jeudi 17 août 2017| 17 riverains
 

Cinéfritour, l'huile de friture pour un voyage au long cours

Au second plan, de gauche à droite, Elsa et Marine ; au premier plan de gauche à droite, Adrien et Jean-Yves.

En avril 2014, Marine et Adrien, deux jeunes habitants du 18e arrondissement de Paris, partiront vers l’Est avec deux compères, directions l’Asie. Un long voyage cinématographique, écologique, culinaire et éducatif, à bord d’un camping-car équipé pour rouler à l’huile de friture recyclée.

Partir un matin, tout laisser derrière soi, prendre la route pour partir à la rencontre d’autres cultures et modes de vie. C’est le rêve de beaucoup de gens. Quatre copains, qui ont tous 26 ans ou presque, ont décidé de le concrétiser : Elsa Léger, Jean-Yves (qui ne livre que son prénom), Marine Agay et Adrien Meyssonnier. Ces deux derniers vivent en couple rue Myrrha, dans le 18e arrondissement de Paris. Pendant douze à dix-neuf mois, voire plus, ils vont effectuer le Cinéfritour, nom qu’ils ont donné à leur périple de 30 000 kilomètres dans une vingtaine de pays de l’Europe de l’Est et d’Asie centrale : Turquie, Iran, Turkménistan, Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan, Géorgie, Ukraine... Il ne s’agit pas de vacances, mais d’un voyage thématique, raconté dans une vidéo qu’ils ont bricolée avec humour.

Les quatre amis – Elsa est la cousine d’Adrien, et ce dernier est ami avec Jean-Yves depuis longtemps – ont déjà pas mal baroudé quand ils étaient étudiants pendant leurs vacances d’été : Mexique, Canada, Géorgie... « Nous nous sommes dit qu’il fallait faire quelque chose de plus conséquent, on était souvent frustrés de ne pas partir plus longtemps », indique Marine. Mais, à voyage exceptionnel, ambition particulière : « Au cours de nos voyages, on a souvent croisé des personnes parties pour un long périple, mais un peu perdues, se retrouvant à errer sans but réel. Si nous n’avions pas fixé ces objectifs, on risquait la même chose. Pour ce type de voyage, il faut de l’autodiscipline, que chacun se sente utile, fasse quelque chose. » Le projet, né il y a plusieurs années dans leurs têtes, s’est donc construit avec les idées et envies de chacun.

Carburant récupéré dans les restaurants

Jean-Yves, détenteur d’une thèse en métallurgie, a posé la brique écolo-scientifique de Cinéfritour. C’est de lui qu’est venue l’idée de partir avec un camion – en pratique, un Mercedes 207d surnommé le Poulpe (du fait des huit jambes du groupe) - transformé pour pouvoir rouler en partie à l’huile de friture alimentaire usagée, récupérée dans les restaurants, grâce à un système de filtration et un second réservoir. La mise au point du véhicule se fait avec l’aide de l’association Roule ma frite 17 de l’Ile d’Oléron. « En Europe, il n’est pas autorisé de récupérer de l’huile de friture pour en faire du carburant. Ailleurs, on le fera à chaque fois que c’est possible, sachant que l’huile, c’est un peu universel, on en trouve partout », explique Marine.

Cette dernière, qui a étudié les langues étrangères (le tchèque, en particulier) a apporté la touche culturelle du voyage : le Poulpe sera aussi transformé en cinéma mobile pour projeter en plein air, une fois par semaine, des films d’animation aux populations croisées au long du voyage, et peu habituées à ce média. « Pour contourner le problème de la langue, souligne Marine, nous allons proposer des films sans dialogues. Deux écoles, Supinfocom Arles et Bellecour Lyon, nous confient des projets de fin d’études. Nous allons aussi projeter des films libres de droit. »

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L’huile de friture alimentaire usagée qui alimentera le moteur du camping-car, sera récupérée dans les restaurants à l’étranger, au fil du voyage.

Cinéfritour possède également un volet gastronomie : Adrien, titulaire d’un Master en « gastronomie, vin et tourisme », a soumis l’idée d’aller à la rencontre des membres de la communauté Terra Madre, organisme emblématique du "slow food", un mouvement international "écogastronomique". Il publiera sur le blog de Cinéfritour des articles sur les pratiques alimentaires, les aliments, les dégustations, mais aussi des conseils et idées pour faire son vin soi-même, construire un fumoir (le groupe en emmènera un avec eux).

