dorée à Château-Rouge ou Dufayel, boulevard Barbès. On ne sait pas si c’est cela qui a motivé le propriétaire du magasin Au Sacré-Cœur à céder cet immeuble pour qu’Henry Silberberg le transforme en salle de spectacle. Car les années 20, c’est aussi l’époque du développement du cinéma : on en ouvrait partout… Le public s’y précipitait.

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Mosaïques de façade.

Henry Silberberg (qui ne vivra pas assez pour connaître l’exploitation de la salle) fait appel à l’architecte Henri-André Zipcy. 1920, c’est le début de l’art déco, le style néo-égyptien tout autant que mauresque ou aztèque, plaît beaucoup. Quant au cinéma (encore muet), il remporte de vifs succès avec des films qui se situent dans l’Antiquité, tel le Cléopâtre (1917) du metteur en scène J. Gordon Edwards. C’est sans doute pourquoi le Louxor s’orne à l’intérieur ou à l’extérieur de mosaïques stylisées reprenant des motifs égyptiens (scarabées, lotus, cobras) et adopte un look oriental…

Si la façade d’angle du bâtiment fait montre d’une richesse décorative bien conservée, les façades latérales s’intègrent sobrement entre les immeubles d’habitations. Depuis le métro, on voit se détacher encore clairement le nom « Louxor – Palais du Cinéma »

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Dans les années 20, le Louxor, à gauche, a l’ambition de devenir un cinéma moderne.

Mais le Louxor a aussi l’ambition d’être un cinéma moderne et fonctionnel. Il proposera 1200 places, comportera une fosse d’orchestre (car le cinéma muet bénéficie d’accompagnement musical) et les séances de cinéma accueillent souvent des animations ou spectacles jouant le rôle d’intermèdes. La programmation est assurée d’abord par la société des Cinémas Lutétia, puis par Pathé en 1929. Elle sera surtout orientée vers des films populaires, même si elle n’exclut pas la projection de quelques grands classiques comme Thérèse Raquin de Marcel Carné en 1954.

Entre 1970 et 1980, le cinéma projette en version originale des films indiens, égyptiens ou encore des westerns dits spaghetti. Comme tant de salles dans les années 1980, il fermera… Sa dernière séance eut lieu dans la semaine du 23 novembre 1983 ! Personne alors ne pouvait se douter des déboires que ce lieu allait connaître…

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Le M de la boite de nuit le Megatown, est encore visible.

Racheté par Fabien Ouaki, PDG de la société Tati, le Louxor a failli être démoli et remplacé par un magasin de vente au détail, revenant ainsi à la case départ : le commerce ! Heureusement les façades et les toitures du Louxor avaient été inscrites le 5 octobre 1981 à l’inventaire des Monuments Historiques. Il reste donc en l’état et devient une discothèque exotique (La Dérobade) : on y vit une enseigne lumineuse avec des palmiers, clignoter un moment… Megatown, une boîte de nuit gay, prit la suite. Là encore, le dépôt de bilan suivit. De cette période, on voit encore actuellement le « M » sur la façade.

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Les scarabés, détail des mosaïques de façade.

Enfin, plusieurs projets de rénovation et de ravalement se succèdent sans aucune suite…jusqu’à ce qu’en 2001, les habitants prennent conscience du délabrement du lieu et du risque de sa disparition définitive du paysage. Ils se mobilisent et la période du sauvetage du Louxor commence… : pétitions, manifestations, etc. En 2003, la Mairie lui ouvre un avenir en l’achetant !

Pour en savoir plus :
Un article sur le site Internet de la mairie de Paris,
Le site Internet de Philippe Pumain, l’architecte en charge de la réhabilitation du Louxor.
Un site favorable à une réhabilitation à l’identique du Louxor,
le site des Amis du Louxor, qui constitue une véritable base de données documentaires sur l’histoire du Louxor et son environnement culturel.

"Les Amis du Louxor", "Histoire et Vies du 10e", et "9e Histoire" proposent, le 8 octobre 2009 à 19 heures, une conférence sur le thème « Pourquoi l’égyptomanie ? » Avec Jean-Marcel Humbert, Conservateur général du Patrimoine.
Cette conférence aura lieu à la Mairie du 9e , 6 rue Drouot.
Entrée Libre.

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