Enfin, Elsa, éducatrice spécialisée à Grenoble, a mis en place un partenariat avec des élèves d’une classe triple (CE2/CM1/CM2) de l’école Sainte-Marie, à Champier, dans l’Isère. « On leur enverra des infos, mais on espère qu’ils nous demanderont aussi des choses, qu’ils nous poseront des questions », souhaite Marine.

Les baroudeurs se sont fixé un agenda plus ou moins précis et entendent bien prendre leur temps, quand cela sera possible : trois mois en Turquie, deux au Kirghizstan... Mais dans certains pays, ils ne feront que passer, pour des raisons de visas limités et de règles très strictes concernant les étrangers, comme au Turkménistan, où ils ne demeureront que cinq jours.

Un budget de 28 576 euros

Un tel voyage représente un budget estimé très précisément à 28 576 euros. Il comprend le carburant, les transports en bateau, la nourriture, l’achat du véhicule et son entretien, les visas, l’assurance, le matériel de visionnage, etc. La bande des quatre se finance surtout grâce aux apports personnels (plus de 20 000 euros). Elle espère boucler le reste grâce à des ventes de t-shirts et de bracelets, à du financement participatif des internautes, sur le site Kiss Kiss Bank Bank et à des subventions et aides.

L’équipe espère, par exemple, décrocher en juin 2014 une bourse Paris Jeunes Aventures, octroyée par la mairie de Paris. Elle a aussi déposé une candidature auprès d’un fabricant de vêtements pour se voir offrir des équipements, ce qui représenterait un budget d’environ 1500 euros. Enfin, le groupe va aussi être rémunéré par le site Internet Un bout d’ailleurs, pour la mise au point de boîtes surprises dans certaines villes qu’ils traverseront.

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« Pour ce type de voyage, il faut de l’autodiscipline, que chacun se sente utile, fasse quelque chose », explique Marine.

Afin de limiter les dépenses et faire des rencontres, Elsa, Jean-Yves, Adrien et Marine recourront à des systèmes d’entraide, comme le réseau Couchsurfing permettant de se faire héberger gracieusement. Autre réseau, celui d’Help Exchange, qui permet d’obtenir gîte et couvert en échange de quatre heures de travail par jour. « On peut se retrouver à effectuer des tâches agricoles, mais aussi restaurer une maison. L’idée, c’est de rester au moins une semaine, mais ça peut durer des mois. » Les jeunes routards comptent aussi pêcher, fabriquer leurs propres confitures, dans l’idée de se nourrir mais aussi d’offrir des cadeaux à ceux qu’ils croiseront.

Le 7 avril 2014, ils ne seront que trois au départ de Grenoble. Jean-Yves, qui habite Lyon, rejoindra en effet ses amis en cours de route durant l’été, une fois terminé un périple en Amérique du Sud à vélo et en couple. Cette place vacante, d’avril à fin août, sera peut-être occupée parfois par d’autres amis qui les rejoindraient sur le parcours. En attendant le jour J, il reste du pain sur la planche, comme préparer Le Poulpe, véhicule d’occasion, à avaler ces milliers de kilomètres. « On y prend un réel plaisir », insiste Marine.

« On va manger nos économies »

À l’approche du départ, leur arrive-t-il de douter, ou de stresser ? « Non, pas du tout, on a vraiment tout organisé pour pouvoir partir », précise la jeune femme. Et les parents, eux, sont ils inquiets ? « Oui, mais pas trop. On est partis souvent, ils sont habitués. » Après ce Cinéfritour, Marine et Adrien ne reviendront pas forcément dans le 18e. « Nous sommes en colocation, on va simplement vider et rendre notre chambre. »

Que feront-ils une fois cette aventure terminée ? « Difficile de le dire, voire impossible, d’autant qu’on va manger nos économies. » Avec Adrien, elle se verrait bien, à long terme, créer une petite brasserie pour vendre leur propre bière, à l’image de la Brasserie de la Goutte d’or. « On en produit nous mêmes déjà depuis des années. »

